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Beaubourg, les génies du lieu 2 : la gerberette

Elément d'architecture en métal, peinte en blanc
Détails de la structure : contreventement et gerberette. Photographe : G. Meguerditchian (2010) | CP_49], © Centre Pompidou – MNAM-CCI - Bibliothèque Kandinsky - G. Meguerditchian
Le 31 janvier 1977, un ovni architectural est inauguré sur le plateau Beaubourg. “Ça va faire crier !”, prédit Georges Pompidou, à l'initiative du nouvel édifice provocateur. Quarante ans après, c’est le temps de la reconnaissance des génies du lieu qui n’ont rien perdu de leur profonde originalité et de leur modernité. 
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Sans elle, pas de Centre Pompidou !

“On nous avait demandé que la structure puisse résister à deux attentats simultanés. On peut ainsi cisailler deux éléments sous tension sans que le bâtiment s’effondre comme un château de carte. De la même façon, le Centre est construit pour que sa structure résiste pendant deux heures à un incendie violent. ” Peter Rice
La gerberette a été redécouverte et adaptée par le génial ingénieur en chef du Centre Pompidou, l’irlandais Peter Rice. Il l’a baptisée ainsi, par respect ou par humour, en hommage à son inventeur, Heinrich Gerber, ingénieur allemand du 19e siècle. Ce drôle d’élément servait alors à la construction de ponts métalliques.

La gerberette est une pièce de huit mètres de long en acier moulé d’un seul tenant, qui ressemble à la tête d’un os, une rotule d’un squelette humain ou animal, une articulation qui permet le mouvement dans l’axe vertical du poteau. Selon les mêmes principes que ceux utilisés pour maintenir le mât à la coque d’un voilier, la gerberette établit la jonction entre un poteau et une poutre pour mettre la structure dans une dynamique de pré-tension. Elle agit comme levier et comme pivot de transmission des charges. Sur la façade principale, côté piazza, les bras des gerberettes portent les circulations : coursives couvertes ou non, escaliers de secours, ascenseur.

La gerberette n’était pas prévue dans le premier projet alors que c’est elle qui a permis de concrétiser le grand principe architectural de l’édifice : la flexibilité. Sans la gerberette, d’imposants et nombreux poteaux auraient été nécessaires.
Mais cela ne s’est pas fait sans mal. Les entreprises françaises voulaient imposer leur méthode, la seule qu’elles connaissaient : l’acier soudé. Cette technique n’apportait pas du tout les mêmes résultats de solidité et de mise en œuvre que l’acier moulé. Seule une entreprise allemande, Krupp a été capable de répondre à l’appel d’offre et de fabriquer la gerberette. C’est ainsi grâce à la collaboration entre des architectes anglais et italien, un ingénieur irlandais d’une agence anglaise et une usine de fabrication allemande que le Centre Pompidou a pu être réalisé dans toute son innovation technologique.

La structure en acier du Centre est un véritable défi d’architecture et met le Centre au rang de prototype, de chantier expérimental. L’erreur ne pardonne pas à ce type de structure qui nécessite un processus de fabrication très pointu :
“Pour parvenir à ce résultat, nous avons dû refroidir l’intérieur des poteaux avec de l’eau, afin que la température ne dépasse pas 700 degrés, seuil au-delà duquel l’acier n’est plus porteur.”
Peter Rice a appliqué au Centre Pompidou ses principes qu’il n'abandonnera jamais : développer la création poétique des architectes, pénétrer la nature des matériaux et pousser toujours plus loin leurs possibilités dynamiques.
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