Analyse
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L'engagement du cinéma syrien

Avec l’arrivée au pouvoir du parti Baath et la création, en 1964, de l’OGN, Organisation Générale du Cinéma qui contrôle l’ensemble de la production cinématographique, les plus grands cinéastes syriens connaissent la censure ou l’exil. Mais, depuis mars 2011, le soulèvement populaire contre la dictature a complètement changé le paysage filmique.
Grâce à Internet et aux technologies numériques les jeunes réalisateurs, reporters ou manifestants opposants au régime filment dans l’urgence, et parfois au péril de leur vie la brutalité de la répression, et témoignent ainsi du combat de leur peuple pour la liberté.
À côté de cette production spontanée, les documentaristes professionnels poursuivent leur travail, l’inscrivant dans une démarche à plus long terme. Malgré des conditions d’exercice difficiles - certains ont été arrêtés et jetés en prison, d’autres tournent dans la clandestinité – ils continuent à oeuvrer avec courage pour le renouveau du cinéma syrien.   
Depuis décembre 2011, la page Facebook Festival de cinéma de la Syrie libre accueille chaque jour de nombreux films sur la révolution syrienne, et invite ses spectateurs à voter pour élire le film de leur choix.

Filmer dans l'urgence : téléphones portables et Internet

Depuis le début de la révolution des vidéos ont été tournées dans l’urgence et la clandestinité, par les manifestants ou les activistes devenus reporters, à partir de téléphones portables ou de petites caméras digitales, et postées quotidiennement sur Youtube. D’autres, comme les films réalisés par le collectif Abounaddara et diffusés sur Vimeo, inventent un langage cinématographique adapté à l’urgence de la situation.

D’Alep à Paris, le peuple syrien raconté par le cinéma

Cinéastes, artistes et reporters sont peut-être les premiers artisans de la mémoire contemporaine. Comment se faire le témoin d’une guerre ou d’une révolution en marche ?



Meyar Al-Roumi, réalisateur syrien, Florence Aubenas, journaliste, grand reporter pour le quotidien Le Monde en Syrie, Hala Alabdalla, documentariste, porte-parole de toute une génération de cinéastes anonymes de la révolution, et Hassan, réfugié syrien sont les invités de  Marc Voinchet, pour son émission Les Matins de France Culture du 30 novembre 2012.
 

Ils sont cinéastes, syriens et filment leur pays au péril de leur vie

Avec les moyens du bord, les opposants au régime d’El-Assad bravent la mort pour témoigner de leur lutte.  

La terreur vue de l’intérieur : trois documentaires syriens inédits

Réalisés en 2011, ces trois films témoignent de la brutalité du régime, de l’espoir d’un peuple et du courage des documentaristes
Hama 82-11 (26 min)
compare la répression subie actuellement par les insurgés au massacre commis par les troupes d’Hafez El-Assad en 1982.
Homs (26min)
Le chant de la survie est un film sur Homs, capitale de la révolution syrienne.  
Rastan (25 min)
montre pour la première fois des soldats qui expliquent face à la caméra pourquoi ils ont déserté l’armée de Bachar El-Assad

Les ciné-tracts du collectif syrien Abounaddara

Filmer la dictature à travers le quotidien des Syriens, c’est le choix d’un collectif qui diffuse, depuis avril 2011, ses micro-reportages en partie sur le site www.abounaddara.com et en intégralité sur le site d’hébergement Vimeo, et dont le porte-parole est Charif Kiwan. Ce collectif de cinéastes syriens s’engage aux côtés d’un peuple qui se bat pour sa liberté et ses courts métrages inventent un langage cinématographique adapté à l’urgence de la situation. A lire pour en savoir plus
  • l'article de Mathilde Blottière sur Télérama.fr
  • Un cinéma d’urgence, entretien avec le collectif syrien Abounaddara, par Cécile Boëx. L'entretien est ponctué de nombreux liens. On peut redécouvrir notamment les chefs d'oeuvre d'Omar Amiralay et de nombreux courts-métrages du collectif.

Montrer, dire et lutter par l’image

Alors que le régime de Bachar El-Assad plonge son pays dans un bain de sang qui ne cesse de s’étendre, les activistes syriens continuent de fabriquer des images. Ces petits films en ligne sur YouTube ne se contentent pas de capter les événements, ils déploient aussi des dispositifs, souvent tragiques, parfois comiques, qui sont autant de moyens de nous exhorter à ne pas rester de simples spectateurs des violences en cours.

L’engagement d’un cinéma d’auteur : la censure ou l’exil

Omar Amiralay s’était attaché à filmer la réalité politique de son pays : ses films sont toujours victimes de l’interdiction de la censure en Syrie. Des cinéastes talentueux comme Oussama Mohammed ou Mohamed Malas se sont heurtés à d’extrêmes difficultés pour la réalisation des quelques films qu’ils ont réussi à tourner. Hala Alabdalla, documentariste en exil depuis des années, est aussi devenue la porte parole de toute une génération de cinéastes anonymes de la révolution.

