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Témoignage
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Samuel Forey, la guerre à hauteur d’homme

Samuel Forey est grand reporter, lauréat du prix Albert-Londres de la presse écrite 2017 et du prix Bayeux-Calvados pour ses reportages publiés lors de la bataille de Mossoul dans Le Figaro. Au cours d’un grand entretien du cycle "Reportage, état des lieux" organisé par la Bpi, il fait le récit de ses expériences au Caire et à Mossoul. C’est l’occasion de présenter ses techniques de reporter et sa vision du métier. Pour lui, « l’une des légitimités du journaliste, c’est d’être sur place et de rendre compte ».
 
Samuel Forey en Irak
© Andrea DiCenzo, 2016
Lorsque commencent les Printemps Arabes en 2011, Samuel Forey décide de partir au Caire sans l’appui d’aucune rédaction : « il faut agir d’abord », dit-il. Dans ces conditions, la protection du journaliste provient du réseau de solidarités tissé sur place, entre reporters :
« Nous sommes concurrents, mais sur ce genre de terrain, il faut être solidaire, comme dans n’importe quel milieu hostile. En Égypte, quand la pression s’est accentuée sur les journalistes, nous avions mis en place un réseau WhatsApp. Si une actualité à couvrir survenait, nous savions où chacun était, et si quelqu’un disparaissait, nous étions en mesure de réagir rapidement. »
Écouter l'extrait de l'article "Au Caire, cinquante-cinq minutes chez les Moukhabarat", Le Point, 28 décembre 2011 :


En 2014, Samuel Forey part à Mossoul, en Irak, et découvre les actions de Daech. Pour la première fois, il est envoyé par Le Figaro, ce qui améliore considérablement ses moyens de travail. Une fois Kobané libérée, en janvier 2015, il voyage avec quelques confrères jusqu’à la ville syrienne. C'est sur un champ de ruines qu'il pose son regard de journaliste :
« Quand on devient plus expérimenté, on comprend comment aborder l’actualité pour expliquer, mais aussi pour raconter. C’est le moment où on prend le lecteur par la main, pour l’emmener dans une situation qu’il ne connaît pas, et faire ce travail de pédagogie. On est sur une zone pour voir des personnages, des narrations, des histoires. »
Écouter l'extrait de l'article "À Kobané, le silence après le fracas des armes", Le Figaro, 28 janvier 2015 :


À l’été 2016, il part au Kurdistan irakien, et couvre la bataille de Mossoul. La guerre est à tous les coins de rue, et Samuel Forey parvient à naviguer sur ce terrain en étant en contact prolongé avec les forces de l’armée irakienne, qu’il suit au quotidien :
« Quand on travaille, on n’a pas peur », explique-t-il. « Se concentrer sur le travail, sur son environnement, ça permet de ne pas être tétanisé, de réagir et de se protéger. »
Il tire de cette expérience de guerre un article qui lui vaut le prix Albert-Londres et le prix Bayeux-Calvados. Parmi les questions récurrentes qu’il se pose se trouve la plus importante de toutes :
« Est-ce que ça vaut le coup d’y aller ? Ça ne vaut jamais le coup de mourir pour une histoire, ou pour une photo. Mais, en tant que reporter de guerre, on sait que ça peut arriver, et il faut être en paix avec ça. »
Écouter l'extrait de l'article "À Mossoul, face aux voitures suicides", Le Figaro, 29 mars 2017 :


S’il souhaite retourner dans la région à l’avenir, il lui paraît important de prendre de la distance et d’aborder d’autres sujets.
« Le grand reportage se passe aux antipodes, mais aussi au café du coin », conclue-t-il.

Visionnez l'intégralité de l'entretien de Samuel Forey avec la journaliste Delphine Minoui :

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