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Escale musicale à Naples, à la découverte des castrats

Arpenter Naples, en Italie, dans les traces des castrats est une autre manière de découvrir la ville. Elle est le principal foyer de formation de ces chanteurs à la voix aigüe qui investissent les plus grandes scènes d’Europe du 17e au 19e siècle. 
La Bibliothèque publique d’information vous propose de voyager depuis chez vous. Chaque semaine, nous faisons escale dans un lieu différent et découvrons un aspect de son histoire, de son organisation ou de son patrimoine, accompagné d’une sélection de ressources à consulter dès la réouverture de nos salles.
L’emploi des castrats en musique débute réellement au 16e siècle avec la Contre-réforme. La papauté interdit aux femmes de chanter dans les églises et autorise les castrats dans les États pontificaux, avec Bologne comme principal centre de formation. Cependant, les plus prestigieux chanteurs, dont Farinelli (1705-1782), sont issus de Naples, qui devient le vivier essentiel. 

La plupart des enfants castrés sont issus de familles pauvres espérant faire fortune. Les garçons sont opérés entre sept et douze ans, avant la puberté et la mue de leur voix. Sur des milliers de garçons concernés, de rares élus parviennent à faire carrière. 
Vue d'ensemble, en contreplongée, de la salle du Teatro San Carlo, y compris la fresque du plafond.
Vue du Teatro San Carlo - Sony photographer - CC0 

Déambulation napolitaine dans les traces des castrats

La castration n’est qu’un pré-requis pour devenir un chanteur d’exception. La voix et la virtuosité des castrats sont en fait le fruit de l’éducation et de la discipline transmises par les maîtres de chant napolitains dans les quatre écoles de la ville : Santa Maria di Loreto, Pietà dei Turchini, Sant’Onofrio a Capuana, Poveri di Gesù Cristo. Ces quatre institutions fusionnent au début de 19e siècle au sein de l’actuel Conservatoire San Pietro a Majella, abrité dans l’ancien couvent des Célestins.

Les rues de Naples sont truffées de palais baroques dissimulés derrière des portes cochères. Certaines de ces maisons sont construites grâce à la fortune amassée par ces chanteurs virtuoses sur les scènes européennes. Au n°15 de la via Carlo de Cesare, il est encore possible d’admirer le palais Majorana, édifié en 1754 par le célèbre castrat Caffarelli (1710-1783), non loin du Teatro San Carlo.

Le Teatro San Carlo, inauguré en 1737, bien avant la Scala de Milan ou la Fenice de Venise, est l’un des plus anciens théâtres lyriques d’Europe. La perspective offerte par ses six étages de loges en fer à cheval est époustouflante. De nombreux castrats ont foulé ses planches. La réputation de cette salle est également due à une direction musicale assurée par des compositeurs aussi illustres que Gioachino Rossini ou Gaetano Donizetti  qui y créent respectivement des opéras aussi célèbres qu’Armide ou Lucia Di Lammermoor

Le souvenir des castrats résonne aussi à une trentaine de kilomètres au nord de Naples, à Caserte. Là, se trouve l’ancienne résidence royale des Bourbons, édifiée à partir de 1752 comme une réplique locale de Versailles. C‘est le lieu choisi en 2009 par la cantatrice Cecilia Bartoli pour tourner le DVD de son disque Sacrificium, consacré au répertoire des castrats. 

Entendre les castrats aujourd’hui

La folie des castrats gagne toute l’Europe à l’exception de la France, relativement réfractaire et méprisante vis-à-vis de la musique italienne et son bel canto. Cependant au 18e siècle, la pensée maçonnique, la philosophie des Lumières et les idéaux de la Révolution française amorcent le déclin des castrats en Europe. Les révolutions industrielles du 19e siècle et l’image renouvelée de la bravoure masculine précipitent leur fin. En 1902, le Pape Léon XIII interdit définitivement la castration. Le dernier castrat connu, Alessandro Moreschi, meurt à Rome en 1922, laissant des enregistrements de piètre qualité mais uniques. 

Aujourd’hui, des voix féminines et masculines s'évertuent à perpétuer le répertoire des castrats. Chez les femmes, c’est par exemple le cas des cantatrices mezzo-soprano Susan Graham, Cecilia Bartoli et Vivica Genaux. Des contre-ténors comme Franco Fagioli ou David Daniels proposent eux aussi des interprétations modernes époustouflantes du répertoire des castrats.