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Témoignage

La mémoire Aviv

Nurith Aviv a travaillé avec les plus grands cinéastes.
Pour le magazine de ligne en ligne, certains évoquent leur rencontre avec elle et leur collaboration.

Amos Gitaï, cinéaste

image du film Brand New Day
Brand New Day d'Amos Gitaï, 1987 © Agav Films
« Nurith est brillante, intelligente, c’est une intellectuelle, c’est pour moi la meilleure raison de (vouloir) travailler avec quelqu’un, pour apprendre l’un de l’autre et en s’amusant. Elle est également intuitive, très bonne technicienne, elle est au courant des avancées technologiques, et elle est courageuse : que souhaiter de plus ?
Quand je pense à Nurith, cela évoque d’abord un délicieux repas que nous avons partagé à Tel-Aviv en préparant le film Journal de campagne en 1982, puis il y a eu Ananas, en 1984, ou encore Brand New Day, en 1987. »
 







Paul Ouazan, producteur et réalisateur

image de l'émission Die Nacht
Die Nacht / La Nuit de Paul Ouazan, 2003 © Atelier de Recherche d'Arte
« Je n’ai pas choisi Nurith, comme elle ne m’a pas choisi. “ Nous nous sommes trouvés ” serait une expression plus exacte. Nos chemins se sont confondus le temps d’un programme de télévision improbable, inconcevable de nos jours et pour tout dire magique. Une émission qui n’était pas à proprement parler une émission définie, répondant à des critères de “ case ” ou de “ cible ”. Non, c’était autre chose. Et c’est autre chose que j’ai proposé à Nurith de faire dans cet espace d’expérimentation sans le souci de parvenir à une “ oeuvre ” aboutie. Ce que nous avons fait avec Nurith dans Die Nacht / La Nuit est le résultat, ce que j’appellerais une façon commune de penser l’image.
Certaines des séquences qu’elle a tournées pour l’émission ont déclenché un processus d’assemblage et de macro-montage du programme. Il faut savoir que Die Nacht n’est pas un magazine de court métrage où les séquences s’enchaînent mécaniquement les unes derrière les autres. C’est un travail de composition entre des séquences très hétéroclites pour essayer de faire émerger un sens général à cette composition.
Quand je pense à Nurith, c’est son visage qui se présente à moi immédiatement. Et, allez savoir pourquoi, il évoque pour moi un paysage israélien et plus particulièrement les paysages de la Galilée du Nord. Je n’ai aucune explication logique à cela. »




Laurence Petit-Jouvet, cinéaste

image du film J'ai r^vé d'une grande étendue d'eau
J'ai rêvé d'une grande étendue d'eau de Laurence Petit-Jouvet, 2002 © Abacaris films
« Le tournage de J’ai rêvé d’une grande étendue d’eau s’est passé dans la consultation de pédopsychiatrie transculturelle de Marie Rose Moro à l’Hôpital Avicenne de Bobigny. Il a fallu trouver un dispositif cinématographique qui s’adapte absolument aux exigences de la clinique. Les places que nous occupions étaient inamovibles, les seules possibles : deux caméras, la chef opératrice, son assistant-pointeur et moi au fond de la grande pièce parmi les cothérapeutes et face à la famille ; une dizaine de micros plantés dans le faux plafond ; et l’équipe des ingénieurs du son de l’autre côté d’un miroir sans tain pour capter et mixer en direct cette parole qui tournait, se nouait et se dénouait, se chuchotait et se criait. C’était la règle du jeu, dans cet espace où chaque présence, chaque déplacement, chaque élément du décor était chargé et symbolique.
J’ai choisi Nurith Aviv pour être la chef opératrice de ce film, d’abord parce qu’elle possédait déjà une connaissance de l’ethnopsychanalyse et avait filmé des situations psychiatriques en Afrique, mais surtout parce qu’elle était connue pour ses plans-séquences, nécessaires pour suivre avec fluidité la parole de la consultation. Le tournage s’est étalé sur trois mois, pendant lesquels nous avons tricoté, elle et moi, une image à quatre mains. Le choix d’une deuxième caméra, décidé ensemble, a été déterminant. Il permettait à Nurith de suivre son intuition en prenant des risques, pour aller chercher ce qui affleurait sur les lèvres et au creux des corps.
L’intelligence, la culture et l’exigence de Nurith ont été essentielles pour inventer et réussir ce tournage. Tout en maîtrisant son image, Nurith écoutait formidablement bien et captait les différents niveaux de sens qui se jouaient devant nous, pour parvenir à anticiper la nécessité de certains mouvements de caméra. »
 



 Agnès Varda, cinéaste

image du tournage L'une chante, l'autre pas
Nurith Aviv et Agnès Varda sur le tournage de L'une chante, l'autre pas en 1976 © Ciné Tamaris
« En voyant Erica Minor, un film de Bertrand van Effenterre de 1973, j’avais remarqué des images qui me plaisaient. J’ai eu un peu de difficulté à trouver Nurith Aviv, je voulais lui demander de faire les images de Daguerréotypes, un documentaire dans ma rue avec mes voisins, les commerçants. Nurith a tourné en caméra 16 mm, parfois à la main. Nous nous sommes tout de suite bien entendues. Elle a un sens instinctif du cadrage et de ce qui va arriver. On s’est retrouvées pour L’une chante, l’autre pas, elle était au cadre. Puis elle a fait images et cadre de Jane B. par Agnès V. et surtout elle a signé les images de 7 P., cuis., s.d.b., à saisir et de Documenteur, tourné à Los Angeles. On a partagé des sensations, des intuitions et des moments où, par le projet et par les images, on touche au mystère du cinéma de création.
Depuis, Nurith vole de ses propres ailes. Elle réalise et construit une oeuvre originale. »

Témoignages recueillis par Florence Verdeille, Bpi

Article paru initialement dans le numéro 18 du magazine de ligne en ligne
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