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Sur la route, de Jack Kerouac : le rouleau original

Tapuscrit original du roman
Jack Kerouac, On the Road (tapuscrit original), 1951 Papier calque, 360 × 22 cm Collection James S. Irsay © Estate of Anthony G. Sampatacacus and the Estate of Jan Kerouac © John Sampas, Executor, The Estate of Jack Kerouac
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roman
Jusqu’au 3 octobre 2016, le Centre Pompidou expose la Beat Generation, à travers une présentation d'œuvres sonores et visuelles, qui témoignent de la singularité artistique du mouvement et de son influence déterminante dans le développement des contre-cultures contemporaines.
Parmi les objets exposés, on trouve le tapuscrit de Sur la route de Jack Kerouac, dont l'écriture fut aussi épique que le roman.
(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Roman culte de la Beat Generation, Sur la route est célèbre autant pour ses fiévreuses explorations géographiques que pour son tapuscrit, écrit en trois semaines au printemps 1951. Si l'idée du roman germe dans la tête de l'auteur dès 1948, Jack Kerouac met plusieurs années à trouver le rythme, le ton, et aussi le matériau de son écriture.
 
« J'ai un autre roman en tête, Sur la route, auquel je n’arrête pas de penser, 
qui parlerait de deux gars qui font de l’auto-stop jusqu’en Californie 
à la recherche de quelque chose qu’ils ne trouvent pas vraiment, 
qui se perdent en chemin et qui retournent d’où ils viennent
à la recherche de quelque chose d'autre »

Jack Kerouac
Obsessionnel de la machine à écrire (on dit qu’il tape cent mots par minute), il rédige le texte entre le 2 et le 22 avril 1951, d’une traite, sans marge, ni chapitre, ni retour à la ligne, sur quatre bandes de calque de huit mètres de long, découpées pour entrer dans la machine, puis collées entre elles avec du scotch. Cette première version du roman se déplie sur près de 36,50 mètres.
 
« Je l’ai déroulé sur le plancher et il ressemble à la route (…)
J’ai écrit ce livre sous l’emprise du café… 6 000 mots par jour,
12 000 le premier jour et 15 000 le dernier… »

Jack Kerouac
La pratique de Kerouac, pleine de ruptures et d'accélérations, développe une véritable rythmique de l’écriture, qui n’est pas sans rappeler l’improvisation des musiciens de jazz. « Il faut penser à la machine à écrire comme à un saxophone » explique aujourd'hui James Canary, le conservateur du manuscrit. Truman Capote, quand à lui, déclarait à l'époque : « ce n’est pas écrire, c’est dactylographier ».

Après le refus de plusieurs éditeurs, le rouleau est finalement publié aux Etats-Unis en 1957, avant d’être édité en France trois ans plus tard, dans une version courte expurgée des passages les plus sulfureux. Malgré le succès planétaire du livre, il faudra attendre son cinquantième anniversaire pour que Gallimard publie enfin la version dite du « rouleau original ».

Après la mort de Jack Kerouac, le célèbre tapuscrit poursuit son chemin : conservé dans la famille de sa dernière épouse, Stella Sampras, jusque dans les années 1990, il est ensuite mis aux enchères chez Christie’s à New York en 2001. Le mythique rouleau est acheté par l’excentrique multimillionnaire Jim Irsay, propriétaire de l'équipe de football d’Indianapolis, pour la somme de 2,43 millions de dollars.

Autant dire que son exposition exceptionnelle au Centre Pompidou est un événement incontournable.
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