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Escale historique : les luttes populaires du Nordeste brésilien

Depuis l'arrivée des Portugais en 1500, le Brésil est confronté à la concentration des terres dans quelques mains et au racisme, mais aussi traversé par de puissants mouvements de résistance. La Bibliothèque publique d’information vous propose d'en découvrir quelques-uns en sillonnant le berceau historique de la société brésilienne : la région Nord-Est.
Chaque semaine, nous faisons escale dans un lieu différent et découvrons un aspect de son histoire, de son organisation ou de son patrimoine, accompagné d’une sélection de ressources à consulter dès la réouverture de nos salles.
Étendu sur plus d’1,5 millions de kilomètres carrés, le Nordeste représente environ 17 % de la superficie du pays. C’est le berceau de la société brésilienne, fruit du métissage brutal entre amérindiens, colons européens et esclaves africains. 
 
L’historien Gilberto Freyre note que, pendant plus de trois siècles, le Nordeste est une société rurale dans laquelle chaque plantation (fazenda) est une république autonome dotée de ses propres lois. Le maître blanc y est le propriétaire absolu, des plants de canne à sucre jusqu’à ses esclaves et à ses filles. Ni l'indépendance du pays en 1822 ni l’abolition de l’esclavage en 1888 ne modifient ces structures féodales.

Des quilombos au collectivisme messianique

Les esclaves des plantations commencent par utiliser la musique et la danse pour revendiquer la liberté. Certains, appelés « Noirs marrons », s’enfuient dans la jungle pour fonder des républiques autonomes : les quilombos. Ainsi, Zumbi dos Palmares (1655-1695) fonde le Quilombo dos Palmares dans l'État du Pernambouc, lequel compte jusqu'à 30 000 citoyens libres. Ils tiennent tête à l'armée portugaise pendant plus de quinze ans.
 
À la fin du 19e siècle, Antônio Conselheiro sillonne pendant vingt-cinq ans les terres arides de l'État de Bahia. Celui qui se voit comme un prophète considère l'État brésilien comme l’œuvre de Satan et fonde lui aussi une république à Canudos (aujourd’hui Belo Monte, au nord-est de Bahia) avec 30 000 fidèles.
En novembre 1896, la théocratie collectiviste entre en rébellion, mettant en échec l'armée trois fois. Conscient du potentiel révolutionnaire de Canudos, l’État envoie en octobre 1897 une expédition d’extermination.
 
Manifestation du MST au Brésil
Rassemblement national des jeunes du Mouvement des sans-terre à Santa Dica dos Sertões, Corumbá, le 6 août 2018 - Luiz Fernando sur FlickR, CC BY-NC-SA 2.0

Banditisme social et théologie de la libération 

Durant les trois premières décennies du 20e siècle, le banditisme social nomade (cangaço) sévit dans les zones arides. Les amants Lampião et Maria Bonita, suivis de leur horde d’une cinquantaine de cangaceiros, pillent propriétaires terriens, villages et casernes pendant plus de vingt ans pour redistribuer aux pauvres. C’est une spirale de la violence.
 
C’est du Pernambouc que retentit la voix puissante de l'archevêque Hélder Pessoa Câmara (1909-1999). Figure majeure de la théologie de la libération, il consacre sa vie à la lutte contre la pauvreté en soutenant notamment les ligues paysannes. Ses prises de position ont contribué à la fondation, en 1984, du Mouvement des sans-terre (Movimento dos Sem Terra).
À Caétes naît une autre figure majeure pour les luttes populaires brésiliennes : Luiz Inácio Lula da Silva. Enfant cireur de chaussures, il est élu leader syndical des ouvriers métallurgistes, fonde le Parti des travailleurs et devient président de la République de 2003 à 2011.