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L’Union des Artistes Modernes, pionniers du design

Du 30 mai au 27 août 2018, le Centre Pompidou consacre une exposition à l’Union des Artistes Modernes (U.A.M.), l’un des plus amples mouvements de l’histoire de l’art du 20e siècle. Rassemblant architectes, peintres, sculpteurs, photographes, créateurs de mobilier, de tissus et de bijoux, relieurs, graphistes et affichistes, ce courant majeur du modernisme européen, ce "Bauhaus à la française", a contribué à faire de Paris une capitale mondiale des avant-gardes.

La naissance du mouvement

Premier bulletin de l'UAM 1929
UAM. Premier Bulletin de l’Union
des Artistes Modernes,
Paris, Charles Moreau, 1929
Couverture avec le sigle
de Pierre Legrain
Bibliothèque des Arts décoratifs,
fonds René Herbst, Paris
MAD, Paris / Suzanne Nagy
 
En 1925, l’Art déco triomphe à l’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes ; ce mouvement artistique puise ses principales caractéristiques dans les vertus artisanales, la somptuosité des matériaux employés et la réinterprétation des différents styles décoratifs.
Durant cette manifestation, certains membres appartenant à la S.A.D. (Société des artistes décorateurs) paraissent trop avant-gardistes et leurs œuvres trop industrielles. S’opposant à l’industrie du luxe, ils revendiquent la volonté de produire en masse pour démocratiser leurs créations.
 
En 1929, ils s’associent pour créer "un art véritablement social" adapté au progrès et intégrant les technologies industrielles de l’époque. Ils souhaitent abolir les barrières conventionnelles entre les disciplines, lutter contre le classicisme et la tradition, faire évoluer le cadre de vie en accord avec la modernité et le rationalisme.
 
C’est la naissance de l’U.A.M., qui regroupe les insatisfaits de l’Exposition de 1925 : ceux qui, réalisant les changements profonds qui modèlent la société, parient sur un nouveau mode de vie. Leur but : mettre leur production à la portée de tous et pas seulement d’une élite fortunée.
 
 

La modernité dans tous les domaines de l’art

 
Les membres fondateurs de l’U.A.M. sont Robert Mallet-Stevens, Charlotte Perriand, René Herbst, Francis Jourdain, Jacques Le Chevallier, Jean Fouquet, Jean Puiforcat, Hélène Henry. Ces créateurs seront ensuite rejoints par d'autres artistes tels que Fernand Léger, Le Corbusier, Jean Prouvé, Jean Carlu, Eileen Gray, Sonia Delaunay et Pierre Chareau. Tous les métiers artistiques de la décoration sont représentés.
 
En 1930, l
Maison de verre créée par Pierre Chareau
Pierre Chareau, Maison de verre, 1928-1932
© Centre Pompidou, MNAM-CCI /
Georges Meguerditchian / Dist. RMN-GP
© DR
a première exposition du groupe se tient au Pavillon de Marsan, une aile du Musée du Louvre à Paris. Elle inaugure une série de manifestations qui auront lieu chaque année dans différents lieux. En 1935 et 1937, ce sera respectivement à Bruxelles et à Paris lors des Expositions internationales.
  
Les expositions de l’U.A.M. se distinguent par la clarté de leur présentation. Des espaces dépouillés et aérés mettent en valeur bijoux, sculptures, textiles, peintures, mobiliers. Le but est de montrer la synthèse des arts dans laquelle la forme s’accorde à la fonction des objets, et de lier l’art à l’industrie pour le mettre à portée de tous.
 
Les créations, en rupture avec l’académisme ambiant, subissent de violentes critiques. On reproche aux artistes leur "style clinique", la pauvreté des matériaux employés (verre, métal, acier), mais aussi de subir des influences étrangères, notamment celle, allemande, du Bauhaus. Les artistes sont ainsi qualifiés de "fossoyeurs des métiers d’art".
 
 

Le temps de la reconnaissance

Affiche de l'Exposition internationale 1937
Carte postale de l'Exposition internationale de Paris en 1937 [Domaine public, via Wikimedia Commons]
 
En réponse aux détracteurs, le critique d’art Louis Chéronnet et le publicitaire Jean Carlu rédigent en 1934 le premier manifeste de l’U.A.M., intitulé Pour l’art moderne, cadre de vie contemporaine, qui défend les valeurs progressistes du mouvement. Ce texte va jouer un rôle déterminant lors de l’Exposition internationale des  "Arts et des Techniques appliqués à la Vie moderne" de 1937, dont l’objectif est de prouver que l'Art et la Technique, le Beau et l'Utile sont intrinsèquement liés. L’exposition enregistre un record d’affluence avec plus de trente et un
Autocuiseur
Autocuiseur, modèle de la fin des années 1940 [Domaine public, via Wikimedia Commons]
millions de visiteurs.
 
En 1949, l’architecte et urbaniste Georges-Henri Pingusson, alors président de l’U.A.M., rédige un second manifeste, qui insiste sur la standardisation de la construction en réponse aux immenses besoins de l’après-guerre.
 
Parallèlement, l’U.A.M. ouvre au Pavillon de Marsan une exposition intitulée Formes utiles. Objets de notre temps. Elle présente dans des intérieurs aménagés des œuvres de Fernand Léger, Sonia Delaunay, Joan Miró ou Alexander Calder. Devant le succès de cette exposition, le Salon des arts ménagers propose à l’U.A.M. de présenter tous les ans, au sein de sa section Formes utiles, une sélection d’objets usuels et domestiques de l’industrie française.
  
La réussite de Formes utiles divise le groupe : une partie des membres prend son autonomie en 1956. Ne pouvant plus fédérer l’ensemble des domaines qu’elle représente, l’U.A.M. cesse ses activités en 1958, mais elle incarne encore aujourd’hui la modernité française au 20e siècle.

À travers son histoire, la démarche de l'U.A.M. va servir de base au Centre de création industrielle (CCI) en 1969 au sein de l'Union centrale des arts décoratifs (UCAD), ancienne appellation du Musée des Arts décoratifs.
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