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Portrait

Georges Balandier, ethnologue et africaniste novateur

Portrait photographique de Georges Balandier
L'ethnologue et sociologue français Georges Balandier au Salon du livre de Paris, par Georges Seguin (Okki) [CC BY-SA 3.0] via Wikimedia commons, 2010
Georges Balandier, anthropologue et sociologue, est mort le 5 octobre 2016 à l'âge de 95 ans. Il a occupé toutes les positions institutionnelles dans le champ français de la recherche en sciences sociales au cours de la seconde moitié du 20e siècle. 

Fils de cheminot, il est né le 21 décembre 1920 dans un petit village de la Haute-Saône, à Aillevillers-et-Lyaumont, entre la Lorraine et les Vosges.

Il obtient à la Sorbonne une licence de lettres et un diplôme de l'Institut d'ethnologie, et par la suite, un doctorat d'Etat soutenu en 1954. Il consacre les cinq années suivantes à des séjours africains (Guinée, Gabon, Congo), d'où il rapportera deux ouvrages qui vont révolutionner les études africaines autant en ethnologie qu'en sociologie, Sociologie actuelle de l'Afrique noire et Sociologie des Brazzavilles noires
 

A la croisée de l'ethnologie et de la sociologie

Georges Balandier a été le partisan d'une science sociale véritablement interdisciplinaire, attaché  à décrypter un monde global, qu'il soit colonial, occidental, ou mondial, plus porté sur le moment du défrichage que sur celui de l'enquête empirique systématique. 

L'anthropologie de Balandier est fondée sur un constat : le monde contemporain évolue tant qu'aucune société ne peut être tenue à l'écart. 
La société est par essence un ordre mouvant, toujours approximatif, c'est-à-dire que la société prend en compte le temps et les mutations. 

Dans Sociologie des Brazzavilles noires, Balandier s'intéresse à la ville africaine : c'est un choix audacieux pour une étude d'anthropologie étant donné que les œuvres classiques ne mentionnent pas le phénomène urbain. 
 

Un regard aigu et novateur sur les sociétés africaines

En tant qu'africaniste, Balandier va rompre avec une tendance classique de l'anthropologie comme science des systèmes symboliques. Son objet n'est pas une Afrique idéale et coupée des réalités, mais une Afrique vivante, contemporaine, moderne, et même ambiguë. 

Toujours dans Sociologie des Brazzavilles noires, Georges Balandier démontre que les villes africaines sont des réalités en devenir, aux équilibres instables. Il décloisonne les disciplines et brise le mur qui sépare parfois la sociologie de l'ethnologie, et fait même appel à la psychologie en affirmant que l'expérience urbaine fait naître des personnalités nouvelles, éclatées. 
 

Une anthropologie politique

​Balandier revalorise l'anthropologie politique. 

Il refuse la dichotomie largement acceptée par la plupart des ethnologues entre société, parenté et société politique. 

A titre d'exemple, les sociétés pré-coloniales ne sont pas coupées du pouvoir : celui-ci est inhérent à toute société et est en relation avec l'extérieur de la société et permet d'organiser celle-ci contre des forces qui peuvent être hostiles. En Afrique occidentale, les notables ont régulièrement recours à la sorcellerie afin d'assurer leur influence et leur prééminence. Il n'y a pas de société sans pouvoir politique, et il n'y a pas davantage de pouvoir sans hiérarchie et sans rapports inégaux entre groupes et individus. 
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