Page 25

de ligne en ligne numéro 21 - octobre à décembre 2016

Fin action. Le but de cette expérience est d’être à l’écoute de l’autre – de ses gestes, de ses paroles – et de développer l’empathie. Certaines études ont montré les effets positifs des expériences virtuelles dans la vie réelle. Par exemple, incarner un super-héros encouragerait un comportement altruiste dans la vraie vie ; des Blancs auraient réduit leurs préjugés de façon significative après s’être vus dans la peau d’un Noir. Pour nous, ces études témoignent du potentiel de la réalité virtuelle à stimuler des comportements plus sensibles et empathiques. Comment les participants vivent-ils ces expériences immersives de l’altérité ? En quatre années de présentation dans près de vingt pays, nous avons assisté à beaucoup de réactions. C’est une expérience immersive très intense. Les participants sont surpris positivement, mais aussi un peu confus et désorientés. Cette confusion – ce sentiment étrange d’avoir été pendant quelques minutes dans le corps d’un autre – conduit à une réflexion plus profonde sur sa propre identité et son rapport aux autres. On se dit naturellement « Je pourrais être cette personne ». C’est pourquoi le temps d’échange à l’issue de la performance est très important. Vous vous décrivez à la fois comme un artiste et un activiste. En quoi votre démarche est-elle politique ? Nous considérons que l’empathie est une expérience émotionnelle essentielle, car elle nous permet à la fois d’apprendre des autres et de leur apporter notre soutien. © BeAnotherLab Depuis quatre ans, nous travaillons avec des migrants et des réfugiés dans le but d’éveiller la conscience de chacun sur ces problématiques. En 2015, nous sommes intervenus à l’Assemblée générale des Nations Unies. Des délégués ont pu se voir dans le corps de Nicole Goodwin, poétesse américaine et vétéran de la guerre en Irak, et écouter son histoire. Nous avons également présenté une performance dans un camp de rétention pour réfugiés à Holot, au cours de laquelle des citoyens israéliens ont pu se voir en réfugiés soudanais, éprouver leur impuissance. Aujourd’hui, nous travaillons à ce que The Machine to Be Another soit comme un pont entre des individus très différents, afin que chacun puisse apprendre de l’expérience de l’autre sans le juger. Nous voulons faire entendre la voix de groupes sociaux qui sont dans des situations précaires ou stigmatisantes. C’est en ce sens que notre action est politique. Propos recueillis et traduits par Floriane Laurichesse, Bpi Franquin © Dargaud–Lombard 2016 25 tendance : « Car Je est un autre »  Les deux participants, équipés d’un casque de réalité virtuelle (Oculus Rift), exécutent simultanément et lentement les mêmes mouvements. À droite, point de vue d’un des participants : ce dernier « se voit » dans le corps de son binôme. Il ne reconnaît pas comme siennes les mains qu’il voit et qu’il a pourtant la sensation de bouger.


de ligne en ligne numéro 21 - octobre à décembre 2016
To see the actual publication please follow the link above