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Des muses âgées de 25 000 ans

Plus de deux cents figures féminines sculptées dans des os, dans des défenses de mammouth ou gravées à même la roche ont été retrouvées à la fin du 19e siècle et dans le courant du 20e siècle ; elles ont été regroupées sous la dénomination de « Vénus paléolithiques ». Datées de – 23 000 ans, elles représentent des silhouettes de femmes à l'aide d'attributs symboliques et ont fasciné ou inspiré les artistes jusqu'à nos jours.

Dans l'exposition Préhistoire, une énigme moderne, du 8 mai au 16 septembre 2019, le Centre Pompidou étudie le lien qui unit art préhistorique et art contemporain et présente la Vénus de Lespugue aux côtés d'œuvres contemporaines qui lui font écho.
statuette préhistorique de femme
Vénus de Willendorf, Naturhistorisches Museum Wien, par Oke [CC BY-SA 3.0] via Wikipédia Commons

La première Vénus est découverte en 1864 dans les grottes de Laugerie-Basse, en Dordogne. Il s’agit d’une statuette filiforme, en ivoire de mammouth datant de -16 000, nommée la Vénus impudique en raison de sa fente vulvaire largement mise en avant. Puis, en 1894, dans les Landes, est découverte la Vénus de Brassempouy, une tête aux traits féminins. En 1908, les préhistoriens Hugo Obermaier et Josef Szombathy découvrent, en Autriche, une statuette féminine en pied dite Vénus de Willendorf  (− 24 000). 
C’est la première d’une longue série de statuettes aux formes caractéristiques, trouvées en France, en Allemagne, en Angleterre et en Russie. Toutes mesurent une quinzaine de centimètres de haut au maximum, possèdent des seins, un ventre et des fesses hypertrophiés, une petite tête sans visage, et n’ont ni membres supérieurs ni pieds.
André Leroi-Gourhan, préhistorien et ethnologue, conçoit un schéma en forme de losange dans lequel s’inscrivent la plupart des Vénus. Ces caractéristiques communes intriguent les chercheurs qui élaborent des hypothèses sur la fonction des statuettes, sans qu’aucune ne fasse l’unanimité.
statuette préhistorique
Vénus de Lespugue, datée du Gravettien (Paléolithique supérieur, 23 000 ans). Vassil pour WikiCommons, Domaine public


La découverte par les artistes

Les artistes ont très tôt accès aux figurines ou à leurs nombreuses reproductions et sont fascinés par la modernité de leurs formes. Bonnard fait quatre dessins de la Vénus de Brassempouy en 1925 et Alberto Giacometti reproduit le bas-relief de la Vénus de Laussel en 1929. 
En 1927, Picasso possède deux répliques de la Vénus de Lespugue et les présente à ses amis. Il réalise de nombreux dessins à la mine de plomb de cette Vénus. Les formes de la Vénus de Lespugue sont perceptibles dans Les Baigneuses ou La Femme au vase. Picasso assume cette influence. Elle vient nourrir sa conviction contre-évolutionniste, résumée dans cette citation : « Il n'y a pas de passé ni d'avenir en art. Si une œuvre ne peut vivre toujours dans le présent, il est inutile de s'y attarder ». 
 

Un héritage revendiqué

Au-delà du mystère qui nimbe ces Vénus et de la puissance érotique et sexuelle qu’elles dégagent, les artistes y voient une nouvelle source d’inspiration et des arguments qui corroborent les théories avant-gardistes naissantes, dont la nécessité de rompre avec les académismes. 
De nombreux artistes et intellectuels du 20e et du 21e siècle s’emparent de cet héritage préhistorique et le revendiquent : Brassaï, Pevsner, Giacometti, Harp, Dubuffet, Louise Bourgeois, Klein, Fautrier, Brancusi… et bien d’autres. Certaines œuvres contemporaines portent même le nom de Vénus, comme la Vénus de Meudon (1956) de Jean Harp, la Vénus avec reptile (1965) de Robert Smithson, la Vénus d'Amiens (2015) de Bertrand Lavier ou la Venus Brains (2018) de Marguerite Humeaux. 
 
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