0   Commentaires
Article
Appartient au dossier :

Climat • En terre, en bois ou en paille : des maisons douces pour la planète

50 maisons sont certifiées basse consommation en France, contre 30 000 en Allemagne. Or, le bâtiment contribue à un quart des émissions à effet de serre, dû en grande partie au chauffage. Pourtant, les techniques et les matériaux sont nombreux pour assurer une excellente isolation, diminuer sa facture énergétique et limiter l'impact sur l'environnement. D'un point de vue écologique, les matériaux naturels comportent de nombreux atouts avec un surcoût relativement limité.
/files/live/sites/Balises/files/Images/Sciences%20et%20techniques/cp_homeexterior%20ofStrawbalehouse.jpg
Extérieur d'une maison en paille, American Clay Enterprises, 2010. [CC-BY-3.0] via https://www.flickr.com
Depuis le Grenelle de l’environnement, la législation a évolué en matières de performances énergétiques des bâtiments neufs. La Réglementation thermique de 2012, dite RT 2012, impose une baisse significative de la consommation d’énergie des constructions neuves. Les maisons écologiques vont bien au delà de la RT 2012. Les maisons passives quant à elles permettent de baisser sa facture de chauffage de 90%.
 

Les grands principes de la maison bio

Il s’agit de limiter au maximum les besoins en énergie. Au programme : une excellente isolation avec des matériaux naturels (terre, paille, bois, chanvre), une ventilation adéquate évitant les déperditions d’énergie, une orientation idéale pour bénéficier des apports solaires, des énergies renouvelables pour le chauffage et l’eau chaude, le recyclage de l’eau de pluie.
A partir de ces principes, la maison bio peut décliner des variantes plus ou moins originales : du kerterre en passant par le zome jusqu’à la maison d’aspect quasiment habituel.

Les performances énergétiques globales dépendront des choix initiaux : maison passive, maison BBC (Bâtiment Basse Consommation), maison bioclimatique sans label particulier.
Ainsi, une maison passive n’a pas de chauffage, tandis qu’une maison bioclimatique est très souvent dotée d’un unique poêle à bois à haute performance.
L’orientation de la maison sur le terrain est capitale et d’elle dépendra une température agréable en toute saison. Des fenêtres au sud pour les pièces à vivre permettent ainsi de récupérer le maximum de chaleur solaire en hiver, lorsque le soleil est bas. Lorsque le soleil est haut l’été, il ne pénétrera que peu à l’intérieur.

Les bons matériaux

Une ossature bois est associée à un isolant comme la paille, le chanvre ou la terre, etc.. Ici, isolation avec de la laine de bois
Maison ossature bois en construction
Extension en bois d'une longère pierre et terre,Ossature bois, isolation laine de bois, bardage bois naturel. Michèle Turbin, Jérôme Turbin, architectes D.E.S.A [CC-BY 3.0] via https://www.flickr.com/
Il est aussi possible de choisir de construire les murs en terre crue. Le bois comme la terre assurent une bonne inertie thermique; et l’isolant naturel renforce l’isolation de la maison. Les habitants de maisons naturelles soulignent tous le confort intérieur bien particulier : il n’y a pas de résonances, pas d’odeurs, et se dégage une sensation de continuité avec l’extérieur.

La maison en bois présente de nombreuses variantes : rondins, planches, panneaux massifs. Il s’agit de définir ses envies en fonction des contraintes financières ou des critères d’urbanisme local. Pour un chalet en rondins il sera souvent plus difficile d’obtenir un permis de construire que pour une maison en planches de bois dont la façade peut être habillée et présenter un aspect plus classique.
Certains habitants font des choix radicaux : le zome en bois par exemple. Cette construction se compose de losanges agencés en double spirale et peut être montée sur pilotis. Ce choix original est souvent conçu en au autoconstruction.
 
Maison en bois montée en losange
Zome d'habitation et de soin en bois situé près d'Agen, Emmanuel JEAN, [CC-BY 3.0] via http://batizome.free.fr


Le kerterre, minsucule  maison arrondie en terre argileuse mêlée d'herbe sèche et d'eau de pluie, évoque irrésistiblement les maisons Barpapapa. Cependant il ne faudra pas compter sur le confort moderne dans cet habitat. A réserver aux puristes!

 

Zoom sur la paille :

L’isolant peut être constitué d’un mélange de terre et de paille qui va être tassé dans l’ossature bois de la maison. La paille peut également être utilisée en bottes très compressées dans l’ossature de panneaux de bois. Grâce à cette compression et aux panneaux de bois, elle est ainsi protégée des rongeurs. L’enduit de la façade doit être soigné afin d’éviter toute infiltration d’eau. Reconnue officiellement  comme matériau de construction depuis janvier 2012, la paille est disponible en quantité. 25 millions de tonnes de paille sont produites chaque année en France, dont la moitié est utilisée pour l’élevage. Si l’on isolait les 500 000 nouveaux bâtiments construits en une année, il faudrait seulement 2 millions de tonnes de paille.
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la paille résiste bien au feu. Elle se consume lentement et a été reconnue conforme aux normes de sécurité.
Maison en paille en construction, murs sans enduit
Maison en paille dans le sud de la France, Sara Tommerup, 2008, [CC-BY-3.0] via https://www.flickr.com/

Et l’intérieur?

