Entre les murs, par Maurice Mazalto

de ligne en ligne numéro 21 - octobre à décembre 2016

ENTRE LES MURS Construire un établissement scolaire revient à matérialiser une conception éducative, consciente ou non. Il est donc utile de « lire » l’espace scolaire comme on prend connaissance d’un ouvrage pédagogique afin de souligner que certaines réponses architecturales sont sources de bien-être ou, à contrario, que certains oublis peuvent influer négativement sur les comportements des utilisateurs. En affirmant que « la qualité du cadre de vie conditionne la pensée et le comportement », Claude-Nicolas Ledoux, architecte visionnaire du xviiie siècle, soulignait déjà que les réalisations architecturales jouent un rôle important dans le bien-être, et que l’architecture n’est jamais neutre. Cette affirmation s’applique pleinement à l’école dans ses deux missions fondamentales : la transmission des savoirs et le vivre ensemble. Si la salle de classe, lieu essentiel de transmission, a peu évolué au cours des siècles, les espaces communs peuvent prendre des formes très variées. Des espaces dédiés au vivre ensemble… À l’école, les espaces scolaires dédiés au vivre ensemble jouent un rôle essentiel dans le processus de socialisation des utilisateurs : cours de récréations, foyers, endroits de détente… sont des lieux de rencontres et d’échanges. Ils favorisent une citoyenneté active, développent le respect de l’autre et la tolérance. Ces espaces peuvent être officiellement acceptés ou seulement tolérés, parfois à la marge des lieux autorisés. Dans ce cas, ils sont perçus comme des failles, des endroits de transgression, dans lesquels s’engouffrent avec délectation des jeunes qui souhaitent échapper au regard de l’adulte, à la surveillance perçue comme une atteinte insupportable à leur liberté. Aussi la recherche d’endroits improbables, de recoins dissimulés qui échappent à la surveillance de l’adulte est-elle une activité très appréciée. Qu’ils soient à la vue de tous ou dissimulés, tous les espaces qui facilitent les rencontres sont les vecteurs essentiels de la régulation sociale de l’école. Il est donc indispensable d’imaginer des installations et des aménagements diversifiés qui les favorisent. Mais, est-ce suffisant ? Existe-t-il d’autres demandes ? … et à la parole Pour avoir des réponses significatives, plus de huit cents jeunes de la sixième à la terminale (collèges, lycées généraux Investi par les collègiens durant leurs pauses, l’espace en dessous de l’escalier a été recouvert d’un tapis © M. Mazalto, Châtillon-Le-Duc et technologiques ou professionnels) ont été questionnés sur leurs activités durant les temps de détente (récréations, pause méridienne…). Si celles-ci diffèrent selon les âges et les sexes, l’une d’entre elles est largement partagée. 90 % des garçons et des filles de tous âges déclarent « échanger avec un ou plusieurs camarades ». L’importance de la parole dans le processus de socialisation n’est pas une surprise. Elle est utilisée dans de nombreuses situations : apaiser des conflits, construire un groupe avec son langage spécifique, se forger une identité au sein de celui-ci, initier des relations plus intimes… Les espaces communs devraient donc être aménagés pour favoriser cette demande unanime. Quand les concepteurs adultes oublient de prévoir dans l’espace scolaire ces lieux d’échanges de paroles, les jeunes prennent spontanément le relais. S’approprier un espace Dans un collège de Châtillon-le-Duc en Franche-Comté, l’architecte a créé dans le hall d’entrée un escalier qui relie les niveaux. L’espace sous l’escalier n’a visiblement pas été aménagé par l’architecte, et pourtant des élèves s’y installent car il présente une configuration intéressante : il est protégé, à l’écart de la circulation. Ouvert sur le hall, 18 dossier : École sensible


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