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Couverture du livre tiré d'Oser lutter, oser vaincre
Oser lutter, oser vaincre, bande originale du film réalisé en mai-juin 68, Paris, Nouvelles Presses Parisiennes, collection « Les Cahiers de la colère », 1972
Dossier

68 se fait entendre

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Témoignages, ambiances de grève, discours, slogans… : de nombreux documentaires tournés à la fin des années soixante donnent à entendre autant qu’à voir les luttes sociales de l’époque. Au même moment, les cinéastes documentaristes font évoluer les rapports entre sons et images. Le ton ou la disparition d’une voix-off, le montage et le mixage des discours, les personnes interrogées, tous ces choix constituent pour eux des partis pris politiques autant qu’esthétiques.
Balises attire votre oreille sur quelques extraits sonores issus de films projetés lors du cycle À l’œuvre. Être(s) au travail organisé par la Cinémathèque du documentaire. Ces séquences racontent les espoirs, les luttes, la violence et la désillusion qui fondent les révoltes ouvrières et étudiantes avant, pendant, et au lendemain de mai 68.

Avec le sang des autres a été tourné entre 1973 et 1974. Ce documentaire donne à entendre les voix des travailleurs des usines Peugeot de Sochaux. Le film fait alterner le bruit assourdissant des machines, avec des séquences intimes, au cours desquelles plusieurs personnages évoquent leurs conditions de travail à la chaîne et la vie quotidienne, rythmée par leur labeur ou celui de leur entourage. 

Jean-Pierre Thorn réalise Oser lutter, oser vaincre avec les ouvriers grévistes de l’usine Renault de Flins, entre mai et juin 1968. Tournées avec des moyens précaires, les séquences filmées sont montées avec des photogrammes, des intertitres, et des sons parfois désynchronisés, pour mettre en avant les enjeux politiques à l’œuvre. De fortes dissensions entre les ouvriers en lutte et les syndicats débordés par le mouvement se révèlent progressivement.

Quant à Jean-Louis Le Tacon, il fonde le collectif breton Torr E Benn, qui tourne Nous irons jusqu'au bout (les Kaolins de Plémet) à l'automne 1972. Le film suit la grève de 120 ouvriers bretons sans son direct, et est structuré par des slogans, des chants et un commentaire engagé en faveur des grévistes. Avec d'autres productions Torr E Benn, il est destiné à faire partie d'une "mémoire populaire des luttes par l'audiovisuel".