Analyse

La mixité à l'école et l'égalité des sexes

Pour lutter contres les stéréotypes qui perpétuent la domination masculine dans notre société, la mixité scolaire est un outil précieux puisqu'elle habitue garçons et filles à vivre ensemble dès l'enfance, leur propose la même éducation et leur promet l'égalité. Est-ce si simple?
Élèves de l'école d'application, par William James Topley CC.BY.2.0, BiblioArchives

Obligatoire depuis 1975, la mixité n'a pas produit tous les effets qu'on aurait pu attendre d'elle; elle est parfois remise en cause, même par certains féministes qui dénoncent la violence, symbolique et parfois physique, infligée aux filles, et par d'autres qui s'inquiètent des difficultés spécifiques des garçons.
Les prises de position récentes de la Ministre des Droits des Femmes et du Ministre de l'Education Nationale sont l'occasion de faire le point sur cette question, plus complexe qu'il n'y paraît.

Histoire de la mixité à l'école en France

Rêvée par les défenseurs des droits des femmes depuis longtemps, la mixité ne devient obligatoire dans toutes les filières qu'en 1975, avec la loi Haby.

Le 20e siècle est marqué par les progrès de la mixité à l'école: d'abord cantonnée aux petites écoles de campagne, elle gagne peu à peu du terrain. Il faut du temps pour qu'elle soit pleinement acceptée : voici par exemple l'avis de lycéens et de lycéennes parisiens interviewés en 1961.


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Surtout, cette mixité qui entre progressivement dans les moeurs, est avant tout guidée par des motifs économiques: la massification de l'enseignement a un coût, et la création d'établissements mixtes est beaucoup plus rationnelle en termes d'espaces et de budgets. Les revendications féministes du 19e siècle sont loin des préoccupations des ministres qui peu à peu, l'imposent à la société française. La mixité est donc un outil économique et non pas un outil pédagogique en vue de l'égalité. Retrace l'histoire de l'éducation dans un lieu commun pour les filles et les garçons, avec des programmes éducatifs équivalents et les liens qui existent avec les évolutions des mœurs, les valeurs de notre société et les décisions politiques qui en découlent.

Ce n'est qu'en 1982 que le principe égalitaire de l'enseignement mixte est officiellement affirmé : un arrêté du Sénat du 12 juillet sur l'action éducative contre les préjugés sexistes dépasse la notion de mixité et vise à promouvoir une réelle égalité des chances entre filles et garçons et à faire disparaître toute discrimination à l'égard des femmes. 
Mais bien avant cette date, la mixité a été adoptée par la société et est devenue le ressort sur lequel se fonde le combat pour l'émancipation féminine. C'est ainsi que le 15 mai 2008 une disposition du Parlement qui entame le principe intangible de la mixité à l'école met le feu aux poudres : "le principe de non-discrimination fondée sur le sexe (...) ne fait pas obstacle à l'organisation d'enseignements par regroupements d'élèves en fonction de leur sexe." Les partisans de la mixité s'inquiètent de ce coin enfoncé dans l'un des piliers de notre société, si difficilement acquis.

Les stéréotypes dans l'école mixte

Cette ambiguïté dans la mise en place de la mixité à l'école peut expliquer l'ambiguïté de son rôle. Considérée a posteriori comme un outil d'égalité, la mixité n'a pas été pensée comme telle lors de sa mise en place. On s'étonne parfois que le mélange des sexes n'ait pas suffi à combattre les stéréotypes, chacun se défend en toute bonne foi de les perpétuer dans sa pratique, mais les faits sont là : quarante ans après la loi Haby, l'égalité des sexes n'est pas une évidence dans la société et l'école, loin d'y contribuer, serait complice d'une société frileuse et conservatrice.

Encore un peu d'histoire :



Du côté des petites filles
, Elena Gianini Belotti,
Des femmes, [1974], 1976.
A la Bpi, niveau 2, 300.1 BEL
Dénonciation vigoureuse des stéréotypes imposés dès l’enfance aux filles et aux garçons, ce livre publié en 1973 en Italie et traduit en français en 1974, a fait date dans l’histoire du féminisme. Il montre comment un conditionnement précoce fabrique des individus conformes au rôle que la société attend d’eux, et s’oppose à ce que l’on considérait traditionnellement comme des caractéristiques naturelles des sexes.  Pour en savoir plus...

Plafond de verre et violences

La mixité n'a pas permis de vaincre le plafond de verre: les filles, meilleures que les garçons à l'école, font ensuite moins d'études et occupent des postes moins qualifiés. Certaines filières sont, dans les faits, peu ouvertes aux garçons ou aux filles et la discrimination à l'emploi est réelle ensuite, dans ces secteurs spécifiques. Quelques témoignages...

Mixité à l'école, 20h, le Journal (2), INA, 2003



Mixité à l'école: les garçons favorisés, 20h le Journal (2), INA,1998



Consulter également les conférences en ligne de la BnF : Cycle Femmes et sciences, 2011 avec l'Association Femmes et sciences.

Voir aussi L'école : garçons filles à égalité sur le site Universscience.tv avec Annette Jarlégan et

Pour en savoir plus:


L'Ecole des filles : quelle formation pour quels rôles sociaux.

Marie Duru-Bellat, L'Harmattan, 1990.
Contrairement à l'opinion la plus répandue, ce n'est pas à cause des clichés perpétués que les filles s'interdisent certains cursus, certaines carrières, mais bien parce qu'elles font l'objet d'une discrimination. Ce n'est donc pas seulement à elles de se prendre en charge, mais à la société tout entière de réfléchir aux conditions qui leur permettraient de s'investir plus dans leur vie professionnelle, en organisant un modèle qui permette réellement d'articuler vie professionnelle et vie familiale : "on peut se demander si l'égalité des sexes est possible tant qu'on persuade les filles qu'elles ont le choix entre deux modèles de vie [au foyer ou au travail]".
A la Bpi, niveau 2, 305.37 DUR

Des clichés qui peuvent conduire à l'intolérance et à la violence, comme le rappelle le film de Jean-Paul Lilienfeld, La journée de la Jupe, avec Isabelle Adjani, diffusé en 2009 sur Arte. Voir une interview du réalisateur (Fnac Forum des Halles, 2009) qui s'inquiète du recul de la mixité.
Les filles ne sont pas les seules victimes : les garçons aussi subissent la force des stéréotypes qui peut les conduire à l'échec. 
Voir par exemple




La fabrique des garçons : sanctions et genre au collège
 de Sylvie Ayral,
P.UF., 2011
A la Bpi, niveau 2, 305.37 AYR
L'auteur explique comment les garçons, pour assurer leur identité virile, sont conduits à enfreindre les lois imposées par l'établissement et à adopter des comportements violents.

Voir aussi des articles et des interviews de Sylvie Ayral sur la même question et son interview sur France Culture dans l'Emission Rue des Ecoles.

interesant

Dørcãss Ḝuuħ : 25/10/2017 16:12

cc sa va b1 mwa je trouv se cite supaire b1 vouala biz

jounette le srab du 51 : 06/01/2017 11:24
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