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Portrait

Anne Teresa De Keersmaeker

Portrair d'Anne Teresa de Keersmaeker
Anne Teresa de Keersmaeker via Wikimedia commons, 2011
Du 26 février au 6 mars 2016, la danseuse et chorégraphe flamande Anne Teresa De Keersmaeker présente au Centre Pompidou Work/Travail/Arbeid, une expérience unique à vivre en direct. Durant dix jours, les visiteurs vont découvrir une « exposition en mouvement » faite de corps et d’instruments, de danse et de musique. Ré-imaginant la temporalité et la spatialité de Vortex temporum, façonné en 2013 sur la partition de Gérard Grisey, Anne Teresa De Keersmaeker continue d’inventer un langage singulier, entre précision géométrique et sensualité. L’occasion de revenir sur deux de ses chorégraphies clés, qui, à plus de trente ans d’intervalle, explorent avec la même intensité le rapport de la danse à la musique et aux mots.
 
Anne Teresa De Keersmaeker aime définir la danse comme une « architecture en mouvement », à la fois complexe et liquide. Dès ses premières œuvres (Fase, Rosas danst Rosas), elle travaille avec une rare exigence les relations entre musique et danse. Avec sa compagnie Rosas, elle a constitué au fil du temps un vaste corpus de spectacles aux structures musicales de toutes les époques, de la musique ancienne à la musique contemporaine. Ses œuvres les plus récentes (Vortex temporum, Golden Hours) témoignent d’une réflexion nouvelle sur la réduction du mouvement à ses principes essentiels.

Fase, four movements to the music of Steve Reich (1982)

Créée en 1982, Fase est une œuvre majeure de danse contemporaine. Inaugurant la quête d’Anne Teresa De Keersmaeker sur l’accord entre musique et danse, cette pièce se compose de quatre mouvements : trois pas de deux (Piano phase, Come out, Clapping music, dansés avec Michèle Anne De Mey) et un solo (Violin phase), réalisés sur des compositions de Steve Reich. La rencontre à New York avec le compositeur américain sera fondamentale pour Anne Teresa De Keersmaeker, puisqu'il sera par la suite à l'origine d'une grande partie de son travail chorégraphique. À partir d’une succession de gestes simples (marche, tour sur soi-même, balancement des bras), la chorégraphe rend les moindres pulsations et nuances de la partition de Reich. Elle ajuste les corps dans l’espace avec une précision géométrique millimétrée. Au sein de ce mouvement ininterrompu et systématique, Anne Teresa De Keersmaeker incorpore progressivement des décrochés, décale le geste dans le rythme, avant de le raccrocher aux notes, suivant le principe de « déphasage » caractéristique du compositeur new-yorkais. Les quatre phases de Fase inventent ainsi un vocabulaire reproductible et transformable à l’infini, fascinant et hypnotique.
Dès sa première pièce, Anne Teresa De Keersmaeker tient déjà son premier chef d’œuvre minimaliste.


Golden Hours, as you like it (2015)

En 2015, Anne Teresa De Keersmaeker travaille toujours la perception du temps chorégraphique. Après avoir exploré des répertoires variés, elle se confronte pour la première fois à la musique pop, sous le tempo du compositeur Brian Eno. Golden Hours, morceau éponyme répété en boucle, ouvre un prologue qui joue du poids des corps et de l’équilibre des danseurs. Mais ce morceau, comme d'autres extraits de l'album Another Green World (1975), n'apparaît ensuite que par fragments. Le cœur de la pièce, qui fait le pari de traduire la langue de Shakespeare grâce à la danse, se déploie essentiellement dans le silence. De l’intrigue de Comme il vous plaira (As you like it), Anne Teresa De Keersmaeker n'a retenu que l’essentiel des vers et de l’action. Les amants, Orlando et Rosalinde, expérimentent une gestuelle expressive et singulière qui suit l’un des récents principes de la chrorégraphe : « comme je parle, je danse ».
Trente ans après sa première pièce, Anne Teresa De Keersmaeker fait émerger un nouveau langage, à la fois abrupt et exigeant, où les mots sont mouvement et les danseurs « corps pensants ».





Chorégraphe incontournable de la scène contemporaine aux côtés de Merce Cunningham, Pina Bausch, Lucinda Childs ou Trisha Brown, Anne Teresa De Keersmaeker installe aujourd’hui le spectateur au cœur de l'espace de travail des danseurs. Work/Travail/Arbeid se présente comme la rare expérience in situ de son passionnant dialogue avec la musique et les corps.

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danse
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