Une maison faite de matériaux naturels comme le bois, la paille ou la terre doit pouvoir respirer. Il serait contre-productif d'utiliser des peintures conventionnelles. Si ces matériaux naturels ne peuvent respirer, le risque est grand de voir apparaître des problèmes d’humidité, qui peuvent se muer en problèmes structurels si le matériau est très attaqué. On préconise le plus souvent des enduits à base de chaux, ou  de terre, ou des peintures très naturelles réalisées avec de la colle de farine et des pigments.

La consommation d’eau peut être limitée avec un système de récupération. L’eau de pluie est utilisable uniquement pour le lave-linge et les toilettes.
Mais les toilettes n’ont pas forcément besoin d’eau, d’autant qu’évacuer les selles et l’urine dans l’eau est un non-sens sur le plan organique. Cela pollue l’eau alors que retournée à la terre sous forme de compost l’azote contenue dans les selles va enrichir la terre. Les toilettes sèches se présentent comme des toilettes classiques. Au lieu d’eau, un récipient amovible dans lequel on dépose de la sciure après chaque passage. Le contenu du récipient est ensuite versé dans un compost.
Les plus écologistes mettent en place un système alternatif au tout à l’égout : il s’agit de la phytoépuration.

Qu’est ce qu’une maison passive?

Il s’agit du bâtiment le plus abouti sur le plan écologique. La maison passive fonctionne sans chauffage, et doit sa température agréable en toute saison à une orientation adaptée, une excellente isolation, des fenêtres de grande qualité qui doivent rester fermées, l’absence de ponts thermiques, une ventilation double flux avec récupération de chaleur, et à la captation de l’énergie solaire, ainsi que des calories du sol.
 

Une maison écologique, combien ça coûte?

Les professionnels estiment qu’elle revient entre 10 à 15% plus cher qu’une maison traditionnelle. Il faut se souvenir que les économies d’énergie réalisées sur le chauffage et l’eau vont permettre à la fois de rentabiliser son investissement et d’assurer une éventuelle revente très facilement. En effet, le critère de  rendement énergétique des logements devient de plus en plus important lors d’une acquisition.
Or une maison isolée avec de la paille consomme trois fois moins d’énergie qu’une maison conforme à la Réglementation Thermique 2012. Cette réglementation marque pourtant un seuil déjà très important d’amélioration des performances thermique. On estime que les maisons de ce type à très basse consommation correspondent à la réglementation thermique 2020.

La maison peut être labellisée : “BBC” (Bâtiment Basse Consommation) et “Maison passive”. Cela  présente deux intérêts : des crédits d’impôts et l’assurance des meilleures performances énergétiques validées par un organisme agréé.
Les contraintes sont cependant importantes et engendrent un surcoût  qui peut être rédhibitoire. Les bricoleurs motivés ne sont pas rares à se lancer dans l’autoconstruction.
En passant par un constructeur, un pavillon individuel d’entrée de gamme revient  à 1250 euros /m2. Une maison avec une ossature bois et une isolation en bottes de pailles, selon le degré de finition, se situe entre 1400 et 1800 euros/m2.
En autoconstruction, ce sera bien moindre. Entre 3 et 7 % des maisons sont réalisées par leurs propriétaires. Cela permet de diminuer significativement le coût de construction et d’absorber largement le surcoût des matériaux écologiques.
Les professionnels du bâtiment peuvent accepter de réaliser seulement les parties techniques d’une maison, comme la charpente par exemple. D’autres artisans encore assurent des formations techniques. Le particulier est alors formé par l’artisan et poursuit seul son chantier après quelques heures ou jours de travail en commun. Il est également possible de se former en allant travailler sur d’autres chantiers d’autoconstruction, avant de se lancer dans la réalisation de sa propre maison.

Et l'habitat collectif?

Des réalisations collective en ossature bois et isolation paille existent en France : on peut notamment citer un HLM à St-Dié dans les Vosges, une école à Salies-de-Béarn, un pôle enfance-jeunesse à Quistinic.
Maison Petite Enfance en bois bâtiment BBC
Maison Petite Enfance, Hédé-Bazouges (Ille-et-Vilaine), bâtiment BBC, Michèle Turbin architecte [CC-BY-3.0] via https://www.flickr.com/
En Autriche, il existe des quartiers pavillonnaires entiers et des supermarchés sur le modèle du bâtiment passif. Rien ne s’oppose donc à la généralisation de techniques écologiques dans le domaine de la construction.
 
Captcha: