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Georges Demenÿ : Entre pédagogie et spectacle

Une danseuse fait un grand battement à la seconde
Films photographiques représentant une danseuse, vers 1894 © Georges Demenÿ / INSEP iconothèque
Georges Demenÿ n’a pas photographié que des athlètes : il a aussi capté les gestes de danseuses ou encore d’illusionnistes.
Pour accompagner la rétrospective que la Cinémathèque du documentaire consacre, à l’automne 2019, aux documentaires sportifs, Balises analyse cinq images réalisées par Georges Demenÿ. Au début du vingtième siècle, ce théoricien de la gymnastique développe la chronophotographie afin d’analyser les gestes des athlètes, jusqu’à inventer les premières caméras utilisées par Gaumont.
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Pour Georges Demenÿ, la chronophotographie constitue entre autres un moyen de s’interroger sur l’enseignement des activités sportives. Depuis que les lois Ferry de 1880 ont rendu obligatoire la gymnastique à l’école, l’époque est à la démocratisation de l’éducation physique. Néanmoins, le sport est d’abord réservé aux garçons. Aucune femme n’est d’ailleurs le sujet de chronophotographies à la station physiologique de Boulogne fondée par Marey et Demenÿ.

Sportif.ves

Après s’être séparé de Marey, Demenÿ s’intéresse d’avantage aux techniques physiques féminines et à leur transmission, comme le montre cette chronophotographie de danseuse réalisée vers 1894.
En 1911, il publie Éducation et harmonie du mouvement, un traité qui fait de lui un fondateur de l’éducation physique féminine. À la même époque, il anime un cours pour jeunes filles au lycée Lamartine de Paris et participe à la fondation d’Academia, un des premiers clubs sportifs féminins créé par le journaliste sportif Gustave de Lafreté. De nombreux reportages des actualités Gaumont seront consacrés dans les années 1910 aux championnats féminins d’escrime ou d’athlétisme organisés par le club.
Avant sa mort en 1917, Georges Demenÿ a même pour projet d’ouvrir un laboratoire de gymnastique destiné aux filles avec Madame Lièvre. La fille de cette dernière, Irène Popard, elle-même élève assidue de Georges Demenÿ, fonde une méthode de gymnastique rythmique féminine qui connaît un grand succès et existe encore aujourd’hui.

De la science au spectacle

Les images de ballerines et de danseuses de can-can montrent également qu’en se séparant de Marey, les chronophotographies de Demenÿ s’enrichissent d’une dimension spectaculaire. À partir des années 1890, ses captations intègrent aussi un enfant jouant à saute-mouton, un tour de prestidigitation, un train passant sur un pont…
Ces courtes attractions anticipent les vues cinématographiques des premiers temps. Elles mettent en lumière la façon dont les performances en général et les numéros de danse en particulier seront considérés par le cinéma : comme le spectacle d’un exploit, voire comme un élément féérique, destiné à susciter surprise et admiration de la part du public.

Retrouvez le programme complet du cycle « Plus vite, plus haut, plus fort. Filmer le sport » sur cinemathequedudocumentairebpi.fr
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