Interview
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Non-fiction, vraies histoires

couverture du roman, dessin au trait, noir et beige
Lisière de Kapka Kassabova, éditions Marchialy
Il y a cinq ans, Clémence Billault et Cyril Gay fondent les éditions Marchialy, spécialisées dans la publication d’œuvres de non-fiction. Alors qu'ils sont invités par le festival « Effractions », ils nous expliquent leur attrait pour ce genre particulier de littérature du réel et évoquent les tendances d’écriture actuelles.

Comment envisagez-vous la littérature de non-fiction ?

Nous avons créé Marchialy pour publier Tokyo Vice de Jake Adelstein en français. Le livre raconte dix ans d’enquête sur la mafia japonaise.
C’est pour nous un livre-manifeste, car il rassemble plusieurs sous-genres de la non-fiction : le récit de voyage, le récit initiatique, l’enquête romancée, l’immersion dans un univers insolite…

Pourquoi fonder une maison d’édition spécialisée dans la non-fiction ?

Jusqu’à peu, la non-fiction était publiée dans des collections consacrées à la fiction. Les éditeurs pensaient que le soin apporté à l’écriture et à la narration rapprochaient ces textes de romans. Aujourd’hui, on n’a plus de peur de parler de non-fiction.
L’émergence d’éditeurs spécialisés ou des succès comme celui de Gomorra de Roberto Saviano ont permis ce changement. Nous avons réalisé avec l’arrivée des mooks qu’on peut lire une histoire vraie, d’une certaine taille, avec une écriture de qualité. Nous souhaitions sauter le pas et publier des textes plus longs.

Quelles tendances se dessinent à l’échelle mondiale ?

Les auteurs américains, notamment le Nouveau Journalisme, sont l’arbre qui cache la forêt, car il existe d’autres traditions de non-fiction. Le reportage littéraire polonais en est une. En Amérique latine, la non-fiction semble s’inspirer des « relations de voyages », récits écrits dès la découverte du continent américain par des explorateurs ou des colons.
En France, peu d’écrivains se sont approprié la non-fiction. Les romanciers cherchent à être immédiatement dans la littérature, focalisant leur attention sur la langue. Les textes qu’on rapproche de la littérature du réel tirent souvent vers l’autofiction ou l’essai un peu narratif.
Les auteurs français avec qui nous travaillons revendiquent l’influence de la littérature américaine. Dans Jewish Gangsta de Karim Madani, la marque du polar américain est évidente.

Quels sont vos projets ?

Nous recevons beaucoup de manuscrits américains mais nous souhaitons mettre en avant d’autres régions du monde. En février, nous publions Lisière de Kapka Kassabova. L’autrice, d’origine bulgare mais vivant en Écosse, raconte son exploration d’une région de Bulgarie, à la frontière de la Turquie et de la Grèce. Très surveillée durant l’époque soviétique, cette zone est aujourd’hui désertée.

Kapka Kassabova lie des histoires qui remontent à l’Antiquité à des témoignages de la période communiste et développe une réflexion sur les frontières : leur fonctionnement, leur influence sur les populations qui vivent près d’elles. Plutôt que par des sujets d’actualités, nous sommes intéressés par ces parcours insolites, ces trajectoires de vie qui sont en mesure de toucher tout un chacun.

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