Sélection

Appartient au dossier : Lectures d’été

Lectures d’été 6/10 : 5 biographies romancées

Se glisser dans la peau de Marilyn Monroe, de Winston Churchill ou de Maurice Ravel pour raconter leurs vies de l’intérieur, avec leurs parts d’ombre et de doutes : le défi n’est pas aisé, mais des romanciers l’ont relevé, alliant précision et documentation à leur sens du récit et de l’introspection psychologique.

Qu’ils soient musicien, danseur, politicien ou écrivain, ces héros plus grands que nature nous parlent des mystères de la création et de la solitude qu’elle implique. Tu vas voir ce que tu vas lire vous propose de passer l’été avec ces personnages historiques, à travers une sélection de cinq romans biographiques ! 

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Publié le 27/07/2020 - CC BY-SA 3.0 FR

Sélection de références

Blonde

Blonde

Joyce Carol Oates
Le Live de poche, 1999

S’emparer du destin de Marilyn Monroe apparaît comme une évidence pour Joyce Carol Oates : l’histoire de l’actrice contient tous les grands thèmes chers à la romancière. Des dysfonctionnements de la machine hollywoodienne, qui en fit une star avant de la laisser se détruire, aux représentations du corps des femmes, cette vie tragique est une invitation à passer de l’autre côté du miroir aux alouettes qu’est le rêve américain. Roman monstrueux, foisonnant et magnétique, Blonde dit l’impossibilité à saisir le personnage sans cesse réinventé de Marilyn et donne à voir son inéluctable disparition, dans la chronique d’une mort annoncée. Sommet emblématique de l’œuvre d’Oates, cette bio-fiction est une démonstration exemplaire de l’acuité de son regard et de son inventivité narrative.

À la Bpi, niveau 3, 821 OATE 4 BL

Danseur

Colum McCann
10/18, 2003

C’est sans doute en l’inventant – en la fragmentant – que Colum McCann a le plus brillamment saisi la figure de Noureev. Car Danseur n’est pas une simple biographie, c’est un roman qui suit la trajectoire fulgurante d’une étoile et de son siècle. D’abord, il y a la Russie, âpre et glaciale, où le jeune Noureev pratique la danse envers et contre tout. Puis, le passage à l’Ouest, où le danseur exilé est acclamé sur les plus grandes scènes du monde. Enfin, la douleur des dernières années, et l’ultime retour dans un pays qui ignora son génie. Mosaïque de voix réelles et inventées, Danseur est le récit d’une ascension intense et flamboyante, qui nous emmène des forêts de l’Oural aux clubs de l’underground new-yorkais. À la fois ange de beauté et monstre d’excès, Noureev est rarement apparu aussi vivant, humain et bouleversant.

À la Bpi, niveau 3, 820.1 MCCA.C 4 DA

Ravel

Jean Echenoz
Minuit, 2006

En évoquant les dix dernières années de la vie de Maurice Ravel, de 1927 à 1937, Jean Echenoz choisit de mettre en scène un artiste sur le déclin. Il y a certes Le Boléro, dont l’immense succès à partir de 1928 repose en partie, selon le compositeur, sur un malentendu. Mais bientôt se font sentir les premiers signes de la maladie, qui contraignent Ravel à s’éloigner de la musique. De renoncements en échecs, Ravel n’est bientôt plus capable que de regarder en arrière. Avec sa concision et son sens habituel des formules lapidaires, Echenoz lui fait simplement dire que « quelque chose ne colle plus ». Le portrait de cet homme qui voit son art lui échapper n’est cependant pas dénué de l’humour insolite propre à Echenoz ni de son sens du décrochage. Primesautier bien que crépusculaire, entêtant — à la mesure du célèbre Boléro —, Ravel sait garder toute sa légèreté même lorsqu’il évoque les angoisses du créateur face au passage du temps.

À la Bpi, niveau 3, 840″19″ ECHE 4 JE

Ton histoire, mon histoire

Connie Palmen
Actes Sud, 2018

De Sylvia Plath, les lecteurs savent tout, ou presque : la jeune fille brillante, les premiers électrochocs à l’adolescence, la rencontre fusionnelle avec Ted Hughes, l’amour fou puis l’insupportable séparation, son suicide à tout juste trente ans. Cette histoire, Connie Palmen choisit habilement de la dessiller en adoptant le point de vue demeuré longtemps silencieux de Hughes, mari honni et coupable désigné du destin tragique de son épouse. En se fondant magnifiquement dans la psyché du poète, Connie Palmen réussit une confession inédite et saisissante, qui donne à voir une Sylvia étonnamment vivante — à la fois solaire, ambitieuse, tourmentée, à la recherche d’un Moi qu’elle n’aura de cesse d’essayer de rassembler, de combler, d’ordonner. Innervé d’images et de poésie, Ton histoire mon histoire retourne les apparences pour mieux les traverser, révélant l’humanité des êtres derrière le mythe.

À la Bpi, niveau 3, 839.31 PALM 4 JI

Je reste roi de mes chagrins

Philippe Forest
Gallimard, 2019

Angleterre, 1954. Alors que le pays s’apprête à célébrer le quatre-vingtième anniversaire de Winston Churchill, le Parlement britannique charge le peintre Graham Sutherland de réaliser un portrait du grand homme. Quelques mois plus tard, la présentation publique de l’œuvre fait scandale, donnant à voir l’humanité crue d’un homme plus vieillissant que glorieux. Jamais exposé, honni par Churchill, le portrait finira détruit par son épouse, selon ses propres vœux. Cet épisode tragi-comique, célèbre Outre-Manche, Philippe Forest choisit de l’investir par les coulisses, en s’immisçant dans l’intimité – réelle ou imaginée – entre les deux hommes. Conçu comme une pièce de théâtre, son récit convie Shakespeare et l’Histoire, enchevêtre les narrations et les rôles, dans un jeu virtuose de mises en abîme. De cette extraordinaire méditation sur l’art et le deuil, Philippe Forest crée un théâtre intérieur à la croisée du réel et de la fiction, comme reflet infini de nos blessures collectives.

À la Bpi, niveau 3, 840″19″ FORE 4 JE