Sélection

Emmanuel Guibert : morceaux choisis

Emmanuel Guibert produit depuis Brune, son premier album paru en 1992, un travail riche et protéiforme. De la plongée dans l’intimité de son ami américain Alan Ingram Cope au quotiden du photographe Didier Lefèvre, en passant par la folle vie de ses personnages pour la jeunesse, l’auteur joue avec les états et les émotions et nous livre une œuvre subtile, drôle, empreinte de poésie.

Balises vous propose une sélection de quelques titres incontournables.

Publié le 22/05/2018 - CC BY-NC-SA 4.0

Sélection de références

La Guerre d'Alan

Emmanuel Guibert
L'Association, 2009

La Guerre d’Alan n’est pas un récit de guerre classique, mais la description sensible de l’apprentissage de la vie par un jeune Américain ordinaire, engagé à 18 ans dans la Seconde Guerre mondiale. Naïf mais courageux, curieux mais sincère, Alan Ingram Cope est un jeune soldat qui découvre le monde, plein d’empathie envers tous les hommes, qu’ils soient roms, allemands, religieux ou simples soldats comme lui. En dessinant les nombreuses anecdotes qu’Alan lui a racontées sur son entraînement, son arrivée en Europe, l’expédition secrète de Patton en Tchécoslovaquie, ou l’immédiat après-guerre, Emmanuel Guibert transmet avec une grande délicatesse, dans de splendides dessins à l’encre, les souvenirs d’un jeune homme au tempérament artistique qui se découvre en même temps qu’il découvre le monde. À travers ce récit, c’est aussi l’amitié qui s’est nouée entre Alan Ingram Cope et Emmanuel Guibert qui nous touche, une amitié que la mort d’Alan n’a pas atténuée.

À la Bpi, niveau 1, AL GUE

Le Photographe

Emmanuel Guibert, Didier Lefèvre, Frédéric Lemercier
Dupuis, 2010

Quatre mille clichés réalisés dont seulement six publiés par le quotidien Libération en 1986. C’est ce que le photographe Didier Lefèvre produit durant son voyage en Afghanistan auprès de Médecins sans frontières. En 1999, Emmanuel Guibert suggère d’adapter ce reportage en bande dessinée. Les planches-contacts sont ressorties des cartons, la mémoire du photographe avec. Le Photographe sort en trois volumes, de 2003 à 2006.
1986 : l’URSS occupe le Pakistan et l’Afghanistan. Sur les routes, les caravanes font l’objet de trafics : transport d’armes, de billets de banque à dos d’âne. Des ONG fictives œuvrent également sous couvert de missions humanitaires. Didier Lefèvre est envoyé au Pakistan, à Peshawar. Il accompagne des moudjahidines et une caravane de MSF qui livre une aide médicale au nord de l’Afghanistan. Il est alors confronté à une culture totalement inconnue et au quotidien des civils (famine, corruption, sécheresse, blessures par balles et par obus…). Le contexte politique est peu abordé dans le récit, le photo reportage est à taille humaine, vif, focalisé autant sur les expressions des visages que sur les montagnes escarpées d’Afghanistan. Les planches-contacts en noir et blanc, rayées, triturées au marqueur, complètent et illustrent harmonieusement les dessins d’Emmanuel Guibert. Le crayonné est épuré et le dessinateur laisse peu transparaître les émotions de ses personnages, donnant un aspect froid, désertique à l’ensemble. Les trois volumes terminés, on reste sur le constat glaçant d’un anesthésiste de MSF : “Dans une mission humanitaire, on sacrifie d’abord le photographe”.

