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Synthèse des échanges des deux sessions de l’atelier « Les publics de l’EMI»

Cet atelier a été animé par Nathalie Daigne (Bpi). Y ont participé :  Sophie Bobet (Canopée, Ville de Paris), Florence Charbonnel (Limoges), Thierry Claerr (SLL), Agnès Defrance (Pierrevives), Sophie Gimenez (BM Reims), Anne-Cécile Hyvernat (Lyon) Pamela Jammes (BiblioCité), Mélanie Merienne (Valence-Romans Agglo).
Elèves étudiant le panorama des médias
©Bpi


Faut-il déterminer des publics prioritaires ?

Le choix ou non de publics prioritaires se fait après un diagnostic :

  • en interne ,  il faudrait idéalement établir un diagnostic précis des besoins des publics, qui peuvent différer selon les bibliothèques et le contexte local ;  il faut aussi analyser les forces et les moyens de  la bibliothèque.
  • du contexte local : avec les directives et  le soutien ( ou non)  de la tutelle ; les priorités de la collectivité; les réactions à l’actualité. Une connaissance très fine du territoire est nécessaire  pour  connaître les offres déjà présentes sur  le même territoire ;  les contacts : partenariats possibles, intervenants et compétences disponibles;  les demandes d’intervention dans l’économie générale du projet sont aussi à prendre en compte.
  • de l'agenda national ou local : s’insérer dans des temps forts pour plus d’efficacité et de visibilité (semaine de la presse par exemple)
  • de l’analyse des avantages, opportunités et/ou difficultés propres à chaque catégorie de public
 Ainsi, les publics scolaires sont des publics captifs, conduits par leurs professeurs, on peut donc toucher les moins convaincus (ceux pour lesquels ces actions peuvent créer un déclic). Hors du temps scolaire, les adolescents sont difficiles à toucher. Ils font  souvent partie du public de proximité, on peut essayer de les attirer avec des formes ludiques. 
  • Les enseignants sont un public avec un fort besoin (et une forte demande) de formation. Les toucher c’est toucher par rebond les élèves dont ils s’occupent (d’où un fort impact).
  • Les séniors peuvent être captés par les ateliers numériques dont ils sont un public régulier.
  •  Le « public de la désinformation » (méfiance envers les médias, théorie du complot…). C ‘est un défi de les faire venir et participer. Lorsqu’ils viennent, ils sont souvent dans une posture de défiance, et sont présents pour remettre en question les discours. Dans ces cas, il est parfois  difficile pour les bibliothécaires de se sentir légitimes à mener des ateliers EMI. La  crainte de ne pas être en mesure de répondre à ce type de publics est fréquente.
  • Le public urbain (souvent classes moyennes ou CSP+ du centre-ville), sans forcément d’intérêt spécifique signalé pour l’EMI mais qui est un public régulier des rencontres du soir dans lesquelles on peut rajouter une dimension EMI.
Deux stratégies possibles : privilégier la fidélisation, les parcours, une progression ou répondre à la demande et essayer de toucher le plus de participants possibles
Quelques exemples donnés par les participants : 
  • À la Bpi :  les publics scolaires sont ciblés en priorité car des habitudes de travail sont déjà acquises. D’autre part  les lycéens sont les étudiants de demain (public majoritaire de la Bpi)
  • À Lyon, les publics ciblés en priorité sont les publics adultes. Il peut s’agir d’usagers qui viennent par curiosité professionnelle (des professeurs par exemple), qui viennent échanger avec les autres ou faire valider leurs connaissances. 
  • À Reims : dans le cadre de la résidence des journalistes, le réseau des bibliothèques a choisi d’aller vers les scolaires prioritairement et particulièrement vers les collégiens.
  • À pierrevives, le projet d’établissement a toujours été orienté vers les jeunes (pré-ados/ados), c’est le public cible prioritaire. C’est donc naturellement que la question de la citoyenneté et de l’EMI a été pensée pour eux. Pour le public « urbain » qui fréquente les rencontres du soir, des rencontres type « Les médias libres », le cycle “presse au cinéma”… ont été proposées.
  • À Limoges, le public cible est celui des seniors qui manquent clairement de connaissances pratiques sur le numérique. Cela entre dans le cadre des ateliers d’initiation aux outils informatiques déjà  mis en place.
Que l’on décide en priorité d’essayer de toucher et convaincre un public assez hostile, ou de conforter et accompagner un public déjà sensibilisé au sujet, il faut dans tous les cas prendre soin de rendre possible l’échange et le débat. La diversité des profils des participants peut rendre l’animation complexe.

