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Voyage dans l'univers de Lalique

Le Musée Lalique, situé à Wingen-sur-Moder en Alsace, expose "Lalique et l’art du voyage" du 29 avril au 2 novembre 2016. Cet événement permet de découvrir l’univers fascinant de René Lalique, entré dans le domaine public en janvier 2016 selon le Calendrier de  l’Avent du domaine public.
 
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Portrait de René Lalique par Aaron Gerschel (Domaine public)
Mieux vaut la recherche du beau que l'affichage du luxe… L’esprit reprend le pas sur la matière (René Lalique)

La joaillerie

Né à Aÿ en Champagne en 1860, René-Jules Lalique, d'après son état civil, va se consacrer à l’art de la joaillerie à partir de 1885. Dessinateur plein de talent, Lalique conçoit des modèles de parures aux formes tarabiscotées chères à l’Art nouveau, un style qui fleurit en cette fin du 19e siècle. Il propose ses maquettes aux professionnels en
Dessin préparatoire d'un bijou par Lalique
Projet de peigne aux abeilles et ombellifères, Jules-René Lalique (sic), © ADAGP, Paris, Photo © RMN-Grand Palais (musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski, via art.rmngp.fr
panne d’inspiration (Aucoc, Cartier, Boucheron,  Vever…). Trop audacieux, ses projets ne trouvent pas toujours preneurs. Il décide alors de créer ses propres bijoux chez le joailler Jules Destape dont il prend la succession, Place Gaillon à Paris. Débordant d’imagination, Lalique s’affranchit des contraintes proposées par les conventions sociales de la Troisième République. Il préfère suivre sa philosophie.

Dans ses créations, il mêle à l’or, aux diamants, aux rubis et aux saphirs, l’ivoire, la corne, la fonte et le verre (qu’il sculpte lui-même), les émaux, les pierres semi-précieuses, voire même le cuir. Son inspiration provient de la nature (oiseaux,fleurs, poissons, biches...), de la mythologie (nymphes, bacchantes...), de l'univers féminin parfois vu sous un angle fantastique (femmes fleurs, femmes ailées, femmes insectes, sirènes, baigneuses). La littérature et le théâtre sont également des sources d'inspiation. Il crée des bijoux pour Sarah Bernhardt, fantasque tragédienne qui interprète entre autres "Théodora" de Victorien Sardou ou "Chantecler" d’Edmond Rostand.

Ses créations paraissent étranges, fascinantes, quelques fois repoussantes, comme des insectes ou des caméléons se faisant face pour emprisonner des cabochons d’opale ou de nacre. D’autres oeuvres sont séduisantes mais tortueuses, telles des orchidées s’épanouissant au bout des peignes en écaille qui ornent les coiffures compliquées des élégantes. Certaines femmes du monde, ou du demi-monde, anticonformistes (comme La Comtesse Greffulhe ou Liane de Pougy) s’offrent les bijoux de René Lalique, ainsi que des collectioneurs. Parmi eux, le financier et magnat du pétrole Calouste Gulbenkian fera don de sa célèbre collection Lalique à la Fondation qu’il a créée et qui porte son nom à Lisbonne.

Son succès et son audace sont tels que Lalique triomphe à l’Exposition universelle de 1900 notamment avec son chef-d’œuvre : le pectoral à la libellule. Pour Emile Gallé, maître verrier emblématique de l'Art nouveau, qui le découvre lors de cette manifestation, il est "l'inventeur du bijou moderne". Robert de Montesquiou, poète mondain et dandy, le surnomme le Cellini parisien pour ses créations ou le Gallé du bijou.
 

La verrerie

Après avoir atteint son point culminant dans la joaillerie et sans l'abandonner complètement, Lalique va progressivement consacrer plus de temps à l’art du verre. Ce matériau le fascine car il lui permet d’explorer de nouvelles perspectives. En 1890, il quitte la Place Gaillon (2e arrondissement) et s’installe Rue Thérèse dans le même arrondissement. En 1905, il ouvre une boutique Place Vendôme, haut lieu du luxe où se côtoient grands couturiers (WorthChéruit), joailliers (BoucheronMellerio dit Meller) et parfumeurs (HoubigantCoty). Les œuvres en verre de René Lalique y connaissent un succès certain. Pour façonner ses sculptures en verre, il installe un atelier  à Clairefontaine en 1898, puis il ouvre une deuxième fabrique à Combs-la-Ville vers 1909, près de Paris. En 1921, il commence sa production verrière à Wingen-sur-Moder en Alsace.

