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Interview
Appartient au dossier :

« Saisir l’invisible de la transmission »

Photographie du film Tempête sous un crâne
Tempête sous un crâne, de Clara Bouffartigue (2012) © Clara Bouffartigue
Dans Tempête sous un crâne, Clara Bouffartigue suit le temps d'une année scolaire le travail de deux enseignantes, de lettres et d’arts plastiques, avec une classe de quatrième et filme au plus près leur farouche volonté de transmettre.

Qu’est-ce qui vous a amenée à faire un documentaire sur un collège de Seine-Saint-Denis ?

Je souhaitais faire un film sur la transmission. Issue d’une famille d’enseignants sur plusieurs générations, mon choix s'est naturellement tourné vers l'école. Alice, la professeure de français, est une amie de jeunesse. Je savais que nous partagions le même regard sur le sujet. Le choix de l’établissement a donc été déterminé par mon désir de tourner avec elle. La ZEP n'est pas mon sujet principal mais m'intéresse parce que je sais combien elle peut être un véritable laboratoire de recherche et d'innovation quand il y a une équipe engagée autour d'un projet d'établissement solide. Alors bien entendu, c'était un terrain prometteur pour se saisir de l'invisible de la transmission.
 

Comment avez-vous fait oublier la caméra pour pouvoir filmer au plus près des émotions ?

Le temps a été mon allié. J'ai passé tout le premier trimestre parmi les élèves de la classe, d'abord simplement assise, puis avec un petit appareil photo. Ensuite, j'ai commencé à circuler pendant le cours. Lorsqu'on a réellement démarré le tournage, le principal était fait : je faisais partie du groupe classe. Les émotions sont partie prenante du processus de transmission. Pourquoi ne pas les montrer ? Il s’agissait de les mettre en lumière et de reconstituer au montage le cheminement qui se fait. La transmission est un mouvement.
 

Avez-vous été surprise de la manière dont les enseignants et l’équipe administrative prennent en compte les émotions de leurs élèves ?

Surprise, non. Admirative de l'humour et de l'intelligence dont les professionnels du collège font preuve au quotidien. Heureuse de constater qu'au sein de cette équipe, nombre d'entre eux ne limitent pas leur mission à la transmission des savoirs mais l'ouvrent sur une manière d'être et de considérer l'autre. Un enseignant qui ne résume pas ses élèves en difficulté à des personnes empêchées, qui sait réveiller leur confiance en eux, a toutes les chances de les accompagner vers une réussite, même si celle-ci n'est pas toujours en adéquation avec les objectifs évaluables de l'école.

 

Votre film se déroule exclusivement dans l’enceinte du collège : un bâtiment neuf, lumineux. Certaines scènes sont filmées à travers des vitres, sans bruit. Quel rôle donnez-vous à celles-ci ?

Mon film repose sur le désir de montrer l'articulation du dedans et du dehors de la classe ou de l'école : comment ce qui se passe dedans est permis ou empêché par ce qui se passe dehors. Nul besoin donc de sortir de l'école : le horschamp est partout.
Je me suis saisie de l'architecture du lieu pour travailler l'image de l'école comme celle d'une matrice. Il y a une dimension maternelle dans cette représentation, d'où les transparences, les sons étouffés, un peu comme des sensations intra-utérines. Je n'ai pas souhaité faire un film de femmes et pourtant c'en est un : la majorité du personnel filmé est féminin, l'équipe du film l'est entièrement et le film se termine par l'évocation d'un souvenir d'Alice au cours duquel un élève appelle son professeur « maman ».
 
Propos recueillis par Marie-Hélène Gatto, Bpi

Article paru initialement dans de ligne en ligne n°21
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Tags :
enseignement secondaire
film documentaire
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