Omar Amiralay

Omar Amiralay est né en 1944 à Damas, ville où il est mort le 5 février 2011. Il venait juste de signer un communiqué saluant les mouvements de contestation en Syrie et en Égypte. Figure importante de l'opposition en Syrie, il a réalisé une quinzaine de films documentaires  très critiques à l’égard de la réalité de son pays et du Proche-Orient, et dont la plupart sont interdits en Syrie. Il reste l’un des cinéastes les plus influents du monde arabe.
  • ​A lire l'article de Florence Ollivry sur le site Babelmed
  • En savoir plus sur sa filmographie sur le site du Festival du Cinéma du réel : La Vie quotidienne dans un village syrien (1974), Les Poules (1977), Le Malheur des uns... (1982), Un parfum de paradis (1982), Vidéo sur sable (1983), Le Sarcophage de l'amour (1985), L'Ennemi intime (1986), À l'attention de Madame le Premier ministre Benazir Bhutto (1989-1994), Par un jour de violence ordinaire, mon ami Michel Seurat... (1996), Il y a tant de choses encore à raconter (1997), Le Plat de sardines (1997), L'Homme aux semelles d'or (2000), Déluge au pays du Baas (2003) 

Hala Alabdalla


Hala Alabdalla, cinéaste et productrice syrienne est née à Hama en 1956. Elle a étudié l'agriculture à l'Université de Damas, l'anthropologie à l'EHESS, le cinéma à l'Université de Paris VIII. Assistante d'Oussama Mohammad pour Étoiles de jour et de Mohamed Malas pour La Nuit elle a par la suite produit plusieurs films au sein de Ramad Films (Paris), la maison de production d'Omar Amiralay.
Parmi ses dernières réalisations, citons :
Hé ! N'oublie pas le cumin (2008)
Je suis celle qui porte des fleurs vers sa tombe (2006), consultable à la Bpi sur les ordinateurs à tous les niveaux. Comme si nous attrapions un cobra (2012). 
Ce dernier film dessine le paysage des aspirations démocratiques des peuples du monde arabe en pleins bouleversements révolutionnaires en s’appuyant sur la parole et l’art des caricaturistes. La liberté d’expression est l’aspiration la plus visible de cette lame de fond, le dessin de presse l’incarne par sa distance critique et son humour. Ce film a été programmé le 9 novembre 2012 aux Rencontres internationales du documentaire de Montréal, et présenté, dans ce cadre, par Hala Alabdalla.
  • A écouter une interview d'Hala Alabdalla sur le site de Radio Canada

Mohamed Malas

Mohamed Malas est né en 1945 à Kouneîtra dans le Golan. Après des études à l’École normale, il enseigne la philosophie avant d’étudier le cinéma au VGIK de Moscou. Il est l’auteur de deux livres : Annonciation pour une ville qui vivait avant la guerre (Beyrouth, 1979), Le Rêve, (Beyrouth, 1980) et de nombreux articles. Il a réalisé des documentaires dont Kouneîtra 74 (1974), La Mémoire (1977), Le Rêve (1986), Ombre et lumière (1986), et des fictions dont Les Rêves de la ville (1984), Sur le sable sous le soleil (1998), Passion, fiction, (2005).
En savoir plus sur la filmographie de Mohamed Malas sur le site du Festival du Cinéma du réel

Oussama Mohammed

Oussama Mohammed est né en 1954 à Lattaquié. Étoiles de jour (1988), son premier long-métrage, a été considéré comme l’une des critiques les plus virulentes de la société syrienne contemporaine sous le régime Baas, une charge contre l’ordre patriarcal : il n’a jamais pu être montré en Syrie. En 1992, il a co-écrit le scénario de La Nuit avec Mohamed Malas et co-réalisé avec Omar Amiralay et Mohamed Malas le documentaire collectif Ombre et Lumière (Nouron wa Zila, 1994). Il a réalisé en 2002 son second long métrage Sacrifices.
  • A voir une interview sur le site Euromed Audiovisuel  : Que serait-il arrivé au peuple syrien sans les images ? Que nous serait-il arrivé si nous n’avions pas eu de tels témoignages ?
  • A lire le texte L’adolescent et la botte, traduit de l’arabe par Jacques Debs, et écrit par Oussama Mohammed après avoir visionné une vidéo diffusée sur YouTube montrant violences et humiliations infligées à un jeune manifestant arrêté à Deraa par les services de sécurité.
 

L’engagement de jeunes cinéastes syriens 

Présentation de quelques documentaristes syriens qui mettent leur engagement au cœur de leur travail, de leur réflexion et au service de leur art pour renouveler le cinéma de leur pays : Khaled Abdulwahed, Mohammad Ali Al-Atassi, Hazam al-Hamwi, Meyar Al-Roumi, Nidal Hassan.
 

Khaled Abdulwahed

Khaled Abdulwahed, né à Homs (Syrie) en 1975, vit et travaille à Dubaï (Émirats Arabes Unis).
Il a réalisé Tuj et Bullet à son retour en Syrie.  