À la Bpi, niveau 1, AL PHO

L'Enfance d'Alan

Emmanuel Guibert
L'Association, 2012

L’Enfance d’Alan, publié à la suite de La Guerre d’Alan, raconte les souvenirs d’enfance d’Alan Ingram Cope, de sa naissance jusqu’à la mort de sa mère en 1936. L’album retrace autant l’histoire de la famille d’Alan – à travers des anecdotes parfois humoristiques ou nostalgiques – qu’un mode de vie aujourd’hui oublié, plus simple, en phase avec la nature, plus fataliste.
Emmanuel Guibert aborde ici un registre plus intime. Il sait merveilleusement retracer la Californie d’avant-guerre, avec des dessins à la fois réalistes, épurés parfaitement mis en scène, accordant autant d’importance aux blancs, aux cadrages particuliers qu’à la précision des détails.

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À la Bpi, niveau 1, RG GUI E

Martha & Alan : d'après les souvenirs d'Alan Ingram Cope

Emmanuel Guibert
L'Association, 2016

Si un arbre symbolisait l’amour de Martha & Alan, ce serait sans conteste le jacaranda. Tortueux, majestueux et mélancolique, il porte en lui l’espoir du renouveau amoureux de leur enfance. C’est dans cette sphère protectrice et rassurante que se fait la rencontre entre Martha Marshall et Alan Ingram Cope, dans la Californie des années 1930. Leur jeu de balançoire, l’escalade d’un cèdre sacré, la chorale à l’église et les promenades le long de l’aqueduc… Une douce nostalgie spirituelle et imperceptible. Puis, les spectres de la maladie, de la mort, de la Grande Dépression et de la guerre feront pourrir ses souvenirs. Après avoir été envoyé combattre le nazisme en Europe, Alan s’entête à retrouver Martha, mais c’est par la correspondance qu’ils se réuniront un demi-siècle plus tard. Chacun a suivi un parcours de vie différent, et les non-dits et les regrets restent en suspens. La solitude des deux amoureux à la retraite est dépeinte par des paysages marins lunaires somptueux. Pour le dessin, Emmanuel Guibert utilise des matériaux volatiles qui nous font plonger dans l’éphémère. La craie, l’aquarelle, l’encre sur films plastiques s’associent harmonieusement avec une écriture minimaliste toute en retenue. On perçoit le pastel d’Odilon Redon ou d’Edgar Degas au premier trait, puis on pense à la puissance des couleurs chromatiques de Marc Chagall, le gris de lin, l’indigo, le bleu lapis-lazuli… Martha & Alan est un hommage pudique et attendrissant à une histoire d’amour irréelle.

À la Bpi, niveau 1, RG GUI M

Sardine de l'espace

Emmanuel Guibert, Joann Sfard et Mathieu Sapin
Bayard et Dargaud, 2014

Une bande dessinée psychédélique pour les jeunes de 8 à 88 ans. Un croisement entre une hallucination à la Robert Crumb et une affiche d’un festival de groupes d’acid rock. C’est la série Sardine de l’espace. Emmanuel Guibert a chargé le vaisseau à ras bord de références à la culture pop des années 1960 et 1990 : Stanley Kubrick, Mars Attack, le Space opera, la famille Crannibales, le Pop art… Son équipage de bras cassés s’est sabordé tout seul. P’tit Lulu et son don pour la pâte à modeler, Sardine la bretteuse et le très porté sur l’apéritif capitaine Épaule Jaune. Ces pirates sortis d’une faille spatio-temporelle font face au président de l’Univers Supermuscleman, dictateur masqué à l’allure d’un zorro, l’embonpoint en plus. Leurs mini-aventures abordent une pléthore de sujets polémiques comme la malbouffe, la dictature, le changement climatique, les essais scientifiques…
Emmanuel Guibert, Joann Sfar et Mathieu Sapin ont associé leur talent dans cette série, véritable perfusion de couleurs pétillantes.
À ne pas mettre dans les mains de lecteurs épileptiques !

Emmanuel Guibert : monographie prématurée

Emmanuel Guibert et autres
Éditions de l'An 2, 2006

Le volume réunit des histoires courtes, de nombreuses illustrations et des pages de carnet inédites. Il est organisé autour de diverses analyses de l’œuvre du dessinateur. Guibert y signe également un texte sur le rapport du dessin à la petite enfance.

À la Bpi, niveau 3, 768 GUI

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