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Presse écrite : record des consultations sur Internet pendant le confinement

Benoît Prieur - Kiosque à journaux, avenue Marceau (Paris) en janvier 2020 - CC-BY-SA
En cette période de confinement, comment se porte la presse écrite ? Balises a posé la question à Jean-Paul Dietsch, directeur adjoint de l’Alliance pour les chiffres de la presse et des médias (ACPM), l'organisme qui contrôle et certifie les chiffres des médias.

Comment le confinement affecte-t-il la vente de la presse écrite ?

Le mode de distribution le plus affecté par cette crise sanitaire, c’est l'achat au numéro, celui qu'on achète en kiosque ou dans une Maison de la presse. Dans les premiers jours du confinement, beaucoup de kiosques ont fermé dans les grandes villes. La vente directe a aussi été affaiblie par la fermeture d'une partie des transports en communs. Par exemple, les points Relay situés dans les gares sont fermés. Aujourd'hui, la situation s’est beaucoup améliorée par rapport au début de la crise: sur les 25 000 points de vente environ qui existent en France, seuls 20 % restent fermés. Cette situation affecte un peu moins la presse quotidienne régionale, qui est traditionnellement proposée à la vente dans les commerces de proximité, boulangerie ou tabac, par exemple, qui restent largement ouverts. 

Néanmoins, la fréquentation des points de vente a également beaucoup baissé. Les gens sortent moins ou font leurs courses une seule fois par semaine, donc les clients sont moins nombreux.  Des clients réguliers ont aussi disparu : les courses de chevaux sont à l'arrêt et les journaux turfistes ne paraissent plus. Or, le journalisme hippique est très consommé en France et les lecteurs de cette presse avaient l’habitude d’acheter d’autres journaux. 

Cette diminution des ventes au numéro est donc très sensible pour les quotidiens nationaux et la presse d’information. C’est un peu moins vrai pour les magazines et la presse de détente. Pour ce type de presse, le panier moyen est même en augmentation : les gens vont acheter en une seule fois davantage de magazines pour se changer les idées pendant leur confinement. 

Qu’en est-il des abonnements ? 

Les abonnements sont très importants, notamment pour la presse quotidienne régionale qui vit grâce à ses nombreux abonnés. Les abonnements sont soit portés, soit postés. Dans les deux cas, les livraisons se poursuivent malgré la crise sanitaire. Il y a eu une baisse du postage puisque La Poste a réduit son nombre de tournées. En revanche, la totalité des exemplaires ont quand même été servis, même si des abonnés ont parfois reçus plusieurs numéros en une fois. 

Par ailleurs, les demandes d’abonnements sont en augmentation. Nous n'avons pas encore de chiffres à ce sujet. Toutefois, les éditeurs nous disent que les abonnements numériques ou complets, c'est-à-dire papier plus numérique, augmentent considérablement en ce moment. D’une part, parce que les consommateurs se sont rendu compte qu’en étant abonnés, ils pourraient continuer à recevoir leur magazine favori sans se déplacer, donc sans prendre de risques. D’autre part, parce que les éditeurs ont compris que le moment était propice pour démarcher les lecteurs et proposer des offres d'abonnement, aussi bien pour le numérique que pour l’imprimé. Globalement, la crise aura des effets bénéfiques sur les abonnements, qui sont souvent des abonnements annuels. 

Kiosquier au milieu de journaux
Kiosque à journaux par Raphaël V. - Flickr - CC BY-NC-SA 2.0 

Les sites web des journaux d’information sont beaucoup plus fréquentés...

Oui, la fréquentation des sites d'information a fortement augmenté dans les premières semaines. 
Les pics que nous avons connus pendant les attentats de 2015 ou lors de périodes électorales nationales ont été dépassés. D'habitude on constate des pics sur vingt-quatre ou quarante-huit heures, mais cette fois-ci les pics sont constants sur plusieurs jours, voire sur plusieurs semaines. Cela profite à tous les grands sites d'information, aussi bien les quotidiens nationaux payants que les quotidiens régionaux et même les quotidiens gratuits. 20 Minutes a par exemple connu des records de fréquentation incroyables alors même que la version imprimée est à l’arrêt. Tous ont progressé, avec une diffusion record de leurs contenus depuis bientôt cinq semaines.

Malheureusement, au-delà de la notoriété et de la satisfaction d’un travail bien fait, cela n’a pas beaucoup d’impact en termes économiques pour les journaux, puisque ce sont essentiellement des informations gratuites qui sont consultées en ligne. Elles sont habituellement financées par la publicité qui est en très fort recul en ce moment. Le surcroît de consultations a aussi un coût sous forme de bande passante et de puissance des serveurs. 

Comment le financement par la publicité a-t-il évolué ?

On constate un très fort retrait des annonceurs, que le canal de distribution soit l'imprimé ou le numérique. Les campagnes publicitaires sont réduites de 30 à 50 % sur le web. Sur le papier, c’est plus important et très variable selon les journaux. La publicité a baissé de 70 % ou a complètement disparu dans certains titres. C’est le cas aussi pour la radio ou la télévision. La baisse est très importante dans tous les médias. 

Quelles pourraient être les conséquences de la crise sanitaire à long terme pour la presse écrite ?

C'est en encore difficile à dire, mais bien sûr la situation sera contrastée. Ce sont les plus petits titres qui vont souffrir le plus, ceux qui ont peu de trésorerie et qui n’ont quasiment que la vente au numéro pour exister. Ce sera moins difficile pour les gros titres de presse, comme Le Monde ou Le Figaro, dont une partie seulement du chiffre d’affaires dépend des ventes. Ils peuvent s’appuyer sur l’actionnariat et ils ont déjà diversifié leur activité. 

La presse magazine ne s'en sort pas si mal dans cette période particulière, parce que justement les gens ont du temps pour lire. Mais il y a de grosses différences selon les thématiques. La presse sportive est très impactée, même si elle poursuit ses publications malgré l'annulation de nombreuses compétitions. La presse immobilière et les petites annoncent risquent aussi de connaître une baisse de leurs ventes. 

Nous attendons de voir quelles aides seront proposées par le gouvernement. Pour l’instant, comme pour d'autres secteurs, des reports de créances se mettent en place. Il est question également d’un crédit d’impôt sur les dépenses publicitaires des annonceurs. Dans d'autres pays comme l'Autriche, un fonds d'aide à la presse se met en place. 

La presse écrite a montré qu'elle était un bien de première nécessité et elle fait preuve, jusqu'ici, d'une bonne résilience. 

Auteur :
CC BY-SA 3.0 FR

Tags :
journaux et revues
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