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Amazonie : d'une vision poétique à une inscription politique

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Forêt près de l'autoroute transamazonienne BR 163 ©Karla Gachet/Panos/Greenpeace

D'une vision poétique, prophétique...


Dès 1952, dans son livre Le Brésil : Des hommes sont venus, Blaise Cendrars relève les trois clichés récurrents qui accompagnent l'Amazonie depuis sa découverte par les navigateurs portugais. "C'est le Paradis terrestre" s'exclament les passagers abordant avec lui le Brésil par la mer, "mer indigo, ciel bleu, bleu perroquet (...) et du haut des éboulis dégringolant jusqu'à la mer, la forêt vierge, (...) mystérieuse, noire de chlorophylle."
Le poète suggère qu'une autre approche de l'immense forêt vierge, par avion, aurait fait faire demi-tour aux conquistadores portugais : "la cathédrale végétale" ressemble alors "à l'envers effiloché d'une tapisserie mangée aux mites s'étendant à l'infini, à une sombre moisissure qui ronge l'intérieur du pays", "une étendue impénétrable qui fait peur... et qui a été si justement dénommée l'enfer vertpar un naturaliste du 20e siècle qui l'explorait".

Paradis ou enfer ? Les romanciers ont opté à l'envi pour le premier cliché poétique, cliché très usagé que Cendrars non sans ironie rapproche d'une autre idée reçue sur ce pays qui produit tout en abondance : Le Brésil, pays d'avenir ! Idée que les premiers découvreurs européens firent miroiter auprès du roi du Portugal ! Cliché qui connut cinq siècles de succès, tant dans la presse que dans les traités d'économie... Autant d'images que Cendrars propose de synthétiser en placardant cet avis sur un bananier : PARADIS à EXPLOITER !
 

A une inscription politique


L'Amazonie cumule les superlatifs. C'est la plus vaste forêt tropicale au monde puisqu'à  elle-seule elle représente 35% de la surface forestière tropicale mondiale. Cette forêt verte et humide s'étend sur une des  plus grandes réserves d'eau de la planète : le bassin hydrographique de l'Amazone et de ses mille affluents couvre plus de 7 millions de Km2 soit deux fois l'Europe et englobe 9 pays d'Amérique du Sud.

Le Brésil à lui seul occupe 62% de la surface forestière avec 9 états de la fédération brésilienne sur 26. Les 38% de la superficie restants se partagent entre Les trois Guyanes, le Venezuela, la Colombie, l'Equateur, la Bolivie et le Pérou. La partie andine de l'Amazonie est la plus montagneuse (jusqu'à 3 500m d'altitude); la plus riche en biodiversité, la plus préservée.

A partir du milieu du 20e siècle, l'Amazonie perd de plus en plus l'image de forêt primaire impénétrable, intacte, figée qu'elle renvoyait auparavant. Elle se transforme sous l'action humaine. Elle occupe désormais sa place au centre du continent sud-américain, elle qui a longtemps fait figure de périphérie, d'arrière-cour des états qui s'adossaient à elle. Les pays latino-américains jusque là tournés vers la mer prennent conscience de l'existence de leurs voisins amazoniens et de leur appartenance à un grand ensemble continental, pan-amazonien. En 1978, ils ont signé un traité de coopération amazonienne (OTCA), conscients du potentiel de cette région. 
Leur ambition est-elle de faire de ce nouveau monde une terre d'utopie ou un simple réservoir de richesses ?

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