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Oscar Wilde, la passion de l'art

L’exposition du Petit Palais "Oscar Wilde, l’impertinent absolu" est l’occasion de revenir sur l’influence de l’art sur les écrits d’Oscar Wilde (1854-1900) et les liens de l’écrivain avec les courants artistiques de son époque. Très tôt passionné par les théories sur l’esthétisme, il est fortement marqué par les études de l’historien d’art Walter Pater, célèbre pour ses études sur l’art et la poésie de la Renaissance. Il influence sa conception de la beauté et son approche des œuvres, insistant sur "le plaisir esthétique face aux œuvres d’art" que ne manque pas de ressentir Wilde qui se proclame critique d’art et considère que "la critique est sans conteste un art en soi" (Le critique comme artiste, Intentions, 1891).

La découverte de l'histoire de l'art

Beata Beatrice par Dante Gabriel Rossetti
Beata Béatrix, par Dante Gabriel Rossetti, 1863 (Public domain]

Oscar Wilde commence par publier des poèmes au Trinity College de Dublin où il étudie les grands auteurs classiques et se passionne pour l’Antiquité et la littérature grecque. A l’université d’Oxford, Wilde suit les cours d’architecture et de peinture de John Ruskin et assiste à ses conférences sur l'art florentin. Il s’intéresse particulièrement aux nouveaux courants artistiques, notamment la poésie et la peinture de Dante Gabriel Rossetti (1828-1882), l’un des fondateurs du mouvement préraphaélite né en 1848 à Londres. Avec les peintres John Everett Millais et William Holman Hunt, Rossetti souhaite revenir à un art proche du Quattrocento italien et de la Grèce antique. Les Préraphaélites cherchent une nouvelle façon de représenter la nature et s’inspirent de thèmes médiévaux, mythologiques ou religieux. Malgré leur désir d'être réalistes, les peintres préraphaélites sont marqués par le romantisme et le symbolisme. La critique officielle les rejette pour leur anticonformisme. Pourtant, les Préraphaélites souhaitent donner à leurs tableaux une visée didactique, voire morale.




 

La Grosvenor Gallery et les Préraphaélites


En 1877, l’exposition de la Grosvenor Gallery de Londres présente des tableaux que la Royal Academy of Art, plus conservatrice, refuse d’exposer, les jugeant décadents. Oscar Wilde s’y fait alors connaître par ses écrits sur l’art des peintres qu’il découvre à la Grosvenor et publie son premier article pour le Dublin University Magazine. Il écrit en effet sur William Holman Hunt, Edward Burne-Jones, Walter Crane, James Whistler. Il compare George Frederic Watts, célèbre portraitiste, à Michel Ange, s’enflamme pour le tableau de William Blake Richmond, La nuit et le sommeil portant le corps blessé de Sarpédon et pour le Saint Sébastien (1615) de Guido Reni dont il fait son idéal de beauté. Il découvre également les peintres Evelyn de Moragan, John Roddam Spencer Stanhope et James Tissot qu'il ne manque pas d'égratigner, le considérant trop "photographique". Oscar Wilde est également sensible à l'art de John Singer Sargent et son célèbre portrait d'Ellen Terry dans le rôle de Lady Macbeth. Wilde s'intéresse en effet beaucoup aux actrices et voue une grande admiration à Sarah Berhardt. Plusieurs des peintres et artistes qu'il admire se consacrent également aux arts décoratifs, très en vogue à l'époque et défendus par Wilde : William Blake Richmond, outre ses tableaux allégoriques, réalise des vitraux et des ornements en mosaïques pour la Cathédrale Saint-Paul. William Morris, Edward Burne-Jones et Gabriel Rossetti se lancent également dans la production de vitraux, de textiles, de papiers peints et sont à l'origine du mouvement Arts and Crafts qui peut s’apparenter à l’Art Nouveau en France et en Belgique.
Orphée et Eurydice par George Frederic Watts,
Orphée et Eurydice, par George Frederic Watts, 1869 (Public domain]
La séduction de Merlin par Edward Burne-Jones
La séduction de Merlin par Edward Burne-Jones, 1874 [Public domain]

Les conférences sur l'art 


Wilde se rend aux Etats-Unis et au Canada en 1882 pour donner une série de conférences sur les peintres avant-gardistes de la " Renaissance anglaise de l’art" qu’il oppose aux peintres académiques. Ses conférences portent sur l’art décoratif en Amérique et l’art et l’artisanat.  Il fait connaître les Préraphaélites, les Symbolistes et les précurseurs de l’Impressionnisme à un public très divers : de New York au Colorado, il s’adresse à des Mormons, des Indiens Sioux, des mineurs, des ouvriers, des bourgeois. Le succès est tel qu'il y reste plus d'un an. Il cultive l’élégance, son style vestimentaire, ses critiques parfois acerbes et ses aphorismes le font connaître, il sait soigner son image et le photographe Napoleon Sarony lui consacre une série de portraits qui contribuent à affermir sa réputation d’esthète. A son retour à Londres, il publie ses écrits critiques, influencés par les théories de William Morris. Celui-ci considère que l'art et l'artisanat doivent être accessibles à tous, que la réalisation de soi passe par l’art et la création. Wilde désire en effet communiquer sa passion de l’art au plus grand nombre. 

L'art dans l'œuvre d'Oscar Wilde


Quand Wilde se rend en France, il fréquente également les cercles littéraires et artistiques de Paris, où il rencontre Edgar Degas et Camille Pissaro entre autres. Son goût pour l'art est aussi visible dans le choix qu'il fait des illustrateurs de ses œuvres : Aubrey Beardsley, célèbre illustrateur et graveur britannique associé à l'Art Nouveau est chargé d'illustrer la version anglaise de la pièce Salomé tandis que les programmes pour la première de Salomé à Paris sont illustrés par Toulouse-Lautrec en 1896. Charles Ricketts illustre quant à lui le recueil de contes Une maison de grenades et le poème Le Sphinx, Walter Crane et Jacomb Hood illustrent Le Prince heureux et autres contes.
Illustration du Prince heureux par Walter Crane
 "The Remarkable Rocket", illustration par Walter Crane pour Le Prince heureux et autres contes, 1888 [Public domain]
Illustration de Salomé par Aubrey Beardsley
"The Peacock Skirt, illustration par Aubrey Beardsley pour la pièce Salomé, 1893 [Public domain]
Enfin la peinture et l’art jouent un rôle prépondérant dans le seul roman d'Oscar Wilde, Le Portrait de Dorian Gray où un jeune homme évolue dans un milieu artistique imprégné de dandysme, dissertant sur l'art et les théories esthétiques. Son ami peintre fait de lui un portrait qui magnifie sa beauté. Dorian Gray fait alors le vœu que le portrait vieillisse à sa place tandis que lui mène une vie dissolue, rencontre un homme maléfique qui l’encourage à commettre des actes immoraux. A travers ce livre Wilde dénonce une société hypocrite et questionne le beau et le moral, ce qu’il défend dans la préface au roman : "Il n'existe pas de livre moral ou immoral. Un livre est bien écrit ou mal écrit, c'est tout." Oscar Wilde s'inspire des leçons de Ruskin et de l'hédonisme de Pater pour créer les personnages de ce roman. 


Le Petit Palais a rassemblé des tableaux provenant de musées du monde entier qui ont été des sources d'inspiration pour Oscar Wilde. L'exposition permet de suivre un parcours qui retrace la vie et les multiples facettes de l'écrivain, poète, dramaturge et critique qui souhaitait "faire de sa vie une œuvre d'art".
 
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