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Chronique
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Littérature et écologie #3 : L'écologie en bas de chez moi

Les auteurs de science-fiction ont mis, depuis longtemps, les problématiques écologiques au coeur de leur démarche. De René Barjavel à Alain Damasio en passant par J.G. Ballard, tous ont régulièrement dénoncé l’impact de nos modes de vie sur l’état de notre planète. Mais en dehors de ce genre littéraire spécifique, les romans traitant frontalement d’écologie restent assez rares.

A l’occasion de la COP21, nous vous proposons de voir si écologie et littérature font bon ménage, au travers de romans publiés en France ces dernières années.
Couverture L'écologie en bas de chez moi
A la Bpi, niveau 3, 840"20" GRAN.I 4 EC
Iegor Gran ne sauterait certainement pas de joie s’il savait qu’un article était consacré ici à l’Ecologie en bas de chez moi, dans le cadre d’un grand dossier réalisé autour de la COP21. Car il y a fort à parier que Iegor Gran déteste la COP21 et tout ce qui l’entoure, de la chorégraphie sophistiquée des chefs d’état à la trépidation des militants de tout poil.

Pour Iegor Gran, tout commence en 2009, lorsque la France entière semble attendre, haletante, un évènement crucial : la diffusion de Home, le premier long métrage de Yann Arthus-Bertrand. Diffusé en même temps sur France 2, sur Youtube et au cinéma, le film fait aussi l’objet de nombreuses projections publiques - les préfets y ont été poussés par le ministre de l’écologie de l’époque. Cet “appel à la prise de conscience écologique en matière de réchauffement climatique” est aussi relayé, plus modestement, par un voisin de Iegor Gran, qui exhorte ses voisins, dans une affiche publicitaire maison, à prendre conscience de leur “responsabilité à l’égard de la planète”.

Or, ce n’est pas que Iegor Gran ne veuille pas se sentir responsable, mais la forme l’agace un tantinet. Que la planète soit quasiment présentée, dans le discours d’Arthus-Bertrand, comme une sorte de divinité new age pourrait peut-être encore passer. Mais que l’on fasse de cet évènement une grand-messe de ce qui lui semble être un nouveau culte de masse, et que le film soit un support de communication pour une multinationale comme PPR (Pinault-Printemps-Redoute), dont l’implication écologique semble discutable, Gran a du mal à l’avaler. Quelques jours plus tard, il publie dans Libération une tribune, “Home” ou l’opportunisme vu du ciel, qui lui vaut immédiatement un bon paquet d’ennemis, une franche dispute avec son meilleur ami, et deux cents commentaires rageurs sur le site du journal.

Gran ne s’élève pourtant pas contre le message écologiste dans son ensemble. Certes, une fois sa croisade contre les opportunistes lancée, il se radicalise quelque peu, et sa mauvaise foi se trouve être sans limite. On grince bien des dents lorsque Gran fait quelques saillies à la limite du climato-scepticisme, mais la plupart de ses embardées histrioniques, pour peu qu’on ait un peu de recul et d’humour sur la question, font mouche. Car au-delà des multinationales qui font du greenwashing ou des personnalités politiques qui embrassent du jour au lendemain des vues écologiques à des fins électorales, ce que vise Iegor Gran c’est l’hypocrisie de tous ceux qui se disent écolos mais qui barguignent allègrement, chaque jour, avec leurs principes - sans pour autant renoncer à critiquer tout un chacun quant à sa prétendue irresponsabilité. C’est-à-dire nous tous, qui sommes le plus souvent incapable de réaliser des changements drastiques dans notre mode de vie malgré notre bonne volonté écologique auto-proclamée.

C’est précisément ce qui fait de l’Ecologie en bas de chez moi une lecture tout à fait nécessaire et réjouissante même lorsqu’on ne partage pas les vues de l’auteur : tout le monde en prend pour son grade, et Gran excelle dans le genre du pamphlet acide. Il serait bien sûr tentant de rejeter en bloc ses propos, mais on passerait à côté de quelques questions tout à fait pertinentes - et notamment la place de plus en plus importante que prennent des sermons écologiques culpabilisants dans notre quotidien. Un discours global, qui joue sur l’anxiété et possède sa langue propre, bourrée d’expressions passe-partout et vides de sens - “agir reponsable”, “sauver la planète”, “faire un geste pour l’environnement” -, émis par ceux, précisément, qui portent la plus lourde responsabilité environnementale. Un jeu de dupes qui a rarement été dénoncé aussi énergiquement que dans l’Ecologie en bas de chez moi.
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