Tuj

À mon retour en Syrie, j'ai été saisi par une scène d'enfants qui jouaient au ballon sur fond de bruits de bombardement, indifférents à la mort au-dessus de leurs têtes. C'était une scène surréaliste qui mêlait le bruit du ballon (Tuj est une onomatopée qui désigne ce bruit) et celui des bombes, la vie et la mort. J'ai alors cru revoir un certain enfant jouant seul chez lui en plein bombardement. Un enfant qui joue toujours...dans nos têtes.

Bullet

C'est sur un mur d'école que les enfants de Deraa, au sud de la Syrie, ont inscrit les graffitis anti-régime qui devaient servir d'étincelle à la révolution syrienne, et c'est sur les murs du pays que les Syriens allaient par la suite raconter leur révolution à travers des graffitis : d'où la place privilégiée que j'accorde au mur dans ce film d'animation qui retrace de manière poétique la vie du Syrien en proie à la dictature. une vie qui se réduit finalement à la trajectoire d'une balle de revolver.

 

Mohammad Ali Al-Atassi

Mohammad Ali Al-Atassi est le fils de l’ancien président syrien Noureddine Al-Atassi. Après avoir fait des études en France, il retourne en Syrie en 1999, et milite alors pour les droits de l’homme. Il est membre du collectif Kayani qui produit des courts métrages sur la révolution  
Il a réalisé le documentaire "En attendant Abou Zayd ", portrait de ce grand théologien musulman égyptien, auteur d'exégèses du Coran qui lui ont valu d'être condamné pour apostasie. Ce film est consultable à la Bpi.
  • A voir à la Bpi,  le film "En attendant Abou Zayd "disponible sur tous les ordinateurs
     
  • A voir une interview sur le site Euromed audiovisuel
     
  • A lire "Révolte en Syrie, échos assourdis au Liban". Dans cet entretien avec Rita Bassil El Ramy, publié dans la revue Esprit le 20 octobre 2011, Mohammad Ali Al-Atassi donne son point de vue sur les révoltes syriennes.
 

Hazam Al-Hamwi

Filmer à tout prix : une expression qui convient aussi bien au personnage central du projet développé par Hazem Al-Hawi qu’au parcours personnel de ce réalisateur et producteur syrien. Il est interviewé par Euromed Audiovisuel, lors du Festival international du cinéma méditerranéen de Montpellier. 
Le monde arabe a besoin d’une meilleure formation à la production

Meyar Al Roumi

Meyar Al Roumi, cinéaste syrien, a fait des études de photographie aux Beaux-Arts de Damas, puis des études de cinéma à l’université Paris VIII et à la FEMIS dont il est sorti diplômé en 2001. Il a réalisé plusieurs courts métrages, dont Le voyage de Rabia, en 2006. Il a  également réalisé le film Un cinéma muet (2001) qui montre comment l’ONC (Organisation nationale du cinéma, organisme d’État fondé en 1963) a réduit les grands réalisateurs au silence ou à l’exil. Il vit désormais en France mais séjourne très souvent en Syrie.

Nidal Hassan

Né en 1973, Nidal Hassan est originaire de la ville côtière de Tartous. Diplômé de l’Université d’Erevan, département Cinéma,  en 2003, il travaillait depuis auprès de l’Organisation nationale du cinéma en Syrie. Parmi ses réalisations, citons Salty Skin en 2003, salué par la critique internationale, le film Joy (2004) et le documentaire Flint Mountains (2009).
"Je voulais aller vers les citoyens syriens, voir leur rêves, leur besoin de dignité, leur soif de liberté, explique Nidal Hassan. Je ne voulais pas en rester aux images des médias qui ne montrent que de la mort, du sang et des choses terribles. Bien sûr, ce n’est pas ni évident ni facile de filmer dans la rue. C’est un vrai risque, mais je ne pouvais pas ne pas le prendre. Pour moi, il était indispensable de capter ce moment, d’en garder ces images, qui, un jour, seront des images d’archives historiques."

Tamer Al-Awam

Réalisateur et journaliste syrien, originaire de Soueida, dans le sud du pays, Tamer Al-Awam s’était installé en Allemagne avant de rejoindre en Syrie les médias de la révolution. Il est mort à Alep en septembre dernier, à l’âge de 34 ans, sous les balles du régime syrien. Il y tournait un film pour l’Armée syrienne libre.

Bassel Shehadeh

Mort deux jours après le massacre de Houla, le réalisateur Bassel Shehadeh, 28 ans, a été tué le 28 mai 2012, caméra au poing dans un quartier de Homs que bombardait l'armée syrienne. Il avait interrompu ses études de cinéma aux États-Unis pour rejoindre la révolution en ses débuts. Il s'était installé à Homs pour filmer, informer les médias internationaux, et former des activistes au tournage et au montage. Cesquelques images ont été tournées quelques jours avant sa mort. Il répond à la question « What means « home » to you ? » 

A voir deux courts métrages de Bassel Shehadeh sur YouTube retour au sommaire
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