Publié le
29/06/2020
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« Le roman permet de sublimer le réel »

La rencontre « Fiction et non fiction : les écritures du réel » aborde la question du roman hybride. Les auteurs invités Kapka Kassabova, Olivier Weber et Adrien Bosc, s’interrogent sur les liens entre la littérature, le réel, la fiction et le document.
En prolongement du festival littéraire « Effractions » organisé à la Bpi en février 2020, Balises vous propose pendant l’été une sélection de cinq rencontres autour de l’effondrement, du roman hybride ou de l’écriture du réel.
 

L’autrice et poétesse Kapka Kassabova cite Hérodote comme l’inventeur du genre littéraire. « Il a créé de l’hybridisme dans ses histoires », rappelle-t-elle. L’hybridité des formes littéraires rend compte de la complexité de la réalité. Elle est le résultat de l’intimité entre l’être humain et l’environnement. Dans son roman Lisière (2020), Kapka Kassabova commence à écrire en se basant sur un microcosme de vies humaines. Son récit est fait de « géographies humaines », c’est-à-dire d’histoires non-dites, comme les traumatismes. Elle prend pour exemple le rideau de fer en Bulgarie qui a façonné les frontières de son pays et la vie des habitants. C’est une « géographie traumatisée », explique-t-elle. Elle s’intéresse également à la matière poétique, c’est-à-dire aux motifs et aux symboles qui ressortent de ces géographies. 

Olivier Weber, écrivain et grand reporter, utilise les frontières comme des « machines à symboles et à fictions ». Pour son roman Frontières (2016), il s’entretient avec des douaniers, des humanitaires, des migrants et des passeurs. « Les frontières sont des lieux de reportage », explique-t-il. Le reporter s’empare des faits, donne ses impressions personnelles, effectue des retours en arrière dans le récit et brosse des portraits. Olivier Weber s’interroge sur la notion de frontière à partir des récits d’écrivains du voyage comme Goethe, Nietzsche, Kapuscinski, Hemingway… Selon lui, « Les romans de voyage transcendent la réalité, ils permettent de réenchanter le réel et de mieux l’expliquer. »
Il termine en citant l’écrivain turc Orham Panuk dans son essai Le Romancier naïf et le Romancier sentimental (2010) : « Quand on est un écrivain naïf, on ne décrit que la réalité crue du paysage. Quand on est un écrivain sentimental, on passe à l’émotion et au sentiment. Un écrivain doit constamment passer du paysage au paysage humain. »

Adrien Bosc, éditeur et écrivain, fait de la littérature de « l’entre deux ». Pour écrire Constellation (2014) et Capitaine (2018), il s’inspire de documents journalistiques, d’enquêtes de terrain mais aussi des codes et des techniques du roman. Il est influencé par la littérature de non-fiction et des auteurs comme Emmanuel Carrère ou Florence Aubenas. « La littérature de non-fiction se situe à la fois dans le document et dans le reportage », explique-t-il. Le récit emprunte à la fiction et à la narration. Il cite Philip Gourevitch dans le New Yorker : « La littérature de non-fiction est comme coincée dans l’Ellis Island de la littérature. »

 

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CC BY-NC-SA 4.0