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Georges Demenÿ : Des gestes mesurés

Des points blancs à côté d'une grosse machine.
Chronophotographie graphique ou géométrique d'un départ de saut sans élan sur une plateforme de force. École normale de gymnastique de Joinville-le-Pont, 1906 © Georges Demenÿ / INSEP iconothèque
Mais que représente cette image ? Quel fantôme s’agite à côté d’une étrange machine ?
Pour accompagner la rétrospective que la Cinémathèque du documentaire consacre, à l’automne 2019, aux documentaires sportifs, Balises analyse cinq images réalisées par Georges Demenÿ. Au début du vingtième siècle, ce théoricien de la gymnastique développe la chronophotographie afin d’analyser les gestes des athlètes, jusqu’à inventer les premières caméras utilisées par Gaumont

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Georges Demenÿ s’intéresse à la gymnastique, avant de rencontrer Marey, au point de fonder un « cercle de gymnastique rationnelle » en 1880. En collaboration avec le physiologiste, il met en place en 1881-1882 une « station physiologique » dans le Bois de Boulogne.

La subvention accordée par la Mairie de Paris pour l’ouverture de ce lieu sert à étudier les « effets de l’entraînement chez l’homme et à rechercher les lois de l’utilisation de la meilleure force musculaire ». Ces études doivent notamment améliorer l’efficacité de l’armée française après la débâcle de 1870 face à la Prusse.

L'École de gymnastique de Joinville

En 1894, Demenÿ est brusquement renvoyé par Marey et se consacre à ses propres recherches. Demenÿ veut notamment comprendre les lois qui régissent la marche, la course et le saut, afin d’améliorer les performances des sportifs.
Les sujets des chronophotographies sportives sont donc des champions qui viennent pour la plupart de l’École normale de gymnastique et d’escrime de Joinville-le-Pont. C’est le cas du moniteur Steiner, qui est le sujet de cette photographie.

En parallèle, il développe des appareils de mesure anthropométrique pour comparer les dimensions des corps des sportifs avec leurs performances. C’est ce que montre cette chronophotographie réalisée selon la méthode dite « graphique » ou « géométrique », sur laquelle les gestes du sujet sont mesurés de deux manières.

La méthode graphique

D’un côté, l’athlète photographié porte une combinaison et une cagoule de velours noir qui effacent son corps sur l’image ; ces vêtements sont munis de boutons blancs aux articulations et de fils blancs le long des membres, seuls éléments à apparaître sur la photographie.
Les clichés sont pris à intervalles plus serrés qu’une chronophotographie classique. Cela permet de décomposer précisément la trajectoire du sportif pendant son saut et d’observer, par le tracé des courbes dans l’espace, le geste optimal à réaliser et les éventuels gestes parasites.
La même méthode a par exemple été appliquée par la suite en Union soviétique pour optimiser les gestes des ouvriers. Ce type de chronophotographie fantomatique anticipe aussi des films comme le Pas de deux de Norman McLaren (1968), qui décompose les trajectoires de silhouettes dansantes grâce à un procédé d’impression optique.

De l’autre côté – sur la droite de l’image – une étrange machine posée sur une table est reliée par un câble à une plaque au sol, sur laquelle saute l’athlète. Il s’agit d’une plateforme de force, destinée à mesurer les forces exercées sur le sol par le corps du sujet lors de la réception de son saut sans élan.
Cette machine n’a cessé d’être améliorée et est encore utilisée aujourd’hui dans tous les laboratoires de biomécanique, notamment pour étudier l’équilibre postural des sportifs par la répartition du poids exercé au repos et dans l’effort sur différentes parties de leurs pieds.


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