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Tadao Ando, reflets japonais

L’architecte Tadao Ando est ce qu’il est convenu d’appeler un “starchitecte” reconnu dans le monde entier. Son œuvre construite se distingue par sa ligne pure et son style minimaliste, emprunt de l’esprit japonais, son pays natal. Son architecture reflète un double héritage, marquée d’un côté par la spiritualité shintoïste et de l’autre par les mouvements d’avant-garde japonais.
L’exposition Tadao Ando, le défi que lui consacre le Centre Pompidou du 10 octobre au 31 décembre 2018 permet un retour sur ces notions-clés à travers une sélection d’ouvrages.

 
Benesse House Museum à Naoshima
Benesse House Museum, Naoshima, 1992 © Kaori Ichikawa

L’esprit japonais de l’architecture de Tadao Ando s’illustre dans son rapport avec la nature et par la notion intérieur/extérieur : il n’y a pas de rupture d’harmonie entre le jardin japonais et l’intérieur d’une construction. Tadao Ando parle pour ses constructions « d’abris spirituels », inscrites en cela dans la tradition shintoïste.
De fait, la place que l’architecte accorde au corps et à la perception se fait l’écho de la notion de shintaï. Le bâtiment devient le réceptacle possible des esprits, tout comme peuvent l’être des monts, des rochers ou des arbres.

L’esprit japonais, c’est aussi l’influence sur l’œuvre de Tadao Ando du mouvement d’avant-garde Gutaï. Dans son manifeste publié en 1956, son fondateur Jiro Yoshihara proclame :

« L'art Gutaï ne transforme pas, ne détourne pas la matière ; il lui donne vie. (…) L'esprit la vivifie pleinement et, réciproquement, l'introduction de la matière dans le domaine spirituel contribue à l'élévation de celui-ci. »
Le béton banché, matériau de prédilection utilisé par Tadao Ando, est traité comme une matière organique en dialogue avec le corps et les éléments. Les murs de béton sont sans ornement et s’inscrivent dans une esthétique de l’absence propre à la culture nippone. Les murs muets reflètent le mouvement invisible de l’air et le balancement des arbres.

L’architecture de Tadao Ando répond enfin à la notion japonaise du ma, qui signifie en architecture la transition vide, l’intervalle qui sépare et relie deux espaces, là où l’on n’est ni vraiment dehors ni vraiment dedans. Il ne s’agit pas d’un juste milieu paisible mais d’un lieu de lutte acharnée, soulignant la condition essentielle de l’homme.

 

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