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Beaubourg, les génies du lieu 3 : les tuyaux et poteaux

Les tuyaux et poteaux de la façade
Façade est. Photographe : P. Migeat (2010) | [CP_18] © Centre Pompidou – MNAM-CCI - Bibliothèque Kandinsky - G. Meguerditchian
Le 31 janvier 1977, un ovni architectural est inauguré sur le plateau Beaubourg. “Ça va faire crier !”, prédit Georges Pompidou, à l'initiative du nouvel édifice provocateur. Quarante ans après, c’est le temps de la reconnaissance des génies du lieu qui n’ont rien perdu de leur profonde originalité et de leur modernité. 
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La nouvelle “usine”

“Beaubourg est peut-être beau, Beaubourg est peut-être moche, de toute façon c’est avec des gestes de ce type que l’architecture, au cours de l’histoire, a posé ses pierres blanches”. (Catherine Millet, 1977)
Ce qui marque d’emblée le promeneur qui a la curiosité de faire le tour du Centre Pompidou est certainement la profusion de tuyaux multicolores à l’extérieur, notamment sur la façade arrière, le long de la rue Beaubourg. Entre piliers et tirants, c’est là que se trouve la partie technique : gaines, monte-charges… Habituellement cachés dans les parois intérieures, ils sont ici exposés comme une modénature, un exosquelette ou des entrailles, c’est selon... Ce sont eux qui inspirent tous les sobriquets du Centre à son ouverture : la raffinerie (paradoxe d’un lendemain de choc pétrolier en 1973), l’usine (âge post-industriel, les grandes usines ferment les unes après les autres),  machin-machine, machine à communiquer… La comparaison avec une usine plaît à ses concepteurs Richard Rogers et Renzo Piano, parce qu’ils avaient conçu le bâtiment dans l’idée de produire de la culture et pas seulement de l’exposer.

Ils se réfèrent en cela aux idées développées par le Fun Palace de l’anglais Cédric Price, élaboré en 1961 à Londres, mais jamais construit. Caractérisé par un processus de construction improvisé à l’infini, alternant un démontage et un réassemblage, le Fun Palace se voulait une “université de la rue”, un accès à l’éducation sous l’apparence du loisir et du divertissement, issu de l’esprit des années 1960. Le Fun Palace a inspiré le mouvement anglais Archigram, dont l’association des termes "architecture" et "télégramme" évoque un message, une communication… Représenté par une revue du même nom, il développe des concepts appliqués à la ville : jetable, ludique, consommable, éphémère, préfabriqué et évolutif ; leurs projets urbains combinent réseaux, câbles, structures gonflables, mobile home, drive-in, informatique, robotique, couleurs et reflètent la société de consommation hyper-technologique qui se développe : c’est le principe de la “Plug-In City” (ville à brancher), exposée par Peter Cook en 1963, dont chaque élément peut être connecté ou déconnecté.
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