Sélection

Artistes en migration

Balises vous propose une sélection de catalogues d’expositions ayant rendu hommage à des individus trop souvent réduits à leur statut de « migrant », pour accompagner l’exposition « Calais, témoigner de la “Jungle” » qui se tient au Centre Pompidou du 16 octobre 2019 au 24 février 2020. 

Depuis quelques années, de nombreux artistes posent un regard sensible et rempli d’empathie sur les personnes qui ont pris le chemin de l’exil. Pour contrer la tentation du repli sur soi, photographes et plasticiens partent à la rencontre des autres, soulignent la précarité de leurs conditions de vie, ou racontent comment leur propre expérience multiculturelle leur a permis de créer des liens et d’enrichir leur perception du monde. 

Publié le 03/12/2019 - CC BY-SA 3.0 FR

Sélection de références

couverture de terre natale

Terre natale, ailleurs commence ici

Raymond Depardon & Paul Virilio
Fondation Cartier pour l'art contemporain, 2008

Lorsque Paul Virilio, le penseur de la vitesse et de la réduction du monde, rencontre Depardon, le photographe de la Ferme du Garet, cela donne une exposition iconoclaste et un superbe catalogue.

Que reste-t-il du monde, de la terre natale, de l’histoire de la seule planète habitable aujourd’hui ? Il fallait donc se demander comment on passe de l’enracinement rural [..] au déracinement urbain. Les grands phénomènes de migration qui vont déplacer près d’un milliard de personnes d’ici à 2040 sont des phénomènes sans référence. On est là devant quelque chose qui remet en cause la sédentarité.

Raymond Depardon est allé à la rencontre de personnes qui habitent encore la Terra Indigena, les Yanomami, les Alakaluf, les Chipaya en Amérique du Sud, les Afar en Afrique, les Bretons et les Occitans en France. Puis il s’est prêté au jeu du Tour du monde en 15 jours, (par)courant Honolulu, Los Angeles, Le Cap, Singapour, Ho Chi Minh ville, afin de saisir cette contraction du temps, appelée par Virilio la « vieillesse du monde ».
S’ouvre grâce à eux deux un débat précieux : qu’est-ce que la sédentarité ? Qu’est-ce que le nomadisme aujourd’hui ? Selon eux, « le sédentaire est celui qui est toujours chez lui, avec le portable, l’ordinateur, aussi bien dans l’ascenseur, dans l’avion, que dans le train à grande vitesse […] Le nomade, c’est celui qui n’est nulle part chez lui ».

À la Bpi, niveau 3, 770 DEPA

couverture d'Ici, ailleurs

Ici, ailleurs

Anaël Pigeat, Bernard Collet, Clément Dirié, et al.
Skira-Flammarion, 2013

L’exposition « Ici, ailleurs » a réuni à la Friche la Belle de Mai à Marseille, capitale européenne de la culture en 2013, trente-neuf artistes originaires des pays du pourtour de la Méditerranée. Le titre de l’exposition renvoie à toutes sortes de migrations possibles. Sans renier leurs origines culturelles, les artistes revendiquent plusieurs points d’ancrage : ils sont d’ici et d’ailleurs. Vingt-neuf projets inédits ont ainsi été menés (peintures, photographies, sculptures, films et installations vidéo) par des artistes émergents et d’autres déjà installés dans le paysage de l’art contemporain : Jannis Kounellis, Annette Messager, Sarkis, Gloria Friedmann, Orlan, Ange Leccia, Javier Perez, Jean-Luc Moulène, Jamel Tatah, Gilles Barbier, Kader Attia…

Les œuvres présentées développent pour la plupart d’entre elles une réflexion critique sur le monde et la société : elles traitent du voyage, témoignent de l’expérience de l’exil et de l’émigration, interrogent les notions d’identité et de citoyenneté, explorent les questions de genre et le rapport à l’autre. Elles s’emparent des problèmes sociaux, politiques, environnementaux, offrent une relecture de l’histoire. D’autres engagent un travail de mémoire concernant tant la sphère intime que publique.

À la Bpi, niveau 3, 704-82 ICI

couverture La Traversée

La Traversée

Mathieu Pernot
Le Point du jour, 2014

En 2014, le Jeu de Paume accueille l’exposition de Mathieu Pernot, « La Traversée ». L’artiste a photographié entre 2009 et 2010 la « Jungle » de Calais, officiellement démantelée en 2009 par les forces de l’ordre. Mathieu Pernot photographie ici non pas les hommes mais les traces presque invisibles de leur passage, refuges d’une nuit, couvertures, blousons, abandonnés en toute hâte au milieu de la forêt et bientôt recouvertes par la végétation.

Réputé pour son travail sur les migrants, ou encore sur les « hurleurs » qui crient des messages aux prisonniers, Pernot photographie les invisibles : « il y a une question spécifiquement photographique dans le fait de montrer des populations vivant à la marge. Comment photographier les “invisibles”, comment faire une image de ceux qui revendiquent une forme d’opacité? » Au contraire des autres séries, dites d’identité, ici aucun visage, aucune autre trace humaine que ces vestiges, bientôt engloutis par la nature.

Dans la préface de l’ouvrage, Georges Didi-Huberman définit le travail de Mathieu Pernot comme une tentative de « sortir du gris », et « d’une dramaturgie de l’espace qui part de la contrainte ». Dans cette série de photographies, le photographe se rapproche plutôt d’une « archéologie d’un phénomène historique ». Son travail rappelle sa série des « Grands Ensembles », qui fixait sur papier photo des barres d’immeubles HLM quelques heures avant leur destruction, ou en cours d’implosion.

