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(d)écrire Alain Cavalier

En quoi la démarche du cinéaste Alain Cavalier est-elle singulière ? Balises propose quelques éléments de réponse pour accompagner le cycle que la Cinémathèque du documentaire à la Bpi consacre en partie au réalisateur, début 2019.
« Ce qu'il y a d’intéressant dans la démarche d'un cinéaste, c'est ses rapports avec le corps humain. Du premier plan qu'il tourne jusqu'au dernier : comment il regarde les femmes, les hommes, leurs rapports ? Qui il choisit, comment il cadre ? Physiquement, comment ça se passe ? J'ai été conscient assez tôt dans ma vie que l'essentiel du film était dans le rapport de mon corps avec les corps que je filmais, que tout le secret, le fond même était là, dans cette espèce d'onde, d’électricité qui liait. Et ça m'a intéressé de plus en plus. » Alain Cavalier
Une femme derrière un comptoir
Alain Cavalier, La Marchande de journaux © Agence du court métrage, 1987-1991

Alain Cavalier, né en 1931, a suivi des études d'histoire et une formation à l'IDHEC. Il devient d'abord l'assistant de Louis Malle sur les films Ascenseur pour l’échafaud et Les Amants.
Il commence sa carrière de cinéaste en réalisant des films de fiction avec des acteurs, stars de l’époque comme Alain Delon, Romy Schneider, Jean-Louis Trintignant ou Catherine Deneuve. Il a déjà un regard particulier sur le corps et le visage des acteurs. Il est plutôt influencé par le cinéma américain et par Jean Renoir. Mais bien qu'ils s'adressent au grand public, ses films (L’Insoumis, La Chamade) ne rencontrent pas le succès attendu.

Un artisanat du film

1968 marque le début d'une période de sept années d'interruption dans son travail. Alain Cavalier cherche à pratiquer un cinéma de plus en plus épuré, un cinéma avec le moins de spectacle, le plus direct possible. Il cherche également à enregistrer des instants de vie, des visages. C’est ce vers quoi tendent ses films suivants.
Il écrit le scénario avec les comédiens pour Le Plein de super (1976) et Martin et Léa (1978). Il tourne en équipe réduite et fait jouer des comédiens amateurs.

L'apparition des caméras vidéo légères ouvre à Alain Cavalier de nouvelles opportunités. Plus légères, plus pratiques, elles lui permettent une nouvelle forme d’écriture. Il passe lui-même derrière la caméra et devient ce qu'il appelle « filmeur ». Cette démarche expérimentale vers l'autoportrait débute avec Ce répondeur ne prend pas de message (1978) et se poursuit avec d'autres films comme Irène (2009) ou Pater (2011).

Visages

Toujours passionné par les visages, il réalise Thérèse en 1986, les séries 24 Portraits de femmes au travail entre 1987 et 1990, et en 2018, Six Portraits XLThérèse est un film charnière pour Alain Cavalier, il s'en inspire dans sa recherche de « faire le plus avec le moins » (Gérald Colas, Images documentaires, 92/93).
Dans la première série des Portraits, Alain Cavalier filme des femmes qui exercent des métiers en voie de disparition, et surtout leur visage et leurs mains, leur corps façonné, voire déformé par leur activité. Il observe également leur cadre de vie, leur fait raconter leur parcours.

En 2018, sort la série Six Portraits XL. Alain Cavalier y poursuit son travail de filmeur avec le portrait d'une femme et de cinq hommes qu'il a filmés pendant plusieurs années pour son journal personnel ; d’où une impression d'intimité, de complicité entre le filmeur et les filmés. Ce qui revient également, c'est le plaisir à filmer les petits moments du quotidien, des rencontres humaines, et, surtout retenir, fixer le temps passé en de « petits miracles de cinéma ».
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