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Chronique
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Exofictions #2 : Notre désir est sans remède

A l’opposé de la démarche d’un Laurent Binet ou d’un Xavier Mauméjean, de nombreux auteurs se penchent sur la vie de célébrités et les reconstituent avec précision, vaste documentation à l’appui. Dans ces cas, l’enjeu est de dépasser le simple exercice biographique pour donner à un parcours de vie une dimension universelle.
Couverture Notre désir est sans remède
A la Bpi, niveau 3, 840"20" LARN 4 NO
Pour son septième roman, Mathieu Larnaudie s’est intéressé à Frances Farmer, actrice de l’âge d’or hollywoodien dont les débuts tonitruants dans les années 30 furent suivis d’une douloureuse et fulgurante descente aux enfers, marquée par des accès de violence et plusieurs années d’enfermement en hôpital psychiatrique, où elle subit les traitements expérimentaux les plus rudes.

La chute de Frances Farmer a inspiré bien d’autres artistes avant Mathieu Larnaudie: entre autres hommages, un film controversé lui fut consacré en 1982, avec Jessica Lange dans le rôle de la jeune actrice, et le groupe Nirvana lui dédia une chanson sur l’album In utero. Le terrain sur lequel évolue Notre désir est sans remède est donc loin d’être neutre, Frances Farmer étant déjà devenue, bien avant l’intervention du romancier, un symbole de la brutalité des traitements psychiatriques de l’époque et du pouvoir destructeur de la célébrité.

Larnaudie avance donc sur un terrain déjà largement arpenté par d’autres. C’est un avantage pour ce qui concerne la reconstitution des évènements marquant la vie de Frances Farmer, de son prix d’écriture créative pour un audacieux essai intitulé Dieu meurt, à ses dernières apparitions télé dans les années 60 : tout ceci est fort bien documenté, et la solidité du roman sur ce point est indéniable. Mais le danger serait de tomber dans une analyse vue et revue des vertiges de la célébrité.

Il est effectivement question de ses affres, et ce dès la très belle première phrase (“La lumière n’exauce pas les corps, elle les massacre”). Mais ce que Mathieu Larnaudie déplie sous nos yeux, c’est une personnalité d’une grande complexité, une romantique nihiliste dont la force de caractère était incompatible avec le miroir aux alouettes d’une société du spectacle en pleine explosion.

Au-delà du cas Farmer, le parti pris par Larnaudie de déstructurer la chronologie et son style fait de phrases à tiroirs extrêmement rythmées permettent à une vaste réflexion sur l’avènement de la célébrité “pop” de se déployer, mise en balance avec les évolutions sociales de l’entre-deux-guerres. Cette profondeur de vue lui permet, à partir d’un matériau biographique somme toute prévisible, d’élaborer un des romans les plus riches et les plus denses de la rentrée.
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