Question des pré-requis :

Si l’on part du type d’action que l’on envisage (et non l’inverse) il faut ensuite se poser la question des connaissances pré-requises, ou du degré de maturité nécessaire (et donc de l’âge minimal) et construire des actions adaptées.
Conseils pour toutes les actions :
  • Favoriser un temps d’échange
  • Prendre l’avis du public sur le contenu, pour l’améliorer, le faire évoluer : construire l’action avec le public 
  • Concevoir une thématique et la décliner sur différents formats pour différents publics, en gardant la même trame
  • Développer des cycles sur plusieurs mois, pour fidéliser un public
  • Ne pas oublier l’éducation à l’image (analyse et lecture de l’image), qui fonctionne  bien avec toutes les tranches d’âge et qui est parfois oubliée ( est-ce dû à un manque de formation ?). Ateliers de production d’un petit film/documentaire
  • Faire des fiches projet, des fiches Action
  • Penser à des actions spécifiques pendant les vacances, qui permettent de toucher un public différent

Importance des partenariats : construire les actions avec les associations locales et les journalistes

Proposer des ateliers connexes et pas strictement EMI comme par exemple des ateliers philo
Des formats ou des  thématiques qui fonctionnent bien, par type de publics :
  • Enfants : Analyse de l’offre documentaire et des différences de traitement d’un même sujet, débat. Ateliers très concrets avec des documents à manipuler, une création. Petits débats sur l’actualité.
  • Classes :  Il est souvent nécessaire de s’adapter à la demande des professeurs (déjà engagés dans des parcours, des projets de classe), ce qui nécessite un temps de préparation. Les formes ludiques (médiasphères par exemple),  le travail sur l’image sont fructueux car ils s’appuient sur une pédagogie moins scolaire...  L’adaptation à l’actualité est impérative, ce qui suppose de la réactivité. En travaillant en co-construction (méthode en cours à Lyon) les écueils du « one-shot » sont évités. En effet, ces derniers créent de la frustration et rendent l’évaluation difficile.
  • Jeunes : par l’image, par le jeu
  • Adultes, séniors : partir de leur intérêt pour les réseaux sociaux est un bon levier ;  l’intégration de séances EMI dans les ateliers numériques peut être assez naturelle . Rétro-news
  • Habitués : construire des actions à partir de l’espace presse, dans les lieux de passage,  avec des formats courts et sans réservation
  • Public des manifestations culturelles : mettre une dimension EMI dans l’approche des sujets. Avoir des invités connus (journalistes), donner des cartes blanches à un média permet d’avoir plus de visibilité et d’attirer un  public plus large 
  • Familles : Ateliers parents /ados ou parents/enfants. Partir de l’inquiétude des parents pour leurs enfants (thématique des écrans)  pour les amener à s’interroger sur leurs propres pratiques en ligne

Evaluer les actions

Qu’attend-on de l’évaluation ?
  • Une aide à la décision (arrêter, continuer, développer, faire évoluer)
  • Pouvoir rendre des comptes, légitimer le temps passé
  • Un outil de plaidoyer ; une argumentation pour obtenir des moyens supplémentaires
Quelles informations souhaite-t-on obtenir ?
  • Informations quantitatives (nombre de participants, profil socio-démographique)
  • Informations qualitatives : satisfaction, perception des participants, des intervenants (ressenti) ; qualité du contenu ; impact réel des actions sur les pratiques du public. Importance des retours directs et des signes de satisfaction des usagers
Des difficultés méthodologiques
  • Les enquêtes sont toujours difficiles à mettre en place et parfois  le public est sur-sollicité ; répondre à un questionnaire prend du temps et  nécessite un accompagnement
  • Difficulté à évaluer son propre travail
  • Le manque de suivi : on a rarement la possibilité d’observer ou d’interroger des participants plusieurs semaines ou mois après leur participation
Propositions et conseils
  • Possibilité de faire remplir des questionnaires après chaque atelier en demandant aux usagers ce qu’ils attendaient de l’atelier et quel est leur avis sur le déroulement de la séance, en récoltant également des données précises les concernant (âge, sexe, lieu d’habitation, etc.). Inclure le temps du questionnaire dans la séance
  • Faire des débriefings réguliers entre intervenants pour échanger sur le déroulement des actions, partager des observations et interrogations
  • Proposer également un débriefing en fin de séance aux participants
  • Partager avec les collègues pour que le travail profite à tous (site Bpi pro , blogs de la  ville de Paris, communication interne…)
  • Penser à d’autres moyens d’évaluer : évolutions des pratiques du public (emprunts, usage de la presse, d’Internet, qualité du débat lors des rencontres) ; fidélisation ou non des participants, bouche-à-oreille
  • Pour rendre plus facile l’auto-évaluation, objectiver l’observation, proposer des grilles d’observation
  • Mesurer et évaluer ce qui se passe mais aussi ce qui ne se passe pas : qui ne vient pas, par exemple (travailler sur l’image de la médiathèque encore angoissante pour une partie des citoyens)
  • Avoir en tête qu’il faut se donner du temps pour évaluer un impact. Pour cela des cycles réguliers, qui permettent de fidéliser les publics, sont intéressants.
  • Envisager la présence d’observateurs extérieurs : intervention de chercheurs, d’étudiants en sociologie ou pédagogie par exemple
  • Intégrer les actions EMI dans les bilans d’actions culturelles. 
  • Proposer un « Passeport EMI », qui permettrait éventuellement de valider un certain nombre de compétences et qui seraient valorisant pour les usagers. 
  • Faire produire les participants (petit film, infographie, production audio etc.).S’appuyer sur une production comme un petit film, une production audio, etc.
 
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