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Rameau : la Querelle des Bouffons

En 1752, à Paris, éclata ce que l'on désigne sous le nom de la « Querelle des Bouffons », bataille musicale née de la rivalité entre les partisans de la musique lyrique française, établie par Lully et renouvelée par Rameau, et ceux de la musique lyrique italienne de style buffa (bouffe).
Elle s'insère dans un contexte intellectuel particulier, débuté par la Querelle des Anciens et des Modernes au 17e siècle. Ces polémiques intellectuelles se poursuivent, on l'a vu, avec l'opposition des Lullistes et des Ramistes qui, encore une fois, confronte les opinions sur les notions de tradition et de modernité.
Il est évident, de même, que ces "querelles" s'inscrivent dans un champ plus large de réflexion sur le pouvoir durant le siècle des Lumières, réflexion qui confère à l'ensemble des événements une saveur de critique sociale contre la royauté.

Le déclenchement

La querelle est due à la présence, à Paris, d'une troupe d’acteurs italiens, accueillis de 1752 à 1754, qui donnèrent de nombreuses représentations d’intermezzi, intermèdes de courte durée insérés entre les scènes d’opera seria ou buffa. Il est à noter qu'en 1729, déjà, une troupe d’acteurs italiens s'était présentée en France, sans susciter un grand intérêt. Rien de semblable en 1752. 
Programme de 1739 présentrant la Serva Padrona
Programme de 1739 présentrant la Serva Padrona, intermède prévu pour l'opéra l'Odio Vinto. Source Wikimedia.org

C’est la reprise, au 1er août 1752, de La Serva Padrona de Pergolèse, donnée à l’Opéra, qui déclencha la ferveur du public parisien. Cette reprise s’inscrit dans un contexte particulier : le baron Melchior Grimm, jeune philiosophe allemand, venait de rédiger un article soulignant les faiblesses de l’opéra français, position soutenue par Rousseau lui-même, qui n’hésita pas à attaquer Rameau. Cette troupe donna, jusqu’en 1754, une dizaine de représentations d’oeuvres de Jommelli, Cocchi, Leo, Ciampi.
Ainsi, dès les premières représentations, un clivage apparut entre les partisans de la musique italienne et ses détracteurs, chacun des deux camps se dotant d'un nom : « le coin de la reine » pour les italianisants, avec comme défenseurs Grimm, Diderot, Rousseau, les Encyclopédistes, plus tard d'Alembert, et « le coin du roi », pour leurs opposants, partisans du style français, avec pour champions Fréron ou le père Castel.
La Querelle s’intensifia avec la parution de pamphlets et de libelles qui cristallisèrent les positions des deux camps, les partisans de l’opéra italien défendant la légèreté des intrigues et des sentiments face à l’opéra français, mettant en  scène dieux et héros au sein d’œuvres graves au caractère tragique. Cette position apparaît, bien sûr, peu légitime puisqu’elle confrontait deux genres différents, opéra buffa italien et opéra sérieux français, les opera seria italiens étant inconnus (ou quasi inconnus) en France au 18e siècle.

Une bataille de mots

En 1753 la Querelle s’attisa à la suite de la publication de la Lettre sur la musique française de Jean-Jacques Rousseau, qui avait par ailleurs composé selon le modèle italien, Le Devin du village, en octobre 1752. Dans cette lettre, comme dans son Dictionnaire de musique et dans La Nouvelle Héloïse, Rousseau, tout comme Grimm, dénoncait un art pompeux et dénaturé dont la musique ne faisait plus sens avec les sentiments exprimés, une musique trop riche et une langue, le français, incompatible avec le chant.

Rameau, incarnant le style français, était bien évidemment, avec ses œuvres, la cible principale du "coin de la reine". Il rétorqua avec verve, tout d'abord en 1754, avec l'Observation sur notre instinct pour la musique, puis par un libelle relevant Les Erreurs sur la musique dans l'Encyclopédie (1755).
La situation s'envenima suite à la parution d’un avertissement d’Alembert dans le volume VI de l’Encyclopédie. Rameau répondit par une salve d’écrits en 1757 et 1758 : Suite des erreurs… , Réponse de M. Rameau à MM. les éditeurs de l’Encyclopédie... , Lettre à M. d’Alembert… , Réponse de M. Rameau à la lettre de M. d’Alembert... . De plus, sa reprise, dans une nouvelle version, de Castor et Pollux, donna lieu à un succès éclatant.
L
a lutte d'influence aboutit in fine, grâce à l'intervention de Madame de Pompadour en faveur de Rameau, au renvoi de la troupe italienne en 1754 par décision royale.

Changement des temps et héritage

Au delà de la polémique, cette querelle traduit les aspirations nouvelles d'un public : une musique moins complexe dédiée à l'expression plus sincère des passions humaines, une "écriture transparente" selon l'expression de Rousseau.

Le baroque touche ainsi à sa fin, Rameau en est la dernière incarnation véritable en France, et le style classique émerge. Gluck, le grand réformateur de l'opera seria, crée son Orfeo ed Euridice à Vienne en 1762. Son arrivée à Paris en 1774, la présentation de ses œuvres Iphigénie en Aulide, puis de la version française de l'Orphée et Eurydice, de son Alceste en 1776, ouvre une nouvelle page et, sans étonnement, une nouvelle querelle, dite "des Gluckistes et des Piccinistes".

Héritage plus direct, cette vogue de l’opéra italien buffa provoqua, durablement, le renouveau de l’opéra-comique. Genre léger, présent sur les scènes du Théâtre de la foire depuis le tout début du 18e siècle, il se fonde sur un mélange de comédie et de chants, l’opéra-comique en vaudevilles. Il se modifia considérablement après la querelle, grâce, notamment, aux œuvres de Rousseau et Dauvergne, pour devenir un genre “institutionnel” lors de la fusion des troupes rivales du Théâtre italien et de l’Opéra-comique en 1762. Au 19e siècle, Offenbach en est l’héritier incontesté.

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sergiomol : 05/01/2019 16:29

c est bon à connaitre

mollet : 05/01/2019 16:27
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