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David Goldblatt, une histoire ordinaire 1/5 : Petit propriétaire avec sa femme et leur fils aîné...

Petit propriétaire avec sa femme et leur fils aîné dans leur cuisine
Petit propriétaire avec sa femme et leur fils aîné, à l’heure du déjeuner, Wheatlets, environs de Randfontein, Gauteng, septembre 1962. © David Goldblatt
Photographe sud-africain né en 1930, David Goldblatt parcourt inlassablement son pays depuis les années soixante pour en raconter l'histoire par le quotidien. Il circonscrit chaque série d'images à un lieu particulier, dont il photographie à la fois les espaces et les occupants. Il raconte ainsi comment l'occupation des territoires façonne l'histoire politique complexe d'une Afrique du Sud traversée par l'apartheid. Il ajoute à ses photographies des légendes détaillées, l'engageant dans une démarche documentaire unique.
Le Centre Pompidou lui consacre une rétrospective du 21 février au 7 mai 2018, et Balises partage avec vous quelques extraits de son œuvre.
Cliquer sur l'image pour l'agrandir.

« À une époque, j’ai envisagé de photographier la communauté afrikaner. Il m’a fallu du temps pour comprendre que, pour moi, un tel projet serait extrêmement prétentieux et probablement impossible à réaliser de façon significative – dans tous les cas, ce n’était pas ce que je voulais. Je ne possédais pas la vision encyclopédique susceptible de me permettre de rendre une image suffisamment “équilibrée” d’une communauté.
Je me préoccupais de quelques détails de la vie des Afrikaners, de quelques individus. J’avais besoin de comprendre en partie ce qu’est un homme et ce qu’il devient, dans toute la particularité de son être, de son foyer et de cet endroit, et de concentrer tout cela dans une photographie. Le fait d’atteindre ce but, et de découvrir les formes et les nuances de ses amours et de ses peurs – et des miennes – serait suffisant.»

«Ces images sont le résultat d’une tentative d’observation d’une petite tranche de la société sud-africaine depuis le point de vue discuté. Les gens des parcelles sont pour la plupart des Afrikaners ayant quitté le platteland (l’arrière-pays) pour travailler dans les mines et les usines du Witwatersrand durant les bouleversements de la Grande Dépression et de notre révolution industrielle. Bien que liés économiquement à la ville, ils n’ont assimilé que certaines de ses valeurs, car ils méprisent son impiété. Ils aiment sincèrement la terre, mais de manière sentimentale plutôt que pratique. Peu d’entre eux cultivent leurs petites exploitations périurbaines avec un certain succès. Ils rêvent de prendre leur retraite dans une ferme du Limpopo. Dans l’intervalle, ils mènent une vie vigoureuse pleine de simplicité impécunieuse.
Ils sont accueillants, aimables, ardemment nationalistes et fortement racistes. Mais cette image est trop simple. Ce sont des individus, complexes et contradictoires. Comme les autres, ils peuvent être vicieux dans leurs gestes de bonté. Et même dans leur racisme, je les ai vus faire preuve de fraternité au-delà de leur propre couleur. Peut-être plus que toute autre chose, c’est la tragédie et l’espoir d’un tel paradoxe que j’ai tenté d’exprimer dans ces images.»

David Goldblatt, à propos de la série Some Afrikaners photographed.
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