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Le roman policier prend du grade

Un livre sur quatre vendu dans l’hexagone est un roman policier. C’est, d’après l’enquête Pratiques culturelles des Français, le genre de livres préféré des lecteurs âgés de 15 ans et plus à égalité avec les romans de littérature générale (données 2008). Autre signe d'engouement, les romans policiers trustent aujourd’hui souvent les premières places des bestsellers (voir les derniers livres de Fred Vargas, Paula Hawkins, Harlan Coben ou les représentants du « polar nordique »). Enfin, les librairies et bibliothèques ont considérablement développé leurs secteurs policiers, et on ne compte plus les salons spécialisés sur le sujet ou les prix littéraires qui leurs sont consacrés.

Depuis son émergence et son affirmation au cours du 19e et du 20e siècle — c’est-à-dire à une période qui voit la police se rationnaliser, le crime s’organiser, la littérature se segmenter et les lectorats se développer  le roman policier a considérablement changé. Difficile de lui trouver aujourd’hui une unité forte tant il a de formes (roman d’énigme, enquête policière, « detective novel », roman noir, roman policier historique, thriller, néopolar, etc.), sinon en rappelant que le contrat de lecture d’un roman policier stipule a minima crime (ou simple délit), noirceur, lisibilité et véracité (sous-entendu ici facilité relative à lire et impression de réalité). C’est ce que montrait une enquête réalisée en 2004 à partir d’entretiens approfondis avec des grands lecteurs et de grandes lectrices de romans policiers (Lire le noir, enquête sur les lecteurs de récits policiers).
On cherche, dans la lecture de ce type de romans, l’occasion de se distraire, une lecture a priori plus facile que celle des romans à caractère littéraire, mais on est également en quête d’une confrontation avec les aspects les plus sombres de nos sociétés actuelles qui va jusqu’à la réflexion politique parfois. Une évasion hors de la réalité et une évasion dans la réalité, comme le soulignaient les auteurs de l’étude. Le changement et l’institutionnalisation du roman policier sont également susceptibles de s’observer par la diversification des lectorats. Les diplômés lisent des romans policiers : Jean-Paul Sartre, Ludwig Wittgenstein ou encore Gilles Deleuze en étaient de fervents adeptes. Et  les femmes déclarent lire plus de romans policiers que les hommes depuis la fin du 20e siècle déjà…

Tout n’est sans doute pas gagné pour autant pour le roman policier. Il reste sans doute  à obtenir la reconnaissance littéraire, même si le grand Dashiell Hammett, père du roman noir pour Jean-Patrick Manchette, figure désormais dans la célébrissime collection Pléiade. On signalera pour terminer que s’il existe une bibliothèque spécialisée de littératures policières à Paris (la bien nommée « BiLiPo », bibliothèque des littératures policières), elle demeure unique en France.

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