en image : Le Canard enchaîné, de l'encre et des plumes

de ligne en ligne numéro 21 - octobre à décembre 2016

en image Le Canard enchaîné a 100 ans projection du film Aux quatre coins-coins du Canard, de Bernard Baissat suivie d’un débat avec des journalistes du Canard enchaîné 5 octobre, de 17 h à 22 h Cinéma 1 DE L’ENCRE ET DES PLUMES Le Canard enchaîné est né deux fois. En septembre 1915, le journaliste Maurice Maréchal et le dessinateur Henri-Paul Gassier publient une première version, qui s’arrête au bout de cinq numéros. Le titre est relancé en juillet 1916. Sa parution ne sera suspendue qu’entre juin 1940 et septembre 1944. Dès son origine, de nombreux dessinateurs collaborent au Canard enchaîné. Le volatile au centre de l’affiche a été créé par Henri Guilac (1888-1953). Il encadre chaque semaine les oreilles et le titre du journal dont la maquette, quasi immuable, décline deux couleurs : le rouge et le noir. Avec son canotier et son noeud papillon, on devine l’animal fier de lui et du bon tour qu’il vient de jouer à ses adversaires, provoquant leur colère. Un juge, un académicien, un militaire, un évêque. Autant de représentations du pouvoir dont Le Canard enchaîné ne cesse de se moquer. L’antimilitarisme Le Canard enchaîné est né avec la Première Guerre mondiale, en réaction au bourrage de crâne, aux discours lyriques et martiaux des grands médias. Au début du conflit, le journal Le Matin – qui tire alors à un million d’exemplaires – affirme ainsi : « Les éclats d'obus vous font seulement des bleus ». Pour lutter contre l’optimisme patriotique et la légitimation de la violence, Le Canard enchaîné choisit le rire, la dérision, l’ironie. Il use et abuse de litotes, de prétéritions, d’antiphrases… Ces armes protègent – un peu – de la censure, instituée dès le début des hostilités. Celle-ci oblige les journaux à supprimer les passages jugés « défaitistes », « désobligeants » ou « pessimistes ». Le Canard enchaîné reste marqué, intellectuellement et formellement, par le contexte qui l’a vu naître. Les affaires politico-financières Le Canard enchaîné s’est d’abord fait connaître par ses commentaires satiriques de l’actualité, par les confidences et les indiscrétions politiques qu’il collectionne notamment dans « La Mare aux canards ». L’historien Laurent Martin note au moment de la guerre d’Algérie un premier changement qui touche à la fois la nature des informations et la manière dont elles sont recueillies. Sous l’influence d’abord de Jean Clémentin, puis dans les années 1970 de Claude Angeli, Le Canard enchaîné devient un journal d’enquêtes. Il révèle de nombreux scandales politico-financiers. L’un des premiers est connu sous le nom d’affaire Aranda (1972), patronyme d’un haut fonctionnaire du ministère de l’Équipement. De son propre chef, ce dernier apporte aux journalistes du Canard des documents d’archives compromettants : permis de construire illégaux, marchés publics confiés sans appel d’offre à des sociétés amies... Parallèlement aux enquêtes qu’il mène, le journal bénéficie ainsi de révélations extérieures, parfois même de la part de confrères qui ne peuvent pas les exploiter dans leur propre média. L'une des plus célèbres affaires du Canard enchaîné reste sans doute la révélation en 1979 de diamants offerts par le dictateur centrafricain Jean-Bedel Bokassa à Valéry Giscard d’Estaing. La plus ubuesque, celle des avions renifleurs. En 1975, deux escrocs persuadent la direction d’Elf-ERAP qu’ils ont inventé un procédé permettant de détecter depuis le ciel les gisements pétroliers. Avec l'accord de l’État, l'entreprise publique investit plus d’un milliard de francs dans le développement de ces « avions renifleurs ». 26 en image : De l'encre et des plumes Dessinée par Cabu, l’affiche du film documentaire de Bernard Baissat, Aux quatre coins-coins du Canard, dit tout, ou presque tout, de l’identité du célèbre « journal satirique paraissant le mercredi » qui fête cette année son centenaire.


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