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de ligne en ligne numéro 21 - octobre à décembre 2016

Gaston rentre (presque) dans les cases Ces dessins humoristiques égrenés au fil des pages ont leur limite. À la fin de l’année 1957, Franquin, avec l’aide de Jidéhem, décide de développer son personnage et de lui donner sa propre bande dessinée. On peut y voir à la fois une consécration et un renoncement. En 1986, l’auteur confie : « L’idée était de ne pas en faire un personnage de bande dessinée. Le fait pour lui d’avoir sa propre série a consisté en somme à trahir ses origines ». La bande dessinée est d’abord publiée sur deux strips en bas de page, avant de passer sur une demi-page en 1959. Censée représenter l’activité d’une rédaction, elle se limite, au début, aux échanges entre Fantasio et Gaston. Entre le rédacteur en chef, sérieux, occupé, irritable et irrité – comme tout rédacteur en chef ! – et le garçon de bureau, mou, maladroit, hypersomniaque se rejoue l’éternelle complémentarité du clown blanc et de l’auguste. Dans un décor minimaliste, le contexte du travail d’une rédaction apparaît discrètement. Fantasio recherche sa chronique qui a mystérieusement disparu ; Dupuis, trait d’union entre la vraie rédaction et l’imaginaire, téléphone… ou licencie Gaston ! Pendant plusieurs semaines, entre décembre 1959 et janvier 1960, Spirou paraît sans Gaston. Jusqu’à ce que Fantasio pris de remords lance un appel aux lecteurs : « Écrivez tous, en masse, par milliers, écrivez à M. Dupuis de reprendre Gaston. » L’appel est entendu : plus de 7 000 lettres seront reçues, et Gaston est réintégré à l’équipe en janvier 1961. Le héros sans emploi est devenu une véritable star. Les voies de l’anti-conformisme Parallèlement à la bande dessinée, les animations rédactionnelles ont donc continué. Imaginées par Franquin et Delporte, elles jouent sur les frontières de la réalité et de la fiction. Ainsi, dans le numéro du 20 septembre 1962, Gaston menace son créateur de se mettre en grève ou de travailler pour la concurrence. En 1965, une nouvelle rubrique « En direct de la rédaction » est créée pour accueillir les commentaires d’une rédaction affligée par les gaffes de Gaston. La série s’agrandit. D’une part, elle occupe à partir de 1966 une pleine page du magazine ; d’autre part, elle accueille de nouveaux personnages : Monsieur De Mesmaeker, l’homme aux contrats ; Monsieur Boulier, chef de la comptabilité ; le rédacteur Prunelle et le dessinateur Lebrac ; des secrétaires – dont Mademoiselle Jeanne – et d’autres encore, extérieurs cette fois-ci à la rédaction… L’horizon de Gaston s’élargit, il quitte de plus en plus son bureau. Marie-Hélène Gatto, Bpi Fin Gaston continue cependant à faire entendre au sein d’une rédaction fictive, mais dans les pages du magazine, la voix dissidente et anticonformiste de son créateur. Par exemple, il s’insurge régulièrement contre les maquettes d’avions militaires qui accompagnent certains numéros. En 1977, André Franquin et Yvan Delporte créent Le Trombone illustré, supplément de Spirou totalement indépendant de ton et d’esprit. Pour annoncer sa sortie, ils ont une nouvelle fois recours à une animation gastonienne. Le 10 février 1977, les lecteurs de Spirou découvrent de mystérieuses empreintes de pas… *À nos lecteurs : Au moment où nous mettons sous presse, nous constatons que Gaston a repris ses anciennes pratiques. Il est malheureusement trop tard pour y remédier. Nous vous prions d’accepter nos excuses. La rédaction de de ligne en ligne L’exposition « Gaston, au-delà de Lagaffe » met en avant l’histoire de ce personnage atypique et sa place singulière dans l’histoire de la bande dessinée. Elle permet aussi de découvrir le regard que Franquin portait sur les évolutions de la société des années 1960-1970. De nombreux dessins originaux, des planches de bande dessinée restaurées dans leurs couleurs, des pièces d'archives : photographies, documents audiovisuels… sont présentés. 7 exposition : Gaston, le cauchemar du rédac' chef


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