0   Commentaires
Article

Des Gamelles, melles, melles, Des bidons, dons, dons

Les instruments de Lutherie Urbaine sont aussi étonnants à regarder qu’à écouter. La Gueularde, la Vélocaster – mixte de vélo et de guitare électrique – ou l’Arbre à flûtes sont quelques-unes des chimères réalisées ici à partir d’objets recyclés. Et ils sonnent ! Visite d’atelier avec Thierry Madiot, co-directeur artistique de l’association.
« Ça, c’est un tuyau, donc c’est une flûte ». Démonstration à l’appui, Thierry Madiot souffle dans le tube. Minimalistes, certains objets sonores de Lutherie Urbaine ne produisent qu’une seule note. D’autres, comme les claviers aux touches de bois, de PVC ou de pierre, offrent de véritables possibilités mélodiques. Le Pianocktail, inspiré de la machine imaginée par Boris Vian dans L’Écume des jours, est à lui seul un véritable orchestre.
 
Thierry Madiot
Thierry Madiot à la Lutherie Urbaine © Claire Lenormand

Chercheur de sons

Beaucoup d’instruments sont créés par analogie. Ils reproduisent des formes existantes, mais les accorder n’est pas simple. Thierry Madiot propose une approche différente : lui aime se laisser guider par les matériaux, travailler leur sonorité particulière. Ce tromboniste, attentif à la respiration, est spécialiste des trompes télescopiques en plastique. L’une d’elles, longue de près de trois mètres, est posée au sol. Elle fait partie d’une commande de Tarek Atoui. L’artiste libanais lui a également fourni une bande son et demandé une machine capable de la produire. Destiné à une exposition d’art contemporain, l’objet rassemble robinets de cuivre, serpentins de silicone agités par air comprimé, cordes, ventilateurs d’ordinateur… Le projet semble loin des ateliers pédagogiques que Thierry Madiot anime. Pourtant, précise-t-il, c’est avec les enfants qu’il cherche, teste, crée.
 

Se réapproprier par la main la fabrication de la pensée

Recherche individuelle d’un instrumentiste ou construction collective au moment d’une production de spectacle, la fabrication d’un instrument est toujours, nous dit Thierry Madiot, un moyen « se réapproprier par la main la fabrication de la pensée ». Des années de pratique d’un instrument forment le cerveau. Il faut pouvoir en fonction du contexte modifier son jeu, son instrument. Les adapter au joueur. Pour cela, les nouvelles technologies sont précieuses. Lutherie Urbaine ouvre un atelier électronique. De son imprimante 3D sortira, par exemple, un instrument parfaitement adapté aux gestes d’une personne en situation de handicap.
 
Marie-Hélène Gatto, Bpi

Article paru initialement dans de ligne en ligne n°16
Captcha: