Sélection

Appartient au dossier : Catherine Meurisse, les mains dans le dessin

Catherine Meurisse en 6 BD

Balises vous présente quelques-uns des albums de Catherine Meurisse, à qui la Bpi consacre en automne 2020 une grande exposition.

Dessinatrice de presse, illustratrice, autrice de BD, Catherine Meurisse aime varier les genres. Si elle sait croquer les travers de ses contemporains et l’actualité politique, elle se passionne aussi pour la vie des peintres et écrivains, auxquels elle a consacré plusieurs albums mêlant ironie et érudition. Sa vie après Charlie Hebdo et son enfance à la campagne lui ont également inspiré deux albums autobiographiques dans lesquels elle revient sur son parcours avec humour et nostalgie.

Publié le 21/09/2020 - CC BY-NC-SA 4.0

Notre sélection

Delacroix

Catherine Meurisse
Dargaud, 2019

En 1864, un an après la mort du peintre Eugène Delacroix, l’écrivain Alexandre Dumas prononce un discours en hommage à son ami alors qu’une exposition de trois cents de ses œuvres est inaugurée à Paris. Cette Causerie sur Delacroix, qui retrace avec humour et affection la vie du peintre, est recopiée dans sa quasi-intégralité par Catherine Meurisse dans Delacroix, publié une première fois en 2005 et dans une seconde version augmentée en 2019.

Entre livre d’art, illustré et bande dessinée, Delacroix ne tranche pas. L’ouvrage alterne planches humoristiques, blocs de texte manuscrit entrecoupé de dessins au trait vif, et jaillissement de couleurs en grand format lorsque Catherine Meurisse réinterprète les toiles du peintre. La lecture est dense, mais le dessin permet de déambuler avec fluidité dans la vie de Delacroix et d’éprouver l’atmosphère du Paris artistique de l’époque. Surtout, les encrages flamboyants de l’autrice lorsqu’elle s’approprie les œuvres du peintre racontent à eux seuls la passion de la couleur et du mouvement qui les animent tous deux.

À la Bpi, niveau 1, en catalogage

Les Grands Espaces

Catherine Meurisse
Dargaud, 2018

« J’ai grandi à la campagne » : Catherine Meurisse raconte, avec humour et mélancolie, son enfance dans les Deux-Sèvres. Tandis que ses parents retapent une vieille maison, elle parcourt la campagne avec sa sœur, s’émerveillant des arbres, des objets et des traditions qu’elles y découvrent. Les rares excursions hors de la campagne les emmènent au « Fuy du Pou » et au musée du Louvre, où les fillettes admirent… des paysages peints.

La mise en couleur d’Isabelle Merlet transforme chaque case en un tableau de verdure, où se promènent les personnages crayonnés par Catherine Meurisse. Particulièrement remarquables, les doubles pages au crayon et à l’aquarelle révèlent parfois la granularité du papier.
Le récit est riche en références littéraires : Pierre Loti, Zola et Proust sont conviés à tout moment. Bien que l’histoire se déroule au début des années quatre-vingt-dix, les réflexions sur l’agriculture moderne, l’urbanisation et les discours des politiciens régionaux ont le même écho aujourd’hui.

À la Bpi, niveau 1, AL GRA

La Légèreté

Catherine Meurisse
Dargaud, 2016

Le 7 janvier 2015, sauvée par un réveil difficile, Catherine Meurisse entend depuis la rue Nicolas Appert les tirs de kalachnikov qui vont faucher ses collègues et amis de Charlie Hebdo. Elle survit à l’attentat mais le choc lui paraît insurmontable. Comment continuer à dessiner, reprendre goût à la vie ? Comment retrouver la légèreté ? Catherine Meurisse raconte les semaines minées par l’angoisse, le chagrin et le souvenir des amis disparus. L’humour n’est pourtant pas absent du récit de la dessinatrice qui doit évoluer entre gardes du corps un peu trop présents et journalistes un peu trop pressants…
La renaissance viendra, progressivement, grâce à l’art qui a toujours occupé une place centrale dans l’œuvre et la vie de Catherine Meurisse.  C’est entre Cabourg, avec Proust, son « auxiliaire de vie », le Louvre et la villa Médicis de Rome, qu’elle parvient à redécouvrir la beauté et avec elle une émotion assez forte pour surmonter le traumatisme.

On retrouve dans cet album le trait vif du dessin de presse, dans lequel Catherine Meurisse excelle. Pour rendre compte de la profusion des sentiments qui la traversent, elle fait appel à différents styles graphiques, mêlant encre, crayons et aquarelle. Petit à petit, les couleurs reviennent plus nombreuses, à travers les copies de tableaux, de sculptures, les vues de Rome – et avec elles, la légèreté.

À la Bpi, niveau 1, RG MEU L

Le Pont des arts

Catherine Meurisse
Sarbacane, 2019

Dans cet album, Catherine Meurisse présente en dix histoires les relations tumultueuses et passionnées entre peintres et écrivains. En effet, au cours des siècles, les peintres ont souvent puisé l’inspiration chez les écrivains dont ils ont illustrés les romans. De leur côté, les écrivains ont livrés sur les peintres de nombreux commentaires et des critiques parfois sévères. Le lecteur découvre ainsi Diderot en admirateur de Chardin, Picasso illustrant Balzac, Baudelaire acclamant Delacroix et Manet, Proust et son « petit pan de mur jaune », etc.

Catherine Meurisse donne ici un véritable cours d’histoire de l’art, dans lequel l’humour s’accommode parfaitement des analyses savantes. Son talent de caricaturiste fait merveille pour descendre les peintres et écrivains de leurs piédestals, les rendre proches du lecteur et nous communiquer la passion qui les anime.

À la Bpi, niveau 1, en catalogage

Mes hommes de lettres

Catherine Meurisse
Sarbacane, 2008

Oubliez votre Lagarde et Michard, ce manuel de littérature de plusieurs générations ! Catherine Meurisse et ses Hommes de lettres offrent une plongée dans la littérature française. De Chrétien de Troyes à Marcel Proust, en passant par Montaigne ou George Sand, l’autrice, passionnée de littérature, présente quelques auteurs classiques incontournables. Elle résume leurs œuvres, situe le contexte et livre des anecdotes qui nous transportent dans les méandres de l’histoire littéraire. Nous embarquons alors sur une charrette avec Lancelot pour retrouver Guenièvre, assistons aux répétitions agitées d’Hernani, ou encore, découvrons (et ratons) au côté de Gaston Gallimard et d’André Gide le manuscrit de Marcel Proust dans les bureaux de l’éditeur.

Le trait caricatural de Catherine Meurisse donne lieu à des saynètes truffées de références, de mises en abyme et d’anachronismes souvent drolatiques. Ce petit précis de littérature déjanté offre un panorama humoristique et pédagogique, et fédère habilement les amateurs des belles-lettres et les novices en littérature.

À la Bpi, niveau 1, en catalogage

Scènes de la vie hormonale

Catherine Meurisse
Dargaud, 2016

Scènes de la vie hormonale est un recueil de strips parus dans Charlie Hebdo. Ces saynettes sont dans le ton du magazine satirique : crues, sans tabou et drôles. Catherine Meurisse raconte la vie de trentenaires qui, sous une apparente liberté de ton et de comportement, restent néanmoins confrontés à de grandes interrogations autour de leur sexualité, de l’amour, du désir d’enfant, de la maternité… La dessinatrice joue avec la culpabilité des personnages qui assument difficilement leur liberté, confrontés à des sujets intimes ou éthiques ou aux frustrations de la réalité. Elle égratigne autant les hommes que les femmes en les plaçant face à leurs contradictions. Son trait féroce et ses cases dépouillées aux philactères denses font penser aux Frustrés de Brétecher.

À la Bpi, niveau 1, en catalogage