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Rencontre avec Richard Copans, co-fondateur des Films d'ici

Portrait de Richard Copans
Richard Copans par Alexia Villard
Les Films d’ici fêtent leurs 30 ans. L’occasion de revenir sur une belle aventure initiée en 1978, une histoire de rencontres, de projets, de fidélité, de collectif, " la curiosité de comprendre, la volonté de raconter des histoires". De Cinélutte aux Films d'ici, Richard Copans, producteur, réalisateur et co-fondateur des Films d'ici raconte trente années de production cinématographique.

 Tout a commencé en 1978, avec l’aventure de Cinélutte. Pour resituer l’époque et le contexte, Richard Copans aime à rappeler que Cinélutte était un collectif de cinéma militant.

"Je voulais transformer le monde, pas le regarder "


" On refusait le terme de réalisateur ou de technicien. C’était des réalisations collectives. Moi, j’étais opérateur et coréalisateur comme les autres. Il fallait produire, mais nous n’avions pas d’argent et ce sont des films qui coûtaient relativement chers à l’époque, parce qu’on ne tournait pas en I8 ou avec un iPhone.  Il fallait une caméra 16, il fallait développer la pellicule, monter, tirer une copie avec un son optique. On se faisait prêter des caméras, mais c’était du travail gratuit, du détournement,  du brigandage. On se débrouillait, on s’appuyait sur les moyens de l’Idhec, puisque Cinélutte venait de là. On a quand même produit huit films. J’ai eu le goût de la production dans ces années-là ".

En panne de financement, le seul moyen d’obtenir une subvention du CNC était de créer un Groupe d’intérêt économique (un GIE). Avec Luc Moullet, une société est ainsi fondée et Richard Copans en est le gérant. Les premières productions sont les premiers films d’Amos Gitaï, Journal de campagne et Ananas. Richard Copans se prend au jeu de la production. C’est en 1984 que Les Films d’ici voient réellement le jour, avec la nécessité financière de créer une Sarl. Parallèlement, Richard Copans aide Paulo Branco à fonder les Films du Passage et en assure la gérance pendant quelques années. En 1986, Serge Lalou rejoint l’aventure déjà commencée par Richard Copans et Yves Jeanneau. C’est aussi à cette époque que, toujours dans la continuité du militantisme, des documentaristes et techniciens se regroupent sous le nom de “Bande à lumière”. Tous sont décidés à défendre un genre : le documentaire de création.

" On ne se considérait pas comme des producteurs de télévision. On pensait Cinéma. "

 
"Au début des années 1990, avec Nicolas Philibert par exemple, La ville Louvre est sorti en salles, tout comme Route one USA de Robert Kramer. On a joué à croire que ces films pouvaient sortir en salles. On a triché un peu avec la législation, parce qu’officiellement ils n’auraient pas dû sortir, ou en tout cas n’auraient pas eu droit à une billetterie CNC, puisque c’était des produits audiovisuels. À l’époque, la frontière n’était pas encore clairement marquée."

Les Films d’ici se lancent aussi dans la fiction et produisent, en 1987, Je t’ai dans la peau de Jean-Pierre Thorn. C’est un échec financier et les investisseurs d’alors (la Caisse des dépôts, l’IFCIC et Hachette) leur interdisent de produire des films de fiction.
En 1996, ils reviennent à la fiction avec le film d’Edgardo Cozarinsky Le Violon de Rothschild. Ce genre reste toutefois minoritaire (2 fictions produites pour 25 documentaires) et il n’y a pas de secteur spécialisé : chaque producteur travaille sur des projets de fictions et de documentaires.
Richard Copans revient sur l’aspect financier, vital pour la survie d’une telle société. Avec  Serge, Yves et lui, il y a Frédéric Cheret, " personnage incontournable, qui joue le rôle de directeur financier et qui tient tous les équilibres assez complexes de la société et sans qui, ni Serge, ni moi n’aurions pu continuer à produire. Frédéric vient du milieu de la production, donc il sait de quoi on parle. Sans lui, on ne serait pas là. Il nous connaît, il connaît les films, il est conscient de tous les enjeux économiques et financiers, bancaires. C’est fondamental. "

Le violon de Rothschild d'Edgardo Cozarinsky, 1996


Richard Copans revient sur le contexte historique de l’époque qui a rendu possible cette aventure et sur les mouvements historiques de fond du cinéma français des années 1970, la vague de cinéma militant.
" On s’est bien bagarré, mais on a eu la chance aussi de démarrer dans les années 1980 avec la politique de Jack Lang, qui soutenait les producteurs indépendants. On en a largement bénéficié : il y a eu la création du compte de soutien aux industries de programmes, la politique de l’IFCIC et de la Caisse des dépôts pour soutenir les producteurs, la création d’Arte. Nous, on était prêts et on avait des armes et des réalisateurs capables d’inventer un tas de trucs. Ça s’est cristallisé à ce moment-là, mais dix ans avant ou quinze ans après, ça se serait passé très différemment, quels que soient nos talents. Tout  simplement parce qu’on n’aurait pas été dans la même dynamique économique, dans l’ouverture d’un champ qui était celui de la production indépendante du documentaire. Il y a eu un appel d’air, et une ouverture vers le cinéma. Et Les Films d’ici n’ont pas été les seuls à en bénéficier, toutes les productions indépendantes un peu fortes de ces années là en ont profité aussi, comme Agat / Ex-Nihilo. "

"Je suis un cas assez unique, j’aime cette triple casquette "

Producteur, réalisateur, directeur de la photo, Richard Copans aime passer de l’une à l’autre des fonctions. Et c’est une des spécificités des Films d’Ici, sans doute, que Richard Copans et Serge Lalou soient à la fois producteurs et réalisateurs, sans être jamais dans la moindre ambiguïté avec les auteurs qu’ils produisent. " C’est une relation assez formidable que l’on construit, dans l’échange, mais chacun est à sa place. "

" J’aimerais encore produire des films avec Robert Kramer, ça me manque "

Quand on parle des auteurs avec Richard Copans, des noms viennent immédiatement illuminer son regard. Il y a eu les années Idhec et la rencontre avec Stan Neumann et Denis Gheerbrant. Il était leur professeur. " C’était un groupe de cinq, six personnes avec qui je me suis lié à l’époque et avec qui je suis resté ami, que j’ai produit, avec qui j’ai travaillé. On a accompagné tous leurs films. "
Et puis sont arrivés Nicolas Philibert, Claire Simon. " Nicolas Philibert est arrivé au milieu des années 1980, avec un court métrage sur L’ascension de la face nord du camembert avec Christophe Profit, puis il est devenu la star du documentaire dans la relation que l’on a construit tous ensemble. Il y a eu Claire Simon, à partir de Récréations. Elle est venue nous montrer des rushes et on était ébahis. C’est très intéressant, elle était toute seule avec une caméra dans une cour de récréation, mais quand elle revenait d’une séance réussie, on voyait une histoire. C’est toute la question du regard et la croyance dans l’histoire qui est en train de se dérouler, le fait d’y croire, de la voir et de la faire voir. Avec Claire Simon, c’était radical, extraordinaire. J’ai eu après d’autres projets qui se tournaient dans des écoles, mais on ne voyait rien, il ne se passait rien. " Et puis il y a eu Eric Pittard, Renaud Victor, qui sont malheureusement partis trop tôt.


Récréations de Claire Simon, 1992
 

" Nous sommes historiquement une génération qui s’est positionnée dans le cinéma documentaire "

Aujourd’hui, Richard Copans est un peu déçu de la relève. Il pensait qu’après cette vague des années 1990 et notamment l’apport d’Arte, avec à la tête de l’unité documentaire Thierry Garrel, une génération prendrait la suite. Les réalisateurs lui semblent plus formatés, moins audacieux, mais il conçoit aussi qu’avec la multiplication des chaînes de télévision, il faut être sûr de soi en termes de programmation.

" Je n’ai pas de plan de carrière et je n’ai pas envie d’arrêter "

Il y a trois ans, une question s’est posée : comment continuer l’aventure ?  " Ça va faire cinquante ans que je fais ce métier. Est-ce que la société est pérenne, est-ce qu’elle continue, est-ce qu’elle s’éteint avec moi ". C’est ainsi qu’est née l’idée de créer une société soeur, Les Films d’ici 2, pour affirmer la continuité et la différence, avec des associés et producteurs plus jeunes, capables de développer d’autres projets, comme Laurent Duret, Virginie Guibbaud, Sébastien Onomo, Charlotte Uzu, Laura Briand.
" On est un peu des mastodontes avec 700 heures produites environ (30-40 heures par an), c’est un peu écrasant. On avait envie de repartir avec d’un côté un catalogue, une oeuvre patrimoniale dont on ne sait pas encore ce qu’on en fera, et de l’autre un projet neuf avec de nouveaux partenaires, de nouveaux producteurs. Je pense que c’était une bonne idée. "


El Impenetrable de Daniele Incalcaterra et Fausta Quattrini, 2012


" L’idée la plus importante, c’est d’arriver à rendre accessible ces films "

La question de l’avenir de ce catalogue de films produit depuis trois décennies s’est posé depuis peu. C’est un vrai chantier, qui a commencé. Grâce au plan de numérisation lancé par le CNC, il pourra être valorisé par une diffusion en VàD. Mais cela coûte très cher et c’est très lent. Tous les négatifs sont stockés dans des labos, qui demandent des fortunes pour les sortir. Une partie pourrait sans doute être récupérée par le Forum des images.

" Ce qui est beau c’est la manière dont nos films irriguent un nombre de gens "

" Actuellement,  je réalise un long-métrage documentaire, un film de la collection Architectures, je produis un film de Stan Neumann, je développe un film avec David Teboul, un autre avec Yamina Zoutat. Et on sort en salle L’Impénétrable de Daniele Incalcaterra. Quand j’ai commencé à réaliser, je pensais abandonner la production et puis j’ai continué, ce n’est pas du tout le même métier. "ce sont huit films sur la Grande Guerre avec Arte, un webdoc, un numéro de la collection Architectures …

Pour l’heure, les projets sont en cours, impliquant une douzaine de permanents, et des intermittents ... Une belle aventure entre des personnes… Une envie commune de dire le monde.
CC BY-SA 3.0 FR
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Bonjour, Très belle rencontre avec Mr COMPAS, j'ai travaillé pour les Films d'Ici en 1988, et notamment avec Serge Lalou, quelle grand souvenirs détaché comme stagiaire au Musée du Louvre, toujours intermittent à ce jour, une année avec vous, j'ai appris beaucoup, toujours à la recherche de mission. Amitiés Marc

Marc LEMESLIER : 22/09/2018 16:33
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