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Adolescents/parents, un conflit obligé ?

En un siècle, le modèle familial de notre société a beaucoup évolué et les rapports de l’adolescent avec ses parents aussi. L’autorité paternelle a été fortement remise en cause et de nombreux parents acceptent aujourd’hui la plupart des exigences de leur adolescent, évitant ainsi les conflits. Si la réussite scolaire reste un sujet de discorde, les jeunes ont de moins en moins intérêt à quitter leur famille et restent de plus en plus longtemps sous le toit familial.

L’adolescent est-il forcément en conflit avec ses parents ? 

Il existe une incompatibilité fondamentale entre la famille et l’adolescent. Alors que la famille tend à garder l’équilibre atteint entre ses différents membres, l’adolescent veut plutôt changer, découvrir et innover. Cependant, selon Daniel Marcelli, professeur de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent et ancien chef du Service de psychiatrie au Centre hospitalier Henri Laborit à Poitiers, plus de 75 % des adolescents s’entendent avec leurs parents et considèrent la famille comme un lieu protecteur. S’ils ont un souci, c’est avec leurs parents qu’ils souhaiteraient en parler.
En effet, au cours des vingt dernières années, on a assisté à une évolution notable dans la relation entre les adolescents et leurs parents : les conflits sont moins nombreux et moins frontaux qu’auparavant, voire totalement absents. Selon la récente enquête Portraits d’adolescents menée par l’Inserm et le pôle universitaire de la Fondation Vallée, si 88,3 % des adolescents déclarent l’existence de conflits dans leur famille, on découvre qu’ils sont rares dans 51,4 % des cas, assez souvent présents dans 25,8 % des cas et très souvent présents dans 11,3 % des cas. Avec l’égalité entre homme et femme, la disparition de l’autorité paternelle au profit de l’autorité parentale conjointe, les familles monoparentales, recomposées et homoparentales, le modèle familial de référence a profondément changé. Les parents, moins sûrs de leur position et mal à l’aise avec le maniement de l’autorité, préfèrent faire des concessions pour éviter les conflits.
 

Que faire pour que cela se passe mieux ?

Les conflits et les tensions restent plus marqués dans les familles qui suivent un modèle « classique » : un père, une mère, des enfants. Un adolescent entouré qui peut dialoguer avec ses parents, ses grands-parents, ses tantes, ses oncles ou ses cousins, relativisera mieux les conflits. Souvent, les jeunes aiment entendre leurs propres parents parler de leur adolescence.
On oublie souvent que la crise d’adolescence est accompagnée d’une « crise parentale » : les parents doivent réaménager leur vie affective et ne plus la centrer sur leurs enfants. Si les parents ont donc d’autres centres d’intérêt que leurs enfants, l’adolescent se sentira un peu plus libre et cela se passera mieux.
Parfois, l’adolescence avec des parents séparés est moins conflictuelle que celle avec une famille très unie ! En effet, si la séparation s’est faite dans un climat d’entente, et si l’enfant a pu voir ses deux parents facilement, il aura déjà acquis un espace de liberté et d’autonomie qu’il n’aura pas besoin de revendiquer.
Agrippine dit à ses amis "le premier qui dit du mal de mon arrière je le bute. Un ami répond "t'aïeule".
© Claire Bretécher/Dargaud, Agrippine et l’ancêtre, 1998

Une sexualité reconnue et acceptée

Aujourd’hui, la plupart des parents reconnaissent et acceptent la sexualité de l’adolescent. De violents conflits à ce sujet persistent dans quelques familles liées aux valeurs traditionnelles et aux interdits sexuels, mais cela concerne moins de 1 % des familles.


 
© Ellipsanime, Agrippine, 2001
  

Pour le reste, les petit(e)s ami(e)s sont bien accepté(e)s par les parents dont la seule hésitation concerne leur présence dans le lit de leur enfant. Cette reconnaissance est un facteur de paix, mais la rupture sentimentale reste une source de conflit car c’est l’une des principales causes de grand chagrin et de tentative de suicide chez l’adolescent. À cette occasion, l’adolescent découvre en fait que ses parents ne peuvent pas guérir toutes ses souffrances.
Si la sexualité représente souvent une « conquête » de liberté, elle porte en elle la « perte » de l’illusion de toute puissance infantile. Ce travail psychique de désillusion est indispensable et malgré la libéralisation des mœurs, il semble poser de plus en plus de difficultés aux individus.
Agrippine sur le canapé disant "L'amour c'est nul"
© Claire Bretécher/Dargaud, Agrippine prend vapeur, 1981

L’école, source de conflit

Les performances scolaires restent la principale source de conflit entre l’adolescent et ses parents. Aujourd’hui, un nombre de plus en plus important d’adolescents décroche de la scolarité entre 14 et 15 (fin du collège) et 17 et 18 (fin du lycée), deux moments cruciaux de la formation. Cela inquiète les parents, qui voient dans une bonne scolarité une condition indispensable pour une vie d’adulte réussie. Souvent, l’Internet et les jeux semblent l’emporter sur la « culture », en offrant à l’adolescent un regard sur le monde et une possibilité d’échange qui dépassent de loin ses capacités réelles.

Le père d'Agrippine en colère menace de la mettre dans un collège de religieuses pour qu'elle ait son bac. Agrippine propose un BTS.
© Claire Bretécher/Dargaud, Agrippine et les inclus, 1995

L’adolescence, un statut de plus en plus long 

Face aux difficultés qu’ils rencontrent à la fin de leurs études et au moment d’entrer dans le monde du travail, les jeunes restent de plus en plus longtemps chez leurs parents, retardant ainsi leur entrée dans la vie adulte. L’une des difficultés majeures des jeunes d’aujourd’hui est qu’ils ont beaucoup à perdre en quittant leur famille car elle leur laisse une grande liberté de mouvements tout en restant un havre de sécurité et de protection.
On définit souvent l’adolescence comme un passage, un temps de transition entre l’enfance et l’âge adulte. Aujourd’hui, cette période s’est étirée et est plutôt devenue un statut : les jeunes y entrent le plus tôt possible pour en sortir le plus tard possible (22 à 25 ans).

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