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L'art de lutter 2/4 : La Liberté guidant le peuple

Marianne, drapeau à la main, sur les ruines de la révolution des Trois Glorieuses
Eugène Delacroix, La Liberté guidant le peuple, 1830, domaine public
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peinture
En peignant La Liberté guidant le peuple en 1830, Eugène Delacroix réagit à l'actualité, marque l'art de son époque et propose une image de la révolte devenue un emblème français.
Au-delà de ce qu’elles en racontent, les œuvres d’art peuvent-elles avoir une influence sur le déroulement des soulèvements populaires ? Alors que la programmation Front(s)s populaire(s) du Cinéma du Réel 2019 s’interroge sur la manière dont les images de luttes participent aux luttes, Balises pose la question en peinture, en poésie et en chanson.
La Liberté guidant le peuple célèbre les événements des 27, 28 et 29 juillet 1830 appelés aussi les Trois Glorieuses ou la Révolution de juillet. Ces trois journées de combats et de soulèvement populaire interviennent à Paris en réaction à la publication par Charles X d'ordonnances liberticides. Elles aboutissent à la fuite du roi et à la proclamation de la Monarchie de juillet, monarchie constitutionnelle à la tête de laquelle se trouve Louis-Philippe. 
Delacroix termine son tableau en décembre 1830. Le peintre est donc extrêmement réactif à l'actualité.

Il célèbre le courage du peuple avec une fougue toute romantique. Sa peinture devient un acte politique dont il se glorifie : « J'ai entrepris un sujet moderne, une barricade, et si je n'ai pas vaincu pour la patrie, au moins peindrai-je pour elle. Cela m'a remis de belle humeur » (lettre du 28 octobre à son frère).

Exposé au Salon de mai 1831, cette œuvre suscite des réactions diverses et mitigées car elle représente un sujet contemporain et mélange une dimension allégorique aux détails les plus prosaïques tels que la saleté et les cadavres. Néanmoins, Louis-Philippe en fait l'acquisition en octobre 1831 et l'expose un temps au Palais royal, hissant le tableau au rang de symbole national. Le Louvre l'intègre à ses collections en 1874.

Un siècle plus tard, La Liberté guidant le peuple devient un emblème de la République, ornant les billets de banque et les timbres. Le tableau fait désormais partie de l'imagerie populaire révolutionnaire et il est régulièrement utilisé et détourné à des fins commerciales et politiques. Au début de l'année 2019, plusieurs versions contemporaines (comme la fresque de l'artiste Pascal Boyart ou cette image diffusée sur les réseaux sociaux) ont été réalisées avec des personnages habillés de gilets de signalisation, pour incarner la dimension populaire et l'opposition au gouvernement des participants au mouvement des Gilets jaunes.
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