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Balade à Paris, de la Concorde à l’Étoile

Dans l’ouest du Paris historique se trouvent les deux plus grandes places de la capitale : la place de la Concorde et la place Charles-de-Gaulle. L’une et l’autre débordent de détails qui racontent des pans de l’histoire de France.
Chaque semaine durant la crise sanitaire, la Bibliothèque publique d’information fait escale dans des lieux différents pour découvrir un aspect de leur histoire, de leur organisation ou de leur patrimoine, accompagné d’une sélection de ressources à consulter en ligne et dès la réouverture de nos salles.
Depuis l’île de la Cité, le pont Neuf permet de gagner la rive droite de la Seine. Il a inspiré tant d’artistes… Le pont Neuf apparaît dans les poèmes de Louis Aragon, les films de Leos Carax, et se transforme même en œuvre d'art contemporain lorsque Christo l’emballe en 1985, quinze jours durant.
Photo du pont Neuf à Paris
Le pont Neuf par Éric Salard sur FlickR - CC BY-SA 2.0
Inauguré en 1607 par Henri IV, c’est actuellement le plus ancien pont de la capitale et l’un des plus beaux. Composé de deux ponts prenant appui à la pointe de l’île de la Cité, il possède des corniches moulurées et des mascarons attribués à Germain Pilon. Au début du 19e siècle, une copie de la statue équestre d'Henri IV est exécutée et placée au milieu du pont. L’originale, datant du 17e siècle, avait été fondue à la Révolution.

Longeons le quai François-Mitterrand et le jardin des Tuileries pour découvrir…

La place de la Concorde est dédiée dès son origine à la gloire de Louis XV, au point de porter son nom. L’architecte Ange-Jacques Gabriel, disposant d’espaces vacants (des marécages), lui donne de vastes proportions.
Au centre, prend place la statue équestre de Louis XV, offerte par la Ville de Paris. Sur le côté opposé à la Seine, Gabriel élève deux bâtiments classiques à colonnes inspirés de la colonnade du Louvre. À l’ouest se trouve l’hôtel d’Aumont, bâti en 1765 par son premier propriétaire, l’architecte Louis-François Trouard. En 1788, l’hôtel d’Aumont devient l'hôtel de Crillon après son rachat par François Félix de Crillon ; c’est aujourd’hui un palace. À l’est, le garde-meuble royal, premier musée public d’arts décoratifs, devient l’état-major de la Marine de la Révolution jusqu’en 2015. C’est là qu’est signé le décret d’abolition de l’esclavage en 1848. Après sa rénovation en 2020, l’hôtel de la Marine devrait devenir un lieu d’exposition et de commerce.

Sous la Révolution, la statue de Louis XV est remplacée par une guillotine. La place est renommée « place de la Révolution » et des victimes par milliers y périssent sur l’échafaud entre 1793 et 1794, dont Louis XVI et Robespierre. La place est renommée « place de la Concorde » sous le Directoire pour marquer la réconciliation des Français entre eux après la Terreur.
À l’entrée des Champs-Élysées, on installe vers 1795 les Chevaux de Marly de Guillaume Ier Coustou, auxquels répondent à l’opposé de la place, marquant l’entrée des Tuileries, deux groupes sculptés d’Antoine Coysevox, Mercure chevauchant Pégase et La Renommée du roi chevauchant Pégase, provenant également de l’abreuvoir de Marly.
Place de la Concorde à Paris
La place de la Concorde par Nitot sur Wikicommons - CC BY-SA 3.0
Au 19e siècle, l’un des deux obélisques du temple de Louxor, offert à la France par le vice-roi d'Égypte Méhémet-Ali, vient de ses 230 tonnes de granit rose marquer le centre de la place. À cette occasion, l’architecte Jacques Ignace Hittorff procède à quelques aménagements. La place reçoit des candélabres monumentaux et, de part et d’autre de l’obélisque, deux fontaines aux jeux d’eau multiples, l’une et l’autre à la gloire des fleuves Rhin et Rhône, de la Méditerranée et de l’océan. Les guérites de Gabriel sont surmontées des sculptures de huit villes françaises par James Pradier, achevant ainsi cette glorification de la nation et de son territoire. Vous remarquerez les chiffres romains qui ont été tracés au sol et qui font de l’obélisque et la place le plus grand cadran solaire du monde.

Parcourons l’avenue des Champs-Élysées pour apercevoir…

Vue aérienne place de l'Etoile
La place Charles-de-Gaulle, Auteur inconnu, National Library of Australia, domaine public
La place Charles-de-Gaulle, anciennement « place de l'Étoile », est érigée à partir de 1670 et tient son nom de la forme des rues qui, déjà à cette époque, filent en étoile depuis son centre. À la fin du 18e siècle, la place de l’Étoile marque la limite entre les communes de Paris, Passy et Neuilly : une barrière y est érigée pour recevoir l’octroi – un impôt pour entrer dans la ville. Elle est rebaptisée « place Charles-de-Gaulle » en 1970, quelques jours après la mort de l’ancien président de la République.

À partir de 1806, l’Empire français érige, comme Rome le fit jadis, un arc à la gloire de son Empereur, de son pouvoir et de ses conquêtes. Le monument mesure cinquante mètres, soit le double de l’arc du Carrousel près du Louvre et la moitié de la Grande Arche de la Défense, dans la perspective desquels il est placé. Un hommage rendu aux campagnes napoléoniennes que, paradoxalement, Napoléon ne vit jamais, puisque les travaux s’éternisèrent. C’est Louis-Philippe qui l’achève et l’inaugure en 1836. Du haut de l’arc, la vue est magnifique sur Paris.

Cet arc à quatre piles, autant de faces et d’arches, présente d’impressionnantes sculptures, notamment de François Rude, dont la célèbre Marseillaise. Sous l’arc brûle sans interruption la flamme du soldat inconnu, où la République vient parfois se recueillir. L’arc de triomphe de l’Étoile deviendra la dernière œuvre temporaire empaquetée de Christo, du 18 septembre au 3 octobre 2021.