À la Bpi, niveau 3, 770 PERN

Couverture I am whith them

I AM WITH THEM : manifeste photographique pour les réfugiés

Anne A-R
Gründ, 2016

Le manifeste photographique I AM WITH THEM (« Je suis avec eux ») est né de l’idée de la photographe Anne A-R le 27 août 2018, suite à la mort de plusieurs dizaines de migrants en Autriche, asphyxiés dans le camion frigorifique qui les transportait. « Pendant 24 heures, les médias ont dit qu’il y avait entre 20 et 70 morts. Cette approximation m’était insupportable », raconte la photographe documentariste de 43 ans.
Anne A-R est alors partie sur la route des réfugiés qui arrivent sur la petite île grecque de Lesbos et marchent vers l’Europe. De ce remarquable travail, sont nés 80 portraits d’enfants, de bébés, de femmes, de pères de famille, rencontrés au hasard de cette longue traversée.

Chaque portrait se compose d’une photographie individuelle et d’une autre, prise en compagnie des personnes qui entourent le sujet dans son périple. Il est accompagné d’un court texte dans lequel le sujet se présente, décrit son parcours, les raisons du départ et les espoirs que suscite cette traversée. Menuisier, marchand de fruits et légumes, ingénieur dans l’agro-alimentaire… chacun a des motivations très différentes pour partir, à l’opposé de ce que l’image médiatique du « réfugié » peut véhiculer.

L’ouvrage redonne du sens, de l’humain, un contexte, et une place au « je », de manière souvent très émouvante. La photographe a adopté le parti-pris d’un classement par ordre de rencontre géographique, en fonction des routes et trajets empruntés par la photographe : Balkans, Grèce, Autriche, Allemagne, Macédoine, France. Pour l’achat d’un exemplaire, la photographe reverse deux euros à l’association SINGA France, pour l’accueil des réfugiés.

À la Bpi, niveau 3, 77.49 IAM

COuverture Etats d'urgence

États d'urgence. 2

Collectif
Libertalia, 2018

Le deuxième numéro d’États d’urgence est consacré aux « Damnés de la Terre ». Les six photographes qui ont composé ce numéro ont pour ambition de documenter les luttes sociales en cours. À côté des violences du stade Bauer ou des bavures policières, la question de la « Jungle » de Calais et des migrants est largement traitée dans ce numéro, qui transpire l’urgence d’agir pour mettre fin aux situations intolérables vécues par les migrants de l’Aquarius, au difficile quotidien des migrants à la frontière italienne, ou encore aux difficultés de ceux du canal Saint-Denis à Paris ou de Grand-Synthe.

Les photographies sont accompagnées de textes rédigés par les journalistes eux-mêmes, qui font le récit de leurs rencontres, de leurs périples et de leurs échecs, pendant leur immersion au cœur des luttes qu’ils documentent.
Édité chez Libertalia, maison d’édition très engagée, l’ouvrage s’enrichit de deux textes plus théoriques sur l’histoire de la photographie et des mouvements sociaux. Yann Levy, Valentina Camu, Julien Pitinome, Valérie Dubois, Nnoman, Rose Lecat, Jean Stern l’affirment : « nous osons croire encore que les métiers de journaliste ou de photographe ne doivent pas être de simples caisses de résonance d’une actualité dont nous serions soustraits ».

À la Bpi, niveau 3, 77.43 ETA

Couverture De liens et d'exil

De liens et d'exils

Mhani Alaoui, Rita ElKhayat, Abdelkébir Khatibi, Marko Tocilovac, Nadia Sabri, Carol Solomon
CFC éditions, 2018

La problématique de l’exil est au cœur de l’histoire de la famille Boghossian, dont la Fondation éponyme a pour vocation de rapprocher les peuples par le biais de la culture. En cette période où se multiplient les appels à ériger des murs entre les pays et où des migrants traversent quotidiennement les frontières au péril de leur vie, l’importance d’explorer cette thématique du lien et de l’exil s’est révélée primordiale. Cette exposition, associée à un projet de résidence d’artistes à la Villa Empain et dans les espaces partenaires du Moussem – Centre Nomade des Arts, a réuni les regards de sept artistes, installés au Maroc, en France ou en Belgique, sur la question de l’exil, et fait dialoguer une sélection d’œuvres.

En mettant en avant les liens que tout déplacement est capable de susciter, la curatrice Nadia Sabrin propose d’aller au-delà des définitions classiques de la notion d’exil. Zainab Andalibe, Randa Maroufi, Hassan Darsi Hanane El Farissi, Abdessamad El Montassir et Wiame Haddad sont les artistes-phares de la jeune scène artistique marocaine, révélés par cette exposition.

À la Bpi, niveau 3, 706.11 DEL

Couverture d'Exit

EXIT

Sur une idée de Paul Virilio
Fondation Cartier pour l'art contemporain, 2019

Conçue en 2008 par les artistes et architectes Diller Scofidio + Renfro sur une idée de Paul Virilio, EXIT a été réalisée en collaboration avec l’artiste et architecte Laura Kurgan, l’artiste et statisticien Mark Hansen, ainsi qu’avec un groupe de scientifiques de diverses disciplines. L’œuvre est composée d’un ensemble de cartes animées, générées à partir de données statistiques portant sur les mouvements de population dans le monde et leurs principales causes. Paul Virilio souligne en effet qu’un nombre considérable de migrants quittent aujourd’hui leur pays d’origine pour des raisons économiques, politiques, et de plus en plus pour des raisons environnementales.
À l’occasion de la Conférence sur le changement climatique des Nations Unies (COP21) organisée à Paris en décembre 2015, l’œuvre a été entièrement actualisée.

À la Bpi, niveau 3, 704-99 EXI

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