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de ligne en ligne numéro 21 - octobre à décembre 2016

Jérémie Desjardins et Marie-Hélène Gatto, Bpi Fin © Hervé Véronèse Centre Pompidou Sylphides Avec Altered Natives Say Yes To Another Excess — TWERK (2012), vous mélangez des influences de danses urbaines, modernes, classiques sur des sons issus du Grime1. Faites-vous une différence entre danse savante et danse populaire ? CB : Il y a un savoir-faire dans toute danse. Selon moi, toutes les danses sont savantes et certaines sont plus populaires que d’autres. FC : Cette distinction existe dans la réalité et n'est qu'un des effets secondaires de la construction de nos sociétés occidentales, capitalistes, (post)coloniales. En revanche, le terme de « danse savante » semble impliquer que les autres formes de danse ne nécessitent pas de savoir, ou seraient spontanées, ignorantes et, partant, inférieures en dignité et contenu. Cette hiérarchie est honteuse, et les savoirs corporels, chorégraphiques, somatiques, ne sont pas le privilège de celles et ceux qui ont le pouvoir. Avec Danses libres, vous avez renoué avec un chorégraphe tombé dans l’oubli. Quel rôle joue le patrimoine chorégraphique dans vos créations ? CB : L’Histoire de l’Art et de la Danse, avec des majuscules, est souvent juste une question de marché ou de réseau. Personnellement, j’adore les artistes inconnus, qui n’appartiennent à aucun patrimoine. C’est pour cela que découvrir la richesse du répertoire de François Malkovsky, danseur naïf ou brut, a été si inouï. Il n'apparaît dans presque aucun livre d’histoire de la danse et il a créé un univers des gestes, rythmes et pensées très spécifique. FC : Alors que notre présent est à la fois mondialisé et ségrégué, l'histoire de la danse dessine la possibilité d'éprouver des fraternités, de se trouver des soeurs et frères d'art. Danses libres est un spectacle à partir du répertoire de François Malkovsky. Fasciné par Isadora Duncan, il a consacré sa longue carrière à créer et enseigner son style de « danse libre » – entièrement mû par le désir de représenter un homme émancipé, désaliéné, en contact avec la nature. L'histoire de la danse est opaque, difficile à écrire et à faire sentir – si bien qu'elle se résume souvent à quelques grandes figures, mythiques et aveuglantes. La possibilité d'accéder à François Malkovsky, via l'enseignement de Suzanne Bodak ou d'autres de ses disciples, est aussi une manière de s'approcher d'une figure que l'historiographie a construite comme mineure, secondaire. Le patrimoine m'intéresse quand il n'est pas le ressassement infini des mêmes figures consacrées par la légende, mais quand il permet d'entendre les bruissements plus sourds et plus vitaux de toutes celles et ceux qui ont partagé la passion de la danse, qui par nature demeure mystérieuse, fuyante. © Hervé Véronèse Centre Pompidou 1 Musique électronique née dans l’est de Londres dans les années 2000, le Grime (« crasse » en français) combine, malaxe, et transforme des sons issus du dancehall, du hip-hop et de la UK-Garage. Dub Love 9 au Centre : Danses mêlées


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