Pour modeler un verre, il utilise la technique de la cire perdue. Dans un premier temps, il sculpte une pâte de cire qu’il enveloppe de plâtre, puis il passe le tout au four chaud. Une fois la cire fondue, le verre en fusion est coulé dans le moule en plâtre. Lors de son refroidissement, le plâtre est cassé et l’œuvre deviend solide. L'originalité de Lalique est de joindre la transparence à l’opacité. Cette association permet de faire ressortir les motifs sculptés sur un vase, une coupe, un flacon, des appliques, des dalles… Il introduit aussi de la couleur dans le verre, ce qui rend ses créations modernes et joyeuses. Ses sujets de sculptures ? Des nymphes dansant autour d’un vase, des grappes de cassis bleus cascadant au-dessus d’un flacon, des tulipes satinées s’épanouissant sur une applique, des branches de sapin aux longues aiguilles couvrant une porte vitrée.
Croquis d'un bouchon par Lalique
Carnet de croquis : étude d'objet : bouchon (?) - Notes manuscrites, Jules-René Lalique (sic), © ADAGP, Paris
Photo © RMN-Grand Palais (musée d'Orsay) / Christophe Chavan, via art.rmngp.fr
 

Ayant bien compris l’importance du packaging et du marketing pour atteindre une clientèle plus nombreuse, François Coty propose à Lalique de lui créer des flacons de parfum en 1907. A cette époque, ces derniers étaient en cristal et vendus à une élite fortunée. Habile et inventif, Lalique les fabrique en verre, en série et à moindre coût mais tout en en faisant de véritables œuvres d’art. Le succès est immédiat.

Cela permet à Lalique de faire évoluer son art et de se lancer dans de nouvelles expérimentations. Il conçoit des éléments de décoration intérieure (dalles de verres, appliques, lustres, tables, consoles), des arts de la table (assiettes, plateaux, verres, coupes), des nécessaires de toilette (flacons de parfum, boites à maquillage, poudriers, peignes).
 
Alors que l’Art nouveau se meurt pour être remplacé par un nouveau style nommé Art déco dans les années 1920, René Lalique rebondit, actualise son savoir-faire. L’Art déco devient propice à la simplification des motifs, à la création de pièces nouvelles qui accompagnent l’art du voyage. Lalique conçoit des "mascottes", des bouchons de radiateur pour automobiles (chevaux, libellules, oiseaux, têtes de femme…), décore les wagons restaurants de trains luxueux (comme l’Orient-Express), aménage les salles de réceptions de paquebots (comme le Normandie). Avec ces nouveaux moyens de transports, l’art de Lalique s’expatrie et le maître verrier se fait connaître à travers le monde.

Lalique participe à l'aménagement de l’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes de Paris en 1925 : salle à manger du pavillon de la Manufacture de Sèvres, fontaine lumineuse pour un Jardin dessiné par Mallet-Stevens. Il y possède un pavillon à son nom.

Grâce à des commandes de personnalités françaises et étrangères, il enrichit sa production tout en gardant sa spontanéité dans l’ornementation, et sans négliger la joaillerie. En 1935, Lalique transfère sa boutique au 11 Rue Royale où elle se trouve encore aujourd’hui. 

René Lalique décède en 1945. Sa tombe, ornée d'une croix en verre de sa création, se trouve au Père Lachaise.

Après sa mort, Marc, son fils, reprend les rennes de l'usine verrière à Wingen-sur-Moder. Ce n'est que vers les années 1950, que le cristal fait son apparition à la manufacture Lalique

Génial touche à tout, René Lalique a su renouveler l'art du verre pour l'introduire dans la joaillerie, la décoration intérieure privée (salle à manger de la couturière Jeanne Paquin), publique (Théâtre des Champs Elysées), religieuse (Eglise Saint Mathieu à Jersey) et urbanistique (Fontaine du rond-point des Champs-Elysées aujourd’hui disparue). Gestionnaire hors pair, il chasse sans relâche les contrefaçons, d'où le besoin de déposer des brevets sur de nombreuses techniques de fabrication (verre pressé-moulé, verre à double fond). Ces qualités rendent René Lalique unique et légendaire. Ses créations font encore rêver...

 

Un aperçu de l'oeuvre de René Lalique est évoqué dans ce documentaire flamand sous-titré en anglais de 5 mn. 
 

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