controverse : La condition animale, par Florence Burgat

de ligne en ligne numéro 21 - octobre à décembre 2016

controverse LA CONDITION ANIMALE Animalement nôtre : humains Sujet d’actualité et de débats passionnés, la condition animale oppose depuis des siècles deux traditions phi-losophiques, dont découlent un statut et des droits pour les animaux diamétralement différents. La philosophe Florence Burgat retrace les éléments du débat et plaide pour que la sensibilité animale soit enfin complètement reconnue. et animaux aujourd'hui Colloque 2 et 3 décembre de 14 h à 21 h Petite Salle À la faveur de récents scandales médiatisés, la condition animale est entrée dans le débat public. Grâce aux informations délivrées sur la détention, les mutilations et la mise à mort des animaux, chacun est invité à réfléchir à ses habitudes de consommation, desquelles dépendent la pérennisation ou le déclin de certaines activités. Depuis quelques années en effet, articles de fond et enquêtes sont consacrés aux usages, le plus souvent meurtriers, auxquels les animaux sont légalement soumis, dans les élevages, les abattoirs, les laboratoires, mais aussi sur les terrains de chasse et les zones de pêche, dans les arènes… Il faut ajouter à ces usages plusieurs formes de captivité qui soit précèdent la mise à mort, soit constituent l’unique horizon des animaux : zoos, cirques, delphinariums, aquariums, élevages, animaleries… Un constat s’impose avant toute analyse : jamais l’humanité n’a fait autant et en si grand nombre souffrir les animaux qu’aujourd’hui, que ceux-ci soient domestiques, tenus en captivité ou sauvages, alors que nos connaissances sur leurs dispositions biologiques et psychologiques n’ont jamais été aussi précises et aussi dissuasives. Enfin, jamais l’humanité n’a eu si peu besoin des animaux pour sa survie ou même son développement. Tel est le paradoxe de notre époque. Une controverse ancienne La controverse, c’est-à-dire la dispute argumentée, concernant le statut des animaux est aussi ancienne que la philosophie, qui n’a pas attendu l’industrialisation du traitement des animaux pour s’interroger sur la légitimité de leur appropriation violente, notamment pour en déguster la chair. (La mise à mort d’animaux dans des situations de survie alimentaire ou de légitime défense n’est pas ici en cause.) Dès l’antiquité grecque, partisans des droits des animaux et partisans de leur exclusion de tout droit et de toute considération morale s’affrontent. Quels sont les arguments en présence ? La prééminence de l’homme D’un côté, les stoïciens (ive siècle av. J.-C. - iie siècle apr. J.-C.), comme les épicuriens (ive siècle av. J.-C.), estiment que s’il est vrai que les animaux ont le souci d’eux-mêmes, que manifestent la fuite de ce qui nuit à leur existence et la recherche de ce qui concourt à leur épanouissement, et qu’ils ont donc de ce fait conscience d’eux-mêmes, il ne s’agit que de dispositions naturelles qui ne doivent rien à une quelconque intelligence. Les mêmes conduites s’expliqueraient pour l’homme par l’intelligence, pour les animaux par la nature. Stoïciens et épicuriens excluent les animaux de la sphère de la considération morale et rejettent l’idée que les hommes doivent se comporter avec justice à leur égard. Cette perspective continue de nourrir la position de l’« humanisme juridique », selon laquelle seuls les hommes ont des droits, tandis que les animaux sont déclarés disponibles pour tous les usages possibles. La sensibilité des animaux, le fait qu’ils aient un intérêt à ne pas être maltraités, enfermés, mutilés ou tués, et qu’ils tendent, comme les humains, à persévérer dans leur existence, n’est pas prise en compte. 10 controverse : La condition animale


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