0   Commentaires
Article

Entendre les langues, en chanter les sens 1/3

À la fin des années soixante, Dominique Vitalyos est une adolescente rebelle. Un pan de la culture de l’Inde s’ouvre à elle à travers la poésie de Tagore et les musiques hindoustanie et carnatique. Elle a l’impression d’être née dans cette musique, dans cette poésie. C’est le début d’un voyage qui va la conduire à trouver son métier.
acteur dans la pièce de théâtre Kathakali Nalacharitam
Kalamandalam Gopi Ashan jouant Nala dans Nalacharitham par Mullookkaaran [CC BY-SA 4.0] via Wikipedia Commons
À la charnière des années quatre-vingt, après avoir étudié l'indonésien, l'anglais et l'ethnologie à Paris, Dominique Vitalyos part séjourner en Inde. Au Kerala, elle étudie le malayalam, la langue officielle de cet état indien du sud, le sanskrit — dont le malayalam est riche — et l’art de l’acteur du Kathakali (de katha, « histoire » et kali, « jeu » en malayalam, théâtre chanté et dansé apparu au 17e siècle au Kerala), qui s’exprime dans une langue gestuelle. Les initiations à ces différentes langues se recouvrent et se complètent, l’image poétique, la tonalité du mouvement et la représentation verbale se répondant en permanence.

Du théâtre dansé à la traduction littéraire

Dominique Vitalyos voyage parfois très loin pour assister aux meilleures nuits de Kathakali et tombe littéralement amoureuse d’une pièce, Nalacaritam, « l'histoire de Nala », d’Unnâyi Vâriyar (17e-18e siècle). Sous l’effet de cet enchantement, en car ou en train, elle se met à traduire cette œuvre dans sa langue maternelle, qu’elle aime, ne parle plus et rêve d’intégrer à son nouvel univers. Par-delà le rendu verbal, elle cherche la transmutation du rasa, cette émotion esthétique que la scène du Kathakali doit transmettre au public à travers le texte chanté, les gestes, les expressions et la danse, les rythmes et les mélodies, les maquillages et les costumes.

En 1992, elle revient en France. Jacques Dars, qui dirige la collection « Connaissance de l'Orient » chez Gallimard, ne s'y trompe pas quand il découvre ce trésor : la traduction de Dominique Vitalyos dégage une ferveur envoûtante et permet un accès à un texte jusqu’alors inconnu en français. L’éditeur en fait l'acquisition et donne carte blanche à la traductrice pour le titre, les photos et la présentation. En 1995, Jours d’amour et d’épreuve, l’histoire de Nala, est publié et devant « son » livre, Dominique Vitalyos comprend qu'elle a trouvé le métier qui lui permettra de vivre à la fois en Inde et en France : elle traduira.


Lorenzo Weiss, Bpi
Article initialement paru dans de ligne en ligne n°29
Captcha: