Sélection

Dans la bulle de Clotka

Principalement connue pour ses récits illustrés pour la jeunesse, l’illustratrice et autrice de BD Clotka, de son vrai nom Clotilde Szymanski, fait une incursion dans la BD adulte avec son album La Poussette. Invitée à cette occasion le 12 mars 2026 à la Bpi, elle confie à Balises les références culturelles qui ont influencé son travail.

Clotilde Szymanski, Clotka de son nom de plume, entre à l’École professionnelle supérieure d’arts graphiques (EPSAA) à Paris après un baccalauréat (littéraire, option arts) et une année de prépa d’arts appliqués. En 2005, elle crée le blog de BD Damned avec des étudiants de sa promo. Sa première BD jeunesse, Service après-vente, Bonjour ! sort en  2007. S’enchaînent de nombreuses autres, des contrats avec de prestigieuses maisons de presse jeunesse, des commandes d’illustration et des collaborations avec des auteur·rices jeunesse. Les illustrations colorées, dynamiques et expressives sont sa signature.

En février 2026, Clotka sort sa première BD adulte, écrite avec Vincent Farasse : La Poussette, chez Virages graphiques, Actes Sud BD. L’auteur a déjà collaboré, entre autres, avec David Prudhomme pour Les Représentants (2022) et Rosalie Stroesser pour Des vies multiples, carnets d’une jeune actrice (2025). L’héroïne de La Poussette est une enfant de dix ans, qui déclenche des événements en cascade lorsqu’elle échange la poussette de son petit frère avec un modèle haut de gamme stationné dans l’espace public. Douze personnes, d’âges et de milieux différents, se retrouvent impliquées dans l’histoire. Une comédie sur un sujet sérieux : les inégalités sociales.

Les dessins expressifs et dynamiques de Clotka, sa façon de dessiner les enfants servent parfaitement le récit. Les références que l’autrice nous confie éclairent son univers et sa façon de travailler.

Publié le 11/03/2026 - CC BY-NC-SA 4.0

La sélection de Clotka

Plus de détails Photographie de The Beatles, lors de leur arrivée à New York City en 1964 - Domaine public, via Wikipedia (https://fr.wikipedia.org/wiki/The_Beatles#/media/Fichier:The_Beatles_members_at_New_York_City_in_1964.jpg)

The Beatles

Il s’agit probablement d’un choix peu original, mais pour moi ils ont été fondateurs dans ma construction. Ils m’ont accompagnée dès l’enfance avec leurs premiers albums aux chansons d’amour et joyeuses, jusqu’à l’âge adulte avec des compositions plus orchestrées et recherchées que j’adorais écouter en boucle pour essayer d’éplucher les nombreuses couches des instrumentations. L’ensemble me paraissait tellement complexe et à la fois tellement fluide et évident. De la même manière, dans le dessin, je suis attirée par un trait maîtrisé et qui, à la fois, peut paraître très simple.
Aujourd’hui encore, je ne me lasse pas de les écouter. Leurs chansons font partie de mon quotidien.

Les Quatre cents coups de François Truffaut (1959)

Ce que j’aime dans ce film, c’est la place que l’auteur donne à l’enfance et la parole qu’il donne aux enfants, surtout à une époque où ils étaient (encore) moins considérés qu’aujourd’hui. Les adultes sont violents et s’en préoccupent peu. Dans une moindre mesure, je me reconnais dans ce personnage qui se sent incompris de ses parents et de ses professeurs… J’aime plus généralement les films où les enfants sont mis en avant, où ils n’ont pas peur et se rebellent face aux adultes, comme dans Les Goonies, E.T.. , Home Alone, etc.
Je ne sais pas si ça a contribué directement à me pousser vers le dessin jeunesse, mais je pense que ça a nourri mon travail dans les histoires que j’illustre.

Sempé. Carnets de bord

Jean-Jacques Sempé
LIBELLA SARL, 2021

La ligne fine et claire, l’humour, les nombreux détails, un trait en apparence simple et évident : le travail de Sempé tient définitivement du génie. Aussi, dans le même univers, il y a Joann Sfar, Quentin Blake, Aude Picault. Ces dessinateur·rices ont également énormément influencé ma façon de dessiner.
Je ne sais plus dans quel Carnet (Piano ? Ukulélé ? à l’Association, 2002), Sfar donne plus d’importance au message qu’au dessin en lui-même. Il explique que le « beau » dessin n’est pas essentiel. Je pense que ça a été fondateur pour moi de lire ça. J’avais beaucoup de lacunes, un dessin très faible à l’époque où j’ai démarré et choisi d’en faire mon métier. Il m’a libéré du poids du beau dessin. Et même si aujourd’hui je m’applique, j’aime la spontanéité et je préfère un dessin de travers, mais efficace à la compréhension.

À la Bpi, 767 SEMP

À la recherche de Calvin et Hobbes. Catalogue de l'exposition à Angoulême, 2015

Bill Watterson
Hors collection, 2015

Je suis arrivée à la BD avec les deux personnages de Calvin et Hobbes, vers l’âge de 12-13 ans. Avant ça, je ne lisais pas ou très peu de BD. Les Lucky Luke, Astérix, etc., ne m’attiraient pas (j’ai bien rattrapé mon retard depuis !). L’univers très imaginatif de Calvin me fascinait. Son personnage solitaire et cynique et son tigre sarcastique me faisaient beaucoup rire. Il a également contribué à réveiller ma conscience écologique, thème qui était souvent abordé dans les strips, les personnages s’indignant régulièrement du comportement déplorable des autres humain·es. Le dessin est encore une fois très efficace, et les expressions exagérées de Calvin très inspirantes pour mon futur dessin.

À la Bpi, 768 WAT

Suzanne Valadon. Exposition Centre Pompidou, 2025

Nathalie Ernoult (dir.)
Éditions du Centre Pompidou, 2025

J’ai découvert Suzanne Valadon tardivement parce que j’ai grandi dans une époque où les artistes femmes n’étaient pas beaucoup mises en avant. J’ai toujours adoré la période des impressionnistes, et j’ai nourri une passion pour les peintures de Renoir, Degas ou Cézanne. Je me sens proche de ces univers où les scènes paraissent toujours en mouvement. Dans mon approche du dessin, je tends à ce que les personnages aient l’air d’être pris sur le vif, en pleine action, qu’on ait même l’impression qu’ils continuent de bouger comme si le lecteur ou la lectrice était devant un dessin animé. Ce que j’apprécie particulièrement chez Suzanne Valadon, ce sont les représentations de l’intime. Les personnages sont montrés sous un angle plus brut, vulnérable et humain. Les contours noirs rendent ses peintures plus modernes également, plus proches de la BD finalement !

À la Bpi, 70″19″ VALA 2

Pour aller plus loin

Clotka illustrations

Vous pouvez suivre l’actu de Clotka sur son site, ou sur Instagram et Facebook.

La Poussette

Clotka et Vincent Farasse
Actes Sud, 2026

« C’est l’histoire d’une réaction en chaîne. Une réaction en chaîne déclenchée par Samia, dix ans, fatiguée de promener son petit frère dans une vieille poussette pourrie. Quand elle l’échange avec une poussette flambant neuve laissée sans surveillance, elle ne se doute pas de ce que ça va bouleverser…»

À la Bpi, prochainement

Rédiger un commentaire

Les champs signalés avec une étoile (*) sont obligatoires

Réagissez sur le sujet