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Des bibliothèques de plus en plus vertes

La nécessité d’une action globale pour un développement durable, respectueux de la planète et des êtres vivants, devient chaque jour plus évidente. Les bibliothèques ont un rôle à jouer dans ce domaine et elles peuvent apporter des réponses originales. Lieu de savoir partagé, elles sont de plus en plus souvent un espace d’expérimentations citoyennes.
Selon l’Organisation des Nations unies (ONU), le développement durable « répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs ». Dans son programme Agenda 2030, entré en vigueur en 2016, elle a fixé dix-sept objectifs : accès aux soins, égalité entre les sexes, consommation et production responsables, etc. Elle rappelle que l’accès au développement durable implique aussi la conciliation de trois facteurs : la croissance économique, la protection de la nature, et l’inclusion sociale.
Les bibliothèques publiques ont naturellement sur ce dernier point un rôle à jouer. Elles exercent déjà une fonction sociale au cœur de leur territoire en accueillant équitablement tous les citoyens. Actrices de la cohésion sociale, elles facilitent l’accès au savoir et à la connaissance, et participent ainsi au développement d’une société plus équitable.
Pour valoriser les actions des bibliothèques, l’IFLA (International Federation of Library Associations and institutions), représen­tée à l’ONU, a fait insérer dans l’article 16 de l’agenda 2030 un alinéa qui affirme le rôle et la place des bibliothèques dans l’accès à l’information.

En France, l’écologie essaime

La médiathèque Montaigne de Frontignan
La médiathèque Montaigne de Frontignan © Luc Boegly
Si on la compare à d’autres pays, la France semble en retard sur le sujet des « bibliothèques vertes ». Deux indices révèlent la timidité française. Petra Hauke, qui s’intéresse dans le cadre de l’IFLA aux questions environnementales au sein des biblio­thèques, souligne le peu de résultats donnés par les moteurs de recherche pour la requête « bibliothèque verte », exception faite de la fameuse collection du même nom ! En langue anglaise, les réponses renvoient au moins aux bâtiments à Haute Qualité Environnementale (HQE). Et, en 2017, sur trente candidatures pour le prix international de la Bibliothèque verte, récompense d’un engagement social et écologique, aucune ne provenait de France.
Pourtant, des signes témoignent d’une prise en compte de l’écologie au sens large au sein des bibliothèques françaises que ce soit dans l’architecture, les animations ou les collections. Ainsi, la médiathèque Montaigne à Frontignan, ouverte en 2015 sur une ancienne friche industrielle, offre aux habitants de son territoire un bâtiment doté de multiples qualités énergétiques (certification HQE, label Bâtiment Basse Consommation et reconnaissance niveau Or en conception et en réalisation de Bâtiments durables méditerranéens). Cette médiathèque, dont la régulation thermique se fait sans climatisation, sensibilise aussi son public à la protection de l’environnement et au développement durable en proposant un fonds consacré à ces questions.
Au Bouscat, près de Bordeaux, la municipalité a créé un espace polyvalent, la Source, qui regroupe médiathèque, maison de la vie écocitoyenne et maison de la vie associative. Dans un bâtiment respectueux de l’environnement, ces trois entités travaillent en partenariat pour développer de nombreuses manifestations sur les questions écocitoyennes et offrir un fonds documentaire dédié. 

Semer à tous vents

le patio de la médiathèque Grand M (Toulouse)
Le patio de la médiathèque Grand M (Toulouse) © Bibiothèque de Toulouse
Il n’est pas nécessaire d’être au sein d’un bâtiment exemplaire sur le plan environnemental pour proposer des actions éco­logiques et citoyennes. Récemment, les médiathèques de la communauté de communes Entre Dore et Allier (Puy-de-Dôme) ont mis en place un café des parents sur le thème « Bébé zéro déchet » pour évoquer des solutions limitant le gaspillage face aux besoins évolutifs des enfants : couches lavables, locations de matériel de puériculture – jouets compris – et, bien sûr, prêts de livres à la médiathèque.
De Paris à Strasbourg en passant par Brest, des grainothèques émergent dans les bibliothèques qui se font ainsi l’écho de la démarche de leur collectivité. À Mauguio, près de Montpellier, la médiathèque met à disposition « des semences matures, issues de cultures sans engrais chimiques et non hybrides ». Tout le monde peut semer, récolter et partager ses graines : belle manière de défendre la biodiversité. À Toulouse, le patio de la médiathèque Grand M est devenu un espace partagé : on y jardine en échangeant des savoir-faire. Ces exemples illustrent bien la tendance des bibliothèques françaises à devenir de plus en plus vertes.

Et à l’étranger ?

Les constructions alliant écologie et durabilité se généralisent, particulièrement en Allemagne où un service spécifique émet des recommandations afin de réduire l’empreinte écologique des bibliothèques : les ressources énergétiques sont de mieux en mieux gérées, les éclairages économes privilégiés, etc. En 2008, la bibliothèque publique d’Amsterdam, aux Pays-Bas, a reçu le premier prix pour le bâtiment le plus durable de la ville.
Cette vague verte dépasse l’Europe et touche notamment l’Amé­rique du Sud et l’Asie à travers des projets ambitieux. La direction nationale des bibliothèques de Singapour s’assure du respect des bonnes pratiques écologiques et de l’utilisation des ressources pour l’ensemble de son réseau. Une bibliothèque pour enfants a été entièrement construite avec des matériaux recyclés, et le bâtiment de la bibliothèque nationale a été récompensé par la Direction des constructions et des bâtiments de la ville pour son exemplarité écologique.
Alors, d’ici 2030, parions que de nombreuses bibliothèques seront vertes et vertueuses !
 
Éléonore Clavreul et Geneviève de Maupeou

Article paru initialement dans le numéro 26 du magazine de ligne